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FFAST : Kothanodi

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Kothanodi
mots par Asmae
Kothanodi a reçu des critiques dithyrambiques lors de sa sortie. Diffusé dans de nombreux festival et acclamé de toutes parts, il recevra d'ailleurs le National Award du Meilleur Film en langue assamaise. Disponible dans les salles indiennes depuis seulement un mois, nous avons eu le privilège de le découvrir dans le cadre du Festival du Film d'Asie du Sud à Paris. L'oeuvre retranscrit de façon noire et violente les contes du folklore assamais réunis dans le recueil Burhi Aair Sadhu.
Au cœur d'une Inde mystique, entre magie noire et surnaturel, Kothanodi s'imprègne de l'atmosphère des villages de l'Assam pour raconter ces histoires bien connues de cet État de l'Inde. J'ignore cependant s'il faut prendre le film comme une façon de retranscrire les réalités des villages assamais en utilisant les contes de Lakshminath Bezbaroa comme support, ou s'il a pour unique vocation d'amener cet univers empreint de sorcellerie dans un contexte plus réaliste.

Je devrais sans nul doute vous expliquer ce qui m'a plu dans l'œuvre, ce qui m'a interpellé et surtout vous en restituer mon analyse. Pourtant, je me suis surtout beaucoup marrée pendant tout le visionnage, avec je l'admets un regard assez jugeant sur certains partis pris artistiques ou scénaristiques.

Déjà, les meurtres d'enfants me scandalisent et me sont insupportables à l'écran. Anurag Kashyap a eu la présence d'esprit de nous épargner des séquences macabres dans Psycho Raman, que j'ai vu la veille. Dans Kothanodi, on enterre des bébés vivants et on tue de manière aussi cruelle que perverse une adolescente sans défense. On livre aussi une mariée (qui doit probablement être mineure) à un python qu'elle a épousé (oui, vous avez bien lu... On la marie à un serpent.).

Le cinéma est un art subjectif, et je suis généralement assez réceptive à l'univers que va me proposer un réalisateur. J'entre dans sa bulle et je tente de comprendre son point de vue et de voir son oeuvre comme il l'a imaginé. Mais comme toute pratique, le cinéma recouvre une certaine éthique. Il y a des scènes, des propos et des messages auxquels je ne pourrais jamais adhérer. Normaliser le meurtre de nourrissons ou le mariage complètement incongrue d'une adolescente avec un serpent qui va rapidement en faire son dîner... Désolée si je semble obtuse, mais j'ai du mal ! Je n'ai pas pu saisir la profondeur de l'œuvre tant j'ai été happée par sa forme somme toute relativement douteuse.

Pourtant, me direz-vous, le cinéma prend des libertés énormes (et à juste titre), en parlant de tueurs en série, de violeurs et de terroristes. Si on adopte systématiquement la posture selon laquelle on ne peut pas aimer un film qui parle de sujets qui nous bouleversent, impossible d'adhérer à nombre d'œuvres majeures du 7ème art !

Ici, et c'est peut-être au final la force du film, j'ai été tellement saisie par le réalisme du métrage et des histoires qu'elle raconte que je n'ai pris aucune distance avec celles-ci, prenant au mot tous les faits qui y étaient narrés.

J'ai cependant eu le sentiment que Kothanodi parlait à une élite, et relevait d'un cinéma trop abstrait pour moi, fan de films directs et transparents à la Vishal Bhardwaj ou Anurag Kashyap. Ces réalisateurs font, eux aussi, un cinéma intelligent et intelligible. Mais ils ont surtout le souci de créer des histoires
accessibles à tous, et ce qu'on soit professeur ou 'rickshaw wala'. J'ai eu l'impression frustrante d'être trop bête pour comprendre Kothanodi, et c'est un sentiment qui me dérange tant il me semble incompatible avec la force fédératrice du cinéma indien.

Pourtant, les performances d'acteurs sont justes, de la grande Seema Biswas au sympathique Adil Hussain. Zerifa Wahid m'a particulièrement traumatisé en belle-mère schizophrène et franchement sadique !

Les critiques parlent de Kothanodi comme de l'un des meilleurs films assamais de l'histoire... Comment vous dire que je ne reverrai pas un film de cette industrie de si tôt ? L'équipe Bolly&Co n'a pas entendu la vocation du film ni le sens qu'elle mettait derrière ces contes absolument macabres. Je ne suis pas assamaise, je ne peux sans doute pas comprendre ni émettre des liens avec le folklore local. Et je pense que le problème vient de là : ce film parle aux indiens uniquement, peut-être même exclusivement ceux qui connaissent l'Assam. Ce n'est pas mon cas et j'ai l'impression d'être restée en marge de l'œuvre pendant tout son visionnage. Je n'ai pas compris et c'est très frustrant.

Moi qui intellectualise beaucoup et qui m'amuse dans cette propension à tout analyser, je suis restée circonspecte face à ce film. Oui, peut-être que je ne suis pas assez intelligente... Mais j'ai de l'humour ! D'ailleurs, nous avons passé un excellent moment devant ce film tant mes commentaires caustiques et mes réflexions nazes amenaient le souffle et le relief qui lui manquait ! « Oh, des têtes de bébé qui parlent ! C'est... mignon ? » « Mais il fout quoi, le père ?! Va sauver ta fille au lieu de vouloir pécho ! » « Non mais elle est folle, celle-là. Et son mec au cheveux longs, il est moche ! » « Mais que fait la protection de l'enfance ? Vous avez pas de juge pour enfants, en Assam ? »

Parce qu'à mes yeux, si Kothanodi ne m'a pas touché, ce n'est pas lié à sa qualité ou à sa pertinence. Quand on utilise le support du film pour raconter des histoires, faire passer des messages et générer des questionnements, il faut aussi maintenir un quotient divertissant, amener un rythme qui maintienne le spectateur en haleine. La faiblesse majeure de Kothanodi, c'est qu'il n'est pas du tout efficace. Si je le revois dans quelques temps, j'aurais probablement un regard différent et plus étayé sur ce film et sur son sens. Mais je manquerai sans doute de courage pour réitérer l'expérience.

Alors, comment conclure cet écrit ? En vous disant que votre rédactrice en chef n'est qu'une humble spectatrice, et que certaines œuvres lui échappent totalement. C'est normal et en soi, ce n'est pas si grave. Vous pouvez faire votre propre expérience de ce métrage encensé par la presse indienne et en sortir satisfait. Cela n'a juste pas été mon cas. Ceci dit, Kothanodi m'a fait sourire à bien des égards mais m'a aussi heurté à d'autres niveaux. On ne peut donc pas dire qu'il m'ait laissé indifférente !