nos numéros qui sommes nous nos articles les événements Bolly&Co Awards
BOLLY&CO
votre magazine sur l'univers du cinéma indien depuis 2010 !

revue de presse : Aamir Khan



Aamir Khan
Son parcours, à la ville comme à l’écran.
Article par Asmae, photographie par Tarun Vishwa


Aamir Khan est une légende vivante. Il incarne un cinéma vif et engagé, qui ne perd pourtant rien de sa fonction divertissante. Ses rôles sont souvent audacieux, parfois quelques peu alambiqués, mais ils ont le mérite d’amener des vents nouveaux au sein de l’industrie hindi. Loin des romances contrariées et des films d’action bourrins, la filmographie d’Aamir Khan témoigne de son goût pour le risque, pour l’inconnu. Même lorsqu’il suit un sillage plus commercial, ses personnages impliquent de vrais enjeux, aussi bien scénaristique qu’en terme de préparation physique. En cela, il est souvent considéré comme le pendant indien de Tom Hanks, à la recherche de projets qui l’amèneront là où personne n’a osé aller avant lui. Aamir Khan est un saltimbanque, à l’image du personnage qu’il incarne dans Dhoom 3. Tel un acrobate, il virevolte d’une histoire à l’autre avec des rôles de haut vol, parfois au risque de chuter. Mais Aamir est également un équilibriste, en capacité de maintenir le quotient populaire de ses films tout en leur insufflant une véritable intelligence.




1988


Qayamat Se Qayamat Tak lance sa carrière en 1988, dans une relecture indienne de Roméo et Juliette. Le métrage fait un tabac et vaut à Aamir le Filmfare Award du Meilleur Espoir Masculin. Pour autant, Aamir admet avoir fait de mauvais choix, s’être lancé dans des projets sans vraiment y donner du sens. Le succès de son premier métrage lui a donné l’opportunité de signer des œuvres cultes comme Raakh et Dil mais l’a également amené à essuyer quelques écueils comme Love Love Love et Tum Mere Ho.

Il dit avoir beaucoup appris de ces erreurs de jugement, ce qui ne l’empêchera pas de rafler une mention spéciale aux National Awards, le pays voyant déjà en lui l’acteur démentiel qu’il est sur le point de devenir. Il enchaîne ainsi les projets et s’impose comme l’incarnation du héros attachant, celui que les jeunes filles voudraient présenter à leurs parents, que les garçons aimeraient avoir pour ami, que les pères aimeraient avoir pour fils...

Pourtant, on décèle très tôt en lui ce goût pour l’inédit, cette envie d’aller plus loin et de camper des personnages à la psychologie plus approfondie.

1991


Il est un journaliste intéressé dans la romance Dil Hai Ki Manta Nahin, remake non-officiel du classique américain New-York Miami.
1992


Il est le valeureux cycliste du drame de sport Jo Jeeta Wohi Sikandar.

1993


On le retrouve dans la peau d’un jeune entrepreneur ayant la charge de ses neveux orphelins dans le film familial Hum Hain Rahi Pyar Ke.

1994


Il est le cupide comparse de Salman Khan dans la comédie culte Andaz Apna Apna.

1995


Il incarne l’ami modeste de la star Urmila Matondkar dans la comédie dramatique Rangeela. C’est d’ailleurs l’année 1995 qui signe un virage notable dans la carrière de l’acteur. Il choisit des films plus forts, assez éloignés des histoires d’amour romanesques qui font légion à Bollywood dans les années 1990. Il est tantôt un inspecteur de police en lutte contre la corruption dans Baazi, tantôt un père célibataire et musicien dans Akele Hum Akele Tum. Aamir Khan est d’ailleurs moins productif qu’à ses débuts, préférant miser sur la qualité plutôt que sur la quantité.




1996


Il est à l’affiche de Raja Hindustani, une romance entre un humble chauffeur de taxi et une riche héritière. Face à Karisma Kapoor, il excelle en jeune homme de condition modeste décontenancé par la vie faste et opulente de celle qu’il aime. A travers ce rôle, il prouve qu’il est en capacité de satisfaire l’audience populaire dans le cadre d’une trame des plus basiques tout en s’essayant à un rôle vif, portant en lui un vrai message sur la société du paraître incarnée par la bourgeoisie indienne. Sa prestation fait des ravages et lui permet de remporter le Filmfare Award du Meilleur Acteur. Il aime l’idée de se rapprocher du public qui a fait de lui un phénomène. Il souhaite leur raconter des histoires dans lesquels ils pourront se projeter, en campant des rôles proches d’eux, qui leur ressemblent. Ainsi, Aamir devient l’incarnation du gosse des rues, du garçon pauvre qui a gravi les échelons sans mettre en péril son sens des valeurs.

1997


Il persiste et signe dans ce registre avec la romance Ishq, où il est l’amoureux pauvre de la fortunée Madhu, alias Juhi Chawla.

1998


Il joue un champion de boxe dans Ghulam, avec la jeune Rani Mukerji. La même année, il tourne sous la direction de la réalisatrice indocanadienne Deepa Mehta pour le drame Earth. Il y est Dil Navaz, un vendeur de sucreries charmeur en pleine année 1947, durant laquelle les oppositions entre communautés religieuses font rage.

1999


Il est le flic anti-terroriste de Sarfarosh pour ensuite camper l’amant entier de Mann, version indienne du film hollywoodien Elle et Lui.
2000


Il incarne un acteur de théâtre dans Mela, avec Twinkle Khanna.

2001


Il signe un projet dans lequel personne ne croit : Lagaan. Après avoir été rejeté par Shahrukh Khan et Abhishek Bachchan, le rôle de Bhuvan sera ainsi finalement campé par Aamir, qui produira également l’œuvre. Le tournage fut éprouvant pour l’acteur, qui devra se passer de son confort habituel. Il prendra plus d’une année, Aamir s’impliquant également dans les aspects techniques de l’œuvre. Ce film au budget colossal souffrira d’abord de la concurrence de Gadar : Ek Prem Katha lors de sa sortie avant de bénéficier des retours positifs de la presse internationale. Aamir recevra son second Filmfare Award du Meilleur Acteur. Surtout, Lagaan sera nommé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur Film Étranger.

Il devient de plus en plus minutieux dans les rôles qu’il sélectionne, soucieux qu’ils recouvrent un enjeu artistique fort en plus de porter un message intelligible.

Avec la romance chorale Dil Chahta Hai, il illustre les difficultés de gérer les sentiments amoureux et de les comprendre. Il faut ensuite attendre 2005 avant de le retrouver à l’écran dans Mangal Pandey : The Rising, aux côtés de Rani Mukerji et Ameesha Patel. Il prend les traits de Pandey, qui a mené la révolte des cipayes de 1857 contre l’armée britannique. Dans la peau de ce héros national mort en martyr, Aamir Khan est littéralement exceptionnel et prouve surtout sa capacité à porter des personnages bouleversants sans jamais tomber dans le misérabilisme.




2006


Il porte le message des héros de l’indépendance dans un film brillant : Rang De Basanti. En jeune ingrat qui ne se soucie pas de la situation de son pays, il excelle sans jamais être ridicule malgré ses 41 ans. Il prend également les traits du héros historique Chandra Shekhar Azad pour ce métrage, où son personnage réalise le rôle de ces figures emblématiques de l’Histoire indienne à travers la perte de leur propre ami soldat. Aamir remportera le prix du jury aux Filmfare Awards et Rang De Basanti sera pressenti pour le BAFTA Award du Meilleur Film Étranger. La même année, il prouve qu’il n’a rien perdu de son charme d’indian lover dans un rôle aux multiples facettes. Il donne la réplique à Kajol dans le drame romantique Fanaa, réalisé par Kunal Kohli. En antihéros troublant, Aamir est aussi séduisant que rebutant. En insurgé du Cachemire, il livre un discours influent plus tard développé par le film Haider et démontre qu’il peut s’imposer en ‘entertainer’ sans pour autant mettre de côté le sens et la pertinence de ses œuvres.

2007


Aamir Khan se dépasse à tous les niveaux avec un projet : Taare Zameen Par. Amole Gupte dirigera l’œuvre durant les premiers jours de tournage, mais le résultat ne conviendra pas à Aamir, qui produit également le métrage. Soucieux de mener le projet jusqu’à son terme, Amole proposera la casquette de cinéaste à Aamir Khan afin qu’il puisse restituer sa vision de l’intrigue avec justesse. Cette tendre histoire portant sur un enfant dyslexique doutant de ses capacités touchera l’Inde entière, allant jusqu’à remettre en question l’éducation spécialisée du pays dans son fonctionnement alors précaire. Aamir remportera le Filmfare Award du Meilleur Réalisateur ainsi qu’un prix aux National Awards en tant que producteur. Rien ne semble arrêter ce bourreau de travail, passionné par le cinéma aussi bien lorsqu’il s’agit de jouer la comédie, d’écrire un scénario que de chanter sur une bande originale.
2008


Il trouble profondément dans Ghajini, avec la jeune Asin Thottumkal. Remake du film tamoul du même nom, ce pendant hindi tente de gommer les aspérités de l’original. L’acteur du premier film, Surya, encouragera d’ailleurs Aamir à reprendre le rôle de Sanjay. Il campe ainsi un riche homme d’affaires souffrant d’amnésie antérograde suite à l’assassinat de sa compagne, incarnée par Asin. Ghajini est violent, choquant parfois mais a le souci d’être authentique et réaliste, là où la majorité des masala se basent sur une mise en scène grossière et immodérée. Avec ce film, Aamir n’aura jamais été aussi généreux. Il n’a également jamais été aussi marqué physiquement par son personnage. On voit en lui la perdition, la rage et la douleur de Sanjay pour regarder encore plus nettement son amour pour Kalpana. Surtout, Ghajini impose Aamir en véritable héros populaire, le film devenant le métrage le plus rentable de l’histoire du cinéma hindi peu de temps après sa sortie. Et ce n’est que le début d’une belle histoire entre Aamir Khan et son public, en capacité d’apprécier ses films en en faisant d’incontestables blockbusters. Pourtant, l’acteur admet ne pas se soucier des records d’entrées mais accorder de la valeur sur le plan artistique à ses différents projets.

2009


Avec 3 Idiots, il frappe un grand coup dans cette comédie dramatique de Rajkumar Hirani. Le film caracolera au sommet du box-office et restera le film le plus rentable de l’industrie pendant 4 ans, avant d’être battu par le film d’action Dhoom 3, avec Aamir lui-même.Aamir Khan n’a pas de concurrent, qu’il soit direct ou indirect.

Il est sa propre compétition, tentant de surpasser les attentes de ses précédents films avec ses nouveaux rôles.

Il ne craint pas de s’enlaidir, de suivre un régime drastique ou de subir un entraînement soutenu pour les besoins d’un rôle.




2014


Il enfonce le clou avec PK, qui dépasse les recettes de Dhoom 3 et devient à son tour le film le plus rentable de Bollywood. Lorsqu’il se lance dans un projet, il le fait avec cœur. Il choisit ce qui le touche, ce qui l’émeut au point qu’il ait le souhait d’y contribuer. Son seul souci est de permettre à ses métrages de remplir leurs coûts de production, mais les records ne l’intéressent guère.

Engagé, Aamir Khan a le souci de faire évoluer son pays, mais pas seulement à travers son cinéma. En effet, il présente depuis 2012 l’émission Satyamev Jayate, qui fait état de problématiques sociales en Inde comme les infanticides de filles, les abus sexuels sur mineurs, les crimes d’honneur et le système de castes.

Dans son choix de vie également,
il suit ce que lui dicte son cœur.
Issu d’une famille musulmane, il épouse contre l’avis de ses proches l’hindoue Reena Dutta en 1986, à seulement 21 ans. Ils auront deux enfants : Junaid et Ira. En fin d’année 2002, le couple divorce en bons termes. Dans l’intervalle, il se lie d’amitié avec l’une des assistantes d’Ashutosh Gowariker, Kiran Rao, rencontrée sur le tournage de Lagaan. Ils tombent progressivement amoureux pour se marier en 2005.

2011


Ils deviennent parents d’un petit Azad, né par mère porteuse.

2015


Il devient végétarien, inspiré par son épouse. S’il n’est pas croyant, il dit avoir une spiritualité profonde et respecter toutes les religions du fait de son parcours. Il a d’ailleurs accompagné sa mère Zeenat lors de son pèlerinage à la Mecque.



Au même titre que le personnage qu’il campe dans PK, Aamir Khan est un ovni. C’est une personnalité à part entière, nullement formatée par l’univers factice et superficiel de Bollywood. Sa sincérité est rafraîchissante, même si elle peut égratigner certaines susceptibilités. Il fait clairement office de monument, au même titre que les grands maîtres du septième art indien Guru Dutt et Satyajit Ray. Bref, Aamir Khan est une légende vivante.



Les immanquables du cinéma indien : Rang De Basanti, numéro 2
, page 65
Article : Pourquoi la version Hindi de Ghajini est-elle meilleure que la version Tamoule ? numéro 3, page 148
Article : La différence d'âge entre les couples stars de l'Inde : Aamir & Kiran, numéro 4, page 54
Article : 5 films incontournables de l'acteur, numéro 8, page 51
Article : 4 chansons pour illustrer sa carrière, numéro 8, page 58
Critique : Fanaa, numéro 8, page 138
Critique : Hum Hain Rahi Pyar Ke, numéro 8, page 144



retrouver plus d'infos
dans notre dernier numéro
avec aamir khan !
Bolly&Co - numéro 8
A tous nos chers lecteurs, découvrez la huitième édition du e-magazine Bolly&Co' avec en couverture Aamir Khan. Avec pas moins de 295 pages, plongez sans plus attendre dans l'univers du cinéma indien. En espérant que vous apprécierez ce numéro comme les précédents. Nous supposons qu'il est inutile de vous rappeler que toute reproduction même partielle sera considérée comme du plagiat. Merci de bien vouloir respecter notre travail. Merci à vous et bonne lecture !


lire en ligne télécharger