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revue de presse : Katrina Kaif (2015)



Katrina Kaif
interview, décembre 2015


article de GQ india (2015)
Traduit et réécrit par Elodie, corrigé par Asmae.
PHOTOS PAR SIGNE VILSTRUP ECRIT PAR MEGHA SHAH.


Voilà ce qu'il va se passer dans cet article : J'ai rencontré Katrina Kaif en trois jours répartis dans une semaine et deux villes différentes. Certaines journées ne se sont pas terminées comme nous l'espérions. Le premier jour, nous avons en partie parlé du fait que beaucoup pensent qu'elle n'a pas de cerveau. Le second jour, nous étions dans un avion privé où elle a partagé ses insécurités et ses doutes. Durant le troisième jour, elle m'a invité chez elle (où vit également Ranbir Kapoor) et nous avons parlé de ses années en tant que mannequin et comment elle a plongé sa poitrine dans le visage de Gulshan Grover. Pour reprendre ses mots lors de notre deuxième journée après avoir attendu à l'aéroport : « Mince, j'en ai trop dit. »




La première chose à laquelle vous pensez lorsque vous regardez Katrina, c'est : « En voilà, une jolie vue. » et la seconde : « C'est forcément une salope. » Elle n'a pas une grande, gracieuse, importante aura que la plupart des stars de Bollywood possèdent, mais elle a une présence mystérieuse, forte et parfois froide, mais sympathique. Elle a confiance en elle, en ses idées et n'a pas peur d'en parler. Mais en général, elle préférerait tout garder pour elle. En réalité, elle préfère être seule. « - Il faut lui rappeler de regarder les gens dans les yeux. » avoue un membre de son équipe.
Nous sommes à Goa, à Alila Diwa pour le photoshoot de ce numéro avec un photographe danois, un assistant suédois et une maquilleuse sud-africaine – tous spécifiquement appelés par Katrina. Habillée dans un costume androgyne, de la lingerie apparente, un rouge sur les lèvres et des yeux grossis, elle ressemble à une femme fatale neo-noir en route pour son prochain meurtre. Mais le langage de son corps nous dit l'inverse. Elle garde la tête baissée et ne regarde personne en dehors des caméras. Et lorsque le shoot est en pause, qu'il faut retoucher ses cheveux, elle retourne dans sa large suite, fixant le mur, offrant son dos au reste de l'équipe.
Katrina Kaif est une personne fondamentalement privée. Une qualité qui peut être confondue avec de l'arrogance dans son travail. Mais plus vous l'observez, plus vous avez l'impression qu'elle essaye de protéger certaines parts fragiles de sa personne. Après quatre heures de shoot, elle me regarde enfin. Sans doute parce que je me suis assise en face d'elle pendant qu'elle mangeait son déjeuner. Devant elle se trouve un bol de poisson grillé assorti à des crudités, qu'elle préfère manger à main nue.
« - Je sais que les conversations à propos de moi sont rarement à propos de mon travail. » me dit-elle. « - J'ai dernièrement été invitée à une assemblée qui réunissait les esprits les plus brillants du pays. Mais tout le monde me posait des questions sur mon ex-petit-ami. Je ne pense pas que les gens me considèrent comme une personne intelligente. » Je lui dis que c'est étrange que les gens s'accrochent à l'idée qu'elle en soit là où elle est sans cerveau. « - Ce n'est pas impossible. » dit-elle. « On ne réfléchit pas entre « Couper » et « Action ». D'ailleurs, on ne pose pas de question comme « est-ce que c'est logique ? » ou « Est-ce que cette phrase a un sens ? ». Moins vous avez à réfléchir, mieux c'est. Mais quand une scène est finie, c'est là qu'il faut utiliser son cerveau. Tout est question de la façon dont les gens gèrent les choses. C'est le seul moyen d'y arriver dans une industrie aussi hasardeuse et si entremêlée. »
Je lui rappelle qu'elle n'a pas fait de film récemment sur lesquelles nous puissions parler. Le dernier semi-hit (Bang Bang) a été réalisé il y a presque deux ans maintenant. Elle me regarde sérieusement et j'ai l'impression de l'avoir offensé. « - J'ai dû affronter beaucoup de retard de tournage. » admet-elle. « - Par exemple, pour Dhoom 3, le film tournait principalement autour d'Aamir Khan et c'était Aditya Chopra qui prenait les décisions. Je pouvais crier et m'acharner autour des bureaux, ça n'a pas été très utile. »
Katrina est fine et belle, mais plus petite qu'on pourrait l'imaginer : elle n'a pas à se baisser pour entrer, contrairement à Deepika Padukone. Elle lance ses cheveux si parfaits en arrière et se met du rouge à lèvres, qui brille, avant de changer de tenue. Elle parait exceptionnellement jeune, mais elle appartient à une génération du passé. Elle ne fait pas partie de cette nouvelle brochette de jeunes actrices qui s'amusent et dont la vie défile sur Instagram. Elle ne prend pas de Selfie et de Dubsmash videos. Elle n'est pas sur Twitter. La célébrité, pour elle, c'est sérieux. C'est quelque chose pour laquelle elle a travaillé dur et il semblerait qu'elle ait encore du mal à accepter le fait qu'elle pourrait se retrouver à nu en ligne devant les yeux de tout le monde.
« - C'est facile de faire une pause dans ce business, mais pour rester dynamique, vous devez être une chose en particulier : incroyablement talentueux. Sinon, vous allez devoir vous bouger les fesses, comme moi. » Elle reçoit un appel et le niveau de sa voix est plus bas. « - Je suis au travail, bébé. Oui, à Goa. » Elle éteint le téléphone. C'est Ranbir Kapoor, avec qui elle est en couple depuis quatre ans. « - L'industrie du cinéma n'est pas un endroit facile, mais le plus dur reste de sortir avec un autre acteur. Les acteurs sont égoïstes. » Elle ajoute. « - Ils sont peut-être très beaux, mais si on cherche mieux, ils sont mégalomanes. Comme la plupart des gens célèbres du monde le sont. »


...
Il est temps de faire des photos sur la plage, qui est pratiquement déserte à cette heure-ci. Elle se lance, un pied dans le sable et elle se coupe. Il y a des gens partout d'un coup, perchés sur leur moto et leur vélo, d'autres arrivent, coincés aux limites de la sécurité. D'un autre côté, il y a des locaux, des gens en vacances et même des russes curieux qui nous pointent et nous sourient. Les appareils photo de téléphone tombent sur elle rapidement. Cela la dérange, mais à peine. Elle leur donne dix minutes, et après elle disparaît dans une robe et cours loin de la foule.
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Dix minutes plus tard, le rempart qui connecte l'avion de l'aéroport s'éloigne. Encore cinq minutes et nous décollons. « - Shah Rukh m'a parlé de cette astuce. Il arrive toujours 20 minutes avant le décollage, pour éviter de faire la queue et la foule. » Nous sommes à la dernière rangée de la classe Business. Katrina remonte son siège et prend une pose féline, remonte une jambe et se met à l'aise. Le soleil s'est couché et l'équipage a éteint les lumières pour le vol, nous sommes dans le noir, avec un tout petit peu de lumière et celle de la ville qui se fane petit à petit. Je ne sais pas si c'est la nuit, où le rythme des moteurs, où le fait que nous soyons en vol, mais Katrina est d'humeur à méditer. « - Je suis une personne très sensible. Alors si mon partenaire me donne ce dont j'ai besoin, je peux être la meilleure petite-amie que l'on peut rêver d'avoir. » Ce n'est pas impossible à imaginer. « - Vous voyez, les hommes et les femmes sont différents. Les femmes donnent naissance alors que les hommes non. On ne peut pas dire « égalité sur tous les niveaux, nous sommes tous les mêmes. » Non, nos besoins biologiques et corporels sont différents. Les hommes ont été les chasseurs et coureurs de jupons. Être avec un acteur a ses propres problèmes, mais la différence de base reste que les hommes sont des hommes. Un tricheur trichera partout. Tout retombe sur les cartes que vous avez posées sur la table. Sur la personne que vous avez choisi ou que votre cœur a choisi à votre place. Regardez autour de vous : les mariages et les relations ont des problèmes partout. Les chanceux sont ceux qui réussissent à trouver un amour non-égoïste qui transcende l'ego et l'insécurité. »

Et est-elle parmi ces chanceux ?

Elle reste silencieuse pendant un moment et me regarde directement. Même dans le noir, je peux sentir son regard – elle me regarde vraiment dans les yeux. « - Une partie de ma tête veut croire que c'est le cas. Mais une autre me dit de rester vigilante. » Elle est silencieuse de nouveau, pendant un moment. « - Je ne sais pas si je peux affirmer ce genre de chose, parce que si c'est ce genre d'amour, je n'aurais pas besoin d'avoir à m'affirmer dans cette relation. Je serais plus tolérante. Je ne veux pas être tolérante. Je ne veux pas l'accepter, je veux me battre. Je veux avoir ce que je pense mériter. Ma plus grande peur c'est que le jour du mariage, si je me marie, je me tienne devant lui devant l'autel et qu'il ne m'aime pas complètement. Qu'il ne se connaisse pas assez bien pour savoir s'il peut prendre ce genre d'engagement. L'anticipation d'avoir le cœur brisé est ma seule peur. » Il y a un détail, une vulnérabilité dans sa voix qui semble provenir du plus profond d'elle-même. Nous savons toutes les deux où cette conversation va nous mener, pourtant elle parait surprise au son de ma question. Que pense-t-elle du fait que Ranbir travaille avec son ex-petite amie Deepika Padukone dans son tout dernier film, avec une bande-annonce qui nous dévoile une scène de baiser ? Il y a une longue pause (toutes ses pauses sont longues.) « - Je ne peux pas imposer mes envies sur les gens qui font partie de ma vie. Leur choix sont les leurs. Je ne suis peut-être pas toujours heureuse de ces choix, mais j'espère qu'ils sont assez matures et évolués et que leur choix changent. » Elle n'en rajoute pas plus.
Je lui parle de son père, qui l'a abandonné elle et sa mère ainsi que ses six sœurs. « - Je n'ai pas eu de figure paternelle et je me suis souvent demandée si cela a affecté ma relation avec les hommes. Je n'ai pas vraiment travaillé ça avec un thérapeute, alors je n'en suis pas certaine. Mais quand je pense à ma fille et aux qualités que je veux qu'elle possède, j'imagine un rôle important tenu par son père, qui lui donnera un vrai sens de soi-même. C'est important pour moi. »

De près, Katrina est géniale. Elle travaille dur et se concentre sur les choses qu'elle veut. Elle a une volonté d'apprendre et possède cette qualité de toujours apparaître sublime, sans être menaçante. Elle peut aussi dire quelque chose de désarmant et d'intelligent sans que ça soit surprenant. Des qualités qui ont probablement marché pour elle lorsqu'elle est arrivée en Inde à 17 ans (Le 13ème pays qu'elle a considérait comme sa « maison » à cette époque) et qui ont probablement attiré deux incroyables hommes dans sa vie après ses débuts dans Boom de Kaizad Gustad.

Salman Khan, qu'elle a rencontré et qu'elle a aimé quand elle avait 18 ans, lui a permis de passer de l'anonymat à la célébrité et Akshay Kumar, qu'elle a rencontré dans l'un de ses plus grands hits et qui lui a tout dit de Bollywood. Elle a peut-être été critiquée pour avoir été jolie et naïve dans ses films, mais personne ne peut ignorer l'impact de sa célébrité. Katrina Kaif fait partie de la A-list. Une chose qu'elle a tendance à oublier alors qu'elle se ballade normalement dans l'avion, qu'elle parle de problème de garçon et qu'elle dort en attendant d'arriver chez elle.
« - La base de ma relation avec Salman était correcte. C'était réelle. C'est pourquoi nous sommes toujours amis. Mais il vit dans un univers parallèle, faisant toujours des blagues à propos de moi publiquement. Comme le commentaire dans l'émission de Kapil (comedy nights with kapil) lorsqu'il lui a montré un paquet de biscuit avec ma photo dessus. 'Elle n'a aucune utilité pour moi'. » Elle lève les yeux au ciel. « - Je l'ai appelé et je l'ai engueulé. Je peux le faire, c'est un peu ce que permet l'équation de notre relation. Et il a répondu : 'Ok, désolé. Je m'excuserais en public.' Je lui ait dit de ne rien faire de tel et de garder le silence si c'était possible. » Elle se met à rire et c'est à ce moment qu'elle me dit : « - Mince, je crois que j'en ai trop dit. »


Dans ses premiers souvenirs d'Inde, elle est assise dans une petite salle blanche de Famous Studios dans le sud de Mumbai, en short et cravate avec un tableau contenant son numéro. C'est la routine des auditions. Un assistant ennuyeux lui dit quoi faire et elle se tourne de côté pour montrer son profil. Elle est prête à tout ; émission de mode, soirée, figuration – mais ce qu'elle veut vraiment c'est une publicité parce qu'elle sait qu'elle gagnera plus avec. Le soir, elle rentre dans l'appartement qu'elle loue près de l'université de Rizvi avec ses amies la chorégraphe Alison Kanuga, le mannequin Niketan Madhok et le styliste Rocky S. Elle aime faire la fête, elle aime l'attention et sait que c'est la meilleure façon de se faire connaître dans ce milieu. Elle reste dans la ville jusqu'à ce qu'elle n'ait plus d'argent et si rien n'arrive, elle changera de pays.
« - Pourquoi ne viendrais-tu pas, vendredi ? Si tu es libre. » C'est le message que Katrina m'envoie et ainsi je me dirige dans sa résidence de trois étages à Bandra, qui n'est pas très loin de la maison de Salman Khan, pour notre dernière rencontre. Elle se remet d'une grippe, mais cette rencontre sera la plus optimiste.
« - Je ne suis pas aussi proche de la famille de Ranbir que je l'aurais voulu. » dit-elle, tout en s'installant dans son canapé, vêtue d'un jogging et d'une veste, sans maquillage. « - Mais j'aimerais passer plus de temps avec eux. La famille est un facteur essentiel dans une relation pour savoir si oui ou non il y aura mariage. »



Sans la proximité étrange d'un avion – les sièges côte-à-côte, les boissons, la lumière tamisée – notre rencontre a l'air d'être complètement professionnelle. Autour d'elle, il y a sept personnes qui travaillent, lui apportant des choses qu'elle ne savait pas nécessaires. Une des personnes annonce l'arrivée de Nitya Mehra, l'assistante du réalisateur de L'Odyssée de Pi, qui est là pour lui lire un script. « - Sandhya, » dit-elle à son assistante, « - S'il te plait, assieds-toi avec elle, d'accord ? Démarre la conversation. » Elle se retourne vers moi. « - J'ai l'impression que j'ai beaucoup de sagesse, d'expérience et de connaissance à faire partager. » Elle plaisante, mais à moitié. « - Mais Ranbir ne semble pas en vouloir, il pense qu'il y arrive très bien comme ça et qu'il n'a besoin de rien de plus. »

Que les gens autour d'elle le reconnaissent ou non, l'histoire de Katrina Kaif est incroyable. L'école à la maison, le tour du monde à suivre les péripéties de la vie de sa mère, sans argent ou relation en Inde, elle a réussi. Elle est née naturellement avec les cheveux noirs, c'est tout. Elle a lu le script de Devanagari, a auditionné des milliers des fois, a changé son nom, travaillé dur sur son corps, transformé son look pour être plus indienne, a fait attention à son image et s'est montrée autodidacte, chose que beaucoup des autres actrices n'ont jamais tenté. Et petit à petit, alors que les autres se battaient pour des rôles importants ou bien même juste une chanson, elle est devenue celle que l'on désirait. L'effet Katrina est une énergie qui continue de la suivre partout où elle va et il ne disparaît pas tout de suite après son départ. A ce moment précis, je suis emportée par son charme, cette fragilité camouflée, sa combativité et ce silence qui fait sa force. Et il m'aurait fallu quelques jours pour m'en remettre. ▲