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FFAST : The Cinema Travellers

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FFAST
The Cinema Travellers
mots par Elodie
The Cinema Travelers a reçu le prestigieux prix de la Caméra d’Or lors de la 69ᵉ édition du Festival de Cannes. Réalisé par Shirley Abraham et Amit Madheshiya, ce documentaire prendra huit ans avant d’être bouclé puis présenté. Un petit bijou dont le simple résumé m’avait déjà intrigué dès l’annonce de sa projection lors des Cannes Classics en 2016.

Voilà plus de 70 ans que le cinéma itinérant est né en Inde. Des tentes s'installent de village en village, proposant des films en grand et pour une audience pouvant aller jusqu’à 2 200 personnes. Mais plus le temps passe, plus la mécanique de ces cinémas en plein air vieillit. Face à l’évolution de la technologie, comment survivre et maintenir ces projections dans des conditions de plus en plus difficiles ? Surtout, comment attirer une audience qui s’habitue désormais à avoir accès à la télévision…

C’est presque un rituel. Les gérants organisent même une cérémonie ou deux en espérant que tout se passe bien durant la séance. C’est peut-être leur travail, mais il y a cet amour profond pour le cinéma qui se fait rapidement sentir. Durant tout le documentaire, nous suivons trois histoires. Deux gérants de cinéma itinérant et un spécialiste autodidacte des vieux projecteurs. Dès le début, un air de nostalgie et de plaisir émerge face aux images impeccables et détaillées. Jonglant d’une séquence à une autre, la musique nous accompagne et nous réconforte face au quotidien de ces personnes incapables d'abandonner leur passion.

Il y a ce quelque chose dans ce documentaire qui le distingue des autres. Pas de voix off, pas d’interviews entre des séquences imagées. Il y a une fine limite entre le film et le documentaire, ce qui insuffle une dimension particulièrement agréable à son visionnage. Les personnes filmées ne font jamais réellement face à la caméra alors que la proximité de celle-ci
nous permet d’entrer très vite dans leur histoire. The Cinema Travellers ne nous explique rien, il nous montre ces vies et ces parcours en capturant l’essentiel. Il y a une sensibilité et une finesse qui ne nous échappe pas, venant dévoiler une réalisation pointilleuse et réfléchie.

Je me demande si les réalisateurs n’essayaient pas de créer avec ce projet un vestige de cette tradition à la fois riche en technique et en émotion. Là où les bobines de pellicule disparaissent et les vieilles machines se font démonter, The Cinema Travellers s’inscrit dans ces métrages récents et numériques, presque éternels. C’est une façon de conserver l’histoire, sans l'enjoliver ni l'exagérer.

Les paroles de Prakash, le mécanicien qui a tout appris seul, m’a surtout interpellé : “Les hommes doivent se comprendre pour pouvoir créer.” C’est ainsi que ceux qui perpétuent encore cette tradition du cinéma en plein air en Inde délaissent les vieux projecteurs et les bobines pour les DVDs et les ordinateurs portables. La technologie actuelle n’est pas obligée d’empêcher ces espaces de vivre, au contraire.

J’ai la sensation d’avoir beaucoup appris pendant les 1h36 du film, avec l’émotion d’avoir réellement vécu ce cinéma itinérant. C’était un véritable voyage qui m’a permis de plonger dans ces divers endroits en Inde. Comme si j’avais assisté à ces histoires, comme si j’avais été là, moi aussi.