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Interview : Dedipya Joshii

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Interview de
Dedipya Joshii
par le festival des cinémas indiens de Toulouse et Bolly&Co


Ce soir aura lieu la première du film Saankal, projeté dans le cadre du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse. A l'occasion de cet événement, le réalisateur Dedipya Joshii a répondu à certaines de nos questions !
Votre film Saankal traite du mariage d’un garçon de 11 ans (Kesar) avec une femme de 26 ans (Abeera). Pourquoi avoir fait un film sur ce sujet ? Comment avez-vous découvert cette pratique ?

Dedipya Joshii : Il y a quelques années, j’ai lu un article du magazine India Today sur cette coutume et cela parlait de ma région, le Rajasthan. Je n’étais pas au courant du fait que cette pratique était enracinée si profondément dans certains villages. Je me suis ensuite dit que d’autres personnes comme moi, dans ma ville, dans mon pays et même dans le monde entier, ne devaient pas être au courant d’une chose pareille. Je voulais porter la responsabilité d’en parler aux autres et c’est ainsi que j’ai décidé de faire ce film.

A travers le film, Saankal donne l’opportunité de voir la situation des villageois après la partition des Indes. Etait-ce l’un des buts de votre métrage ?

Oui. Mon objectif était de pointer du doigt les mauvaises pratiques de notre société à travers un film qui se base sur les questions sociales actuelles. Parmi ceux qui regarderont le film, il y aura sans doute les potentiels pionniers qui vont déraciner ces coutumes.

Votre film a reçu de nombreux prix à l’étranger et est aujourd’hui projeté en France. Comment pouvez-vous expliquer une telle réaction ? Selon vous, est-ce que le public étranger est plus sensible à votre travail ?

Nos efforts sont récompensés lorsqu’ils sont loués et aimés. Le film a été projeté dans différent festivals à travers le monde. Il continue d’être nommé et récompensé aujourd’hui. C’est le résultat de notre travail et de notre détermination. Nous allons bénéficier notre première projection en France et tout le monde voit la France comme un pays passionné par l’art. Ainsi, si l’une de vos créations est appréciée en France, vous avez la sensation d’avoir accompli quelque chose. Le public étranger a toujours été très sensible à Saankal. L’une des grandes raisons est que si l’Inde arrive désormais à faire des choses fantastiques sur différents supports et à des échelles très différentes, elle peine à rattraper son retard à cause de ces mauvaises traditions. Le monde a de grands espoirs pour l’Inde, alors ils se sentent mal de voir des choses pareilles. Je suppose que cela montre l’inquiétude qu’ils ont pour notre pays.

Malheureusement, nous ne connaissons pas les acteurs du film. Pouvez-vous nous en dire plus sur eux ? Comment les avez-vous trouvés ?

Voilà une très bonne question, car sans eux cette interview aurait été incomplète. Chacun de mes acteurs a fait du théâtre. Saankal est le premier film de Tanima Bhattacharya, qui joue Abeera. Elle vient de Calcutta, la ville est riche en art et en littérature, et le cinéma y est progressiste et efficace.
Elle a l’art dans le sang. J’ai envie de dire que Tanima était faite pour jouer dans Saankal et que Saankal était fait pour elle. Chetan Sharma, qui joue Kesai, vient de Delhi. C’est la ville parfaite pour le théâtre. Après avoir travaillé dans le théâtre, le cinéma et la télévision, Saankal était son premier film dans un premier rôle. L’une de ses principales qualités, c’est qu’il est comme l’argile que le potier (le réalisateur) peut mouler à sa façon. Je pense que tous les réalisateurs veulent travailler avec ce genre d’acteurs. L’autre comédien principal est Harish Kumar, un étudiant de la plus grande école de théâtre de l’Inde, la National School of Drama et c’est un acteur méthodique. Il est très juste dans la compréhension des personnages et de leurs besoins. Pour moi, c’était déjà une demi-victoire d’avoir rassemblé ces trois acteurs ensemble dans le film. Le reste revient à mon équipe technique.

Saankal traite de tradition, de violence et de tabou. Ces thématiques sont toujours pertinentes dans la société indienne actuelle. Pensez-vous que c’est la force de votre film ?

La force de mon film c’est son thème choquant, et ce thème est l’incarnation de la tradition, de la violence et des tabous.

De nombreux réalisateur comme vous cherchent à changer ce que le cinéma indien était : des masalas, des films romantiques et des drames familiaux. Aujourd’hui, ils sortent du lot pour parler de l’histoire de l’Inde et des problèmes de la société à travers leurs films. Pensez-vous que ce phénomène aide les artistes comme vous ou pensez-vous qu’il y a encore un long chemin à faire pour que des films comme le vôtre sortent en salles ?

Je crois qu’un film est soit bon, soit mauvais. Mais si vous les catégorisez de cette façon, alors oui. Les films « mainstream » ont toujours eu le soutient de l’audience indienne et ce n’est pas le cas du cinéma parallèle. Mais les scénarios ont évolué ces 10 dernières années. De nombreux réalisateurs ont pris leur courage à deux mains pour ignorer le diktat du box-office et faire des films sur les problèmes sociaux. Il y a Anurag Kashyap et Manish Mundra qui ont poursuivi leur travail dans cette direction et montré l’exemple.

Avez-vous des futurs projets sur lesquels vous travaillez et dont vous aimeriez nous parler ?

Je viens de finir une comédie à l’approche réaliste qui se nomme Chal Jaa Bapu. C’est un film ‘mainstream’ qui sortira bientôt. Je travaille sur un autre projet, qui est Unforeseen et qui constitue un thriller psychologique dont le tournage est prévu pour le mois de mai. Je veux faire plus de films sur les problèmes sociaux actuels, mais je suis encore jeune en tant que réalisateur. Par conséquent, je laisse de côté mon envie pour travailler sur tous ces autres bons sujets qui croisent ma route.