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FFAST : Doob - No Bed Of Roses (critique)

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FFAST
Doob - No Bed of Roses
mots par Elodie
L’une des particularités du FFAST, c’est que cet événement nous permet de découvrir des univers inattendus. C’est ainsi que je me suis retrouvée à face au film Doob : No Bed of Roses, réalisé par Mostofa Sarwar Farooki et œuvre de clôture de cette cinquième édition. J’ai donc découvert un métrage du Bangladesh, industrie cinématographique aussi connue sous le nom de Dhallywood...

J’ai visionné Doob en toute innocence. Je ne savais rien des inspirations du réalisateur, de l’univers cinématographique de ce pays et je ne connais pas ses acteurs (si ce n'est le très talentueux Irrfan Khan). Cela ne m’a pas empêché de savourer totalement cette histoire car après tout, le cinéma n’a pas de frontière. Le FFAST a d’ailleurs su le démontrer cette année avec des films venant du Népal, de l’Inde ou encore du Sri Lanka. Quelque soit l’endroit d'où il provient, le métrage peut tout de même nous faire écho.

Le récit démarre alors que Saberi (Nusrat Imrose Tisha) revoit Nitu (Parno Mittra) lors d’un événement dans leur ancienne école. Clairement, un passé lourd pèse sur leurs épaules. Quelque chose dans cette amitié s’est cassé. En effet, sept ans en arrière, Nitu a brisé le mariage de Maya (Rokeya Prachy) et Javed (Irrfan Khan), les parents de Saberi. Je vous rassure, je ne vous spoile rien. Cette base narrative se révèle avec douceur dès les premières minutes.

Ce qui est très intéressant dans le travail du réalisateur (qui a aussi écrit l’histoire), c’est la manière dont il exploite les différents personnages et leurs émotions. Pas de drame surjoué et d’énorme dispute. Pas de bagarre, ni de pleurs exagérés. Il y a beaucoup de non-dits libres à l'interprétation, mais qui expliquent en même temps parfaitement le ressentiment des différents protagonistes. Une scène en particulier m’a marqué : celle où Saberi ramène un verre d’eau à son père. Elle comprend qu’il doit partir et quitter cette famille, mais cela ne l’empêche pas de vouloir de lui qu'il reste. D’ailleurs, j’ai surtout apprécié la mise en avant de ces enfants qui se retrouvent face à un père infidèle.

On aperçoit davantage la trahison et la peine chez Saberi que chez Maya, sans
pourtant que celle-ci soit négligée dans l’histoire. Chaque personnage avance, évolue, grandit et continue tout simplement de vivre malgré leur passif et la douleur que le choix de Javed a généré.

L’histoire se déroule sur sept ans. Si je dois trouver un défaut au film, c’est sans doute certains bonds dans le temps qui bousculent et nous empêchent de nous repérer, parce que rien n’indique que les années filent. Je me suis donc souvent retrouvé à devoir analyser la situation pour comprendre où en était l'histoire. Pourtant, il y a clairement un travail précis dans la narration et dans les dialogues pour nous faire comprendre que oui, de l’eau a coulé sous les ponts entre cette scène et la précédente. En parlant des dialogues, l’écriture est très fine et honnête. Les termes sont utilisés avec précision. De même pour la photographie, qui est divine.

Les angles de vue, l’environnement, les transitions entres chaque séquence… Rien n’est laissé au hasard. La musique de fond est très belle et parvient à compléter les silences. J’ajoute que le casting du film est excellent, en passant par l’incontournable Irrfan Khan qui n’a pas hésité une seule seconde à apprendre une langue étrangère pour participer au projet. La sublime Nusrat Imrose Tisha (aussi femme du réalisateur) n'est pas en reste, et l’émotion était clairement palpable dans son jeu. Ils contribuent tous à amener la dose de réalisme suffisante pour nous faire croire à ce qui nous est raconté.

Doob : No Bed of Roses démontre qu’il n'y a parfois pas de meilleure façon de narrer une histoire qu’en observant les regards. Un film qui a déjà fait parler de lui à travers de nombreux festivals en passant par Dubai, Moscou, Shanghai et plus encore. Il conclut en beauté le FFAST, dont j’attends déjà avec impatience la prochaine édition !