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Critique : Naan Kadavul

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TIFF
Naan Kadavul
mots par elodie
Avec un titre pareil (Naan Kadavul signifiant ‘Je suis Dieu’) et le look très rustre d’Arya sur les affiches de l’œuvre, je me doutais que cette réalisation de Bala allait être particulière. Participant au Festival des Cinémas Indiens de Toulouse dans le but de découvrir des films différents de ceux que j’ai l’habitude de voir, j’étais très curieuse. Dans quoi allais-je m’embarquer ? Je ne m’attendais certainement pas à ce que j’ai pu voir la nuit dernière, à savoir un véritable film coup de poing…
A la fin de la séance, j’étais complètement paumée. Des centaines de questions en tête, je n’avais aucune idée de la manière dont je pouvais interpréter ce que j’avais vu, sachant pertinemment qu’il me manquait des références pour comprendre le métrage dans sa totalité. Parce que Naan Kadavul est profondément ancré dans les racines de l’Inde, dévoilant sans ambiguïté des espaces et des personnages forts.

D’abord, je crois que ce qui m’a impressionné, c’est la trame de départ. Après avoir subi malheur sur malheur, un père abandonne son fils à Kasi suite aux conseils d’un astrologue. 14 ans plus tard, il vient le retrouver avec sa fille mais découvre que son fils, Rudran, fait désormais partie d’une secte, les Aghori. Ces hommes ne sont plus des hommes, mais des dieux qui peuvent arrêter le cycle de la réincarnation. Ils ne croient qu’en eux-mêmes. Je ne connais absolument rien aux Aghori, pourtant le personnage de Rudran m’a clairement effrayé. J’ai cru comprendre par la suite que plusieurs rumeurs à leurs sujets parlent de cannibalisme et les présentent comme des ensorceleurs. Donc lorsque ce père ramène son fils chez lui, comme il l’a promis à sa mère, tout ne se passe pas comme prévu.

Durant tout le métrage, j’ai été fascinée par cette histoire, me demandant où est-ce que cela me conduirait. Comment cela allait finir ? Quel lien y avait-il entre Rudran et finalement, l’autre face de l’histoire qui dévoilait sans restriction l’esclavage d’handicapé et malformé mené sans gêne par l’horrible Thandavan (Rajendran) ? Bala n’y va pas de main morte. Il focalise sa caméra sur ces personnes qu’on ignore la plupart du temps. Mais plus encore, il n’hésite pas à les montrer heureux, en train de rire et de blaguer.
Ce sont des personnes, comme nous et nous devrions avoir conscience de leur monde, plutôt que de fermer les yeux sur celui-ci. Et en quelque sorte, c’est pour cela que Naan Kadavul est si perturbant. On ne peut pas détourner le regard. Il faut accepter cette réalité qui nous est dévoilée, même si elle fait mal.

J’ai eu l’occasion de voir Arya dans quelques films, sans jamais lui trouver quoi que ce soit. Dans la peau de Rudran, l’acteur s’oublie totalement pour laisser place à cet Aghori puissant et terrifiant. Sa carrure est parfaitement utilisée pour nous donner cette impression de force. Il s’impose. Rajendran est tout simplement méprisable dans la peau de Thandavan, tant son jeu est excellent. Quant à l’actrice Pooja, elle est juste bouleversante en tant qu’Hamsavalli, aveugle à la voix d’ange.

La musique du grand Ilaiyaraaja accompagne le métrage et nous pose les ambiances de chaque séquence avec savoir-faire. La réalisation de Bala est maîtrisée, mais surtout sans fioriture. Il filme ce qui se passe en donnant la sensation que ce qui se trouve derrière la caméra n’est absolument pas monté de toute pièce pour le métrage. Que c’est la réalité à l’état brut.

Il y a tellement de choses à dire sur Naan Kadavul, que je ne saurais vraiment en faire le tour avec cette critique. Je pense que là où le film est mémorable, c’est que personne ne l’interprète ou ne le voit de la même façon. Il laisse une marque et un questionnement propre à chacun, de façon intense et profonde. Naan Kadavul se termine et pourtant, une partie de lui se poursuit dans nos esprits.
la note
★★★☆☆

3/5