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FFAST : Haraamkhor (critique)

F
FFAST
Haraamkhor
mots par Fatima-Zahra
Haraamkhor fait partie de ces films indiens frappés par la censure. Il y a quatre ans, le comité de censure a empêché la sortie du métrage en citant pour cause la sensibilité de son sujet. Après le visionnage de l’œuvre de Shlok Sharma en janvier dernier, plusieurs critiques se sont posées une question : en quoi est-il inapproprié pour l'audience indienne ? Je me suis également interrogée.

Tout se déroule dans un petit village indien où Shyam (Nawazuddin Siddiqui) entretien une relation illicite avec son élève de 15 ans, Sandhya (Shweta Tripathi). Si la nature de cette liaison est en soit choquante, il faut admettre que les faits ne le sont malheureusement pas. C'est le genre d'histoires qui peut se produire partout. Nous devons tous en connaître autour de nous. Cependant, ce qui rend les faits de Haraamkhor plus sensibilisants, c'est la fragilité de la psychologie de ses personnages principaux, et la manière dont Shlok a traité son sujet.

Shyam est l'image de cet homme violent au sang chaud, qui se laisse facilement provoquer et frappe allègrement des adolescents. Il est également la métaphore du prédateur qui profite sans vergogne de la vulnérabilité de sa proie. Sandhya est le reflet de l'ange qui n'a pas eu la vie facile, la lumière qui se laisse entacher par l'obscurité. Tout ce qui se passe entre eux est consensuel et pourtant, tout est tellement... horrible. Est-ce la faute de Shyam ? Est-ce la faute de Sandhya ? Est-ce la faute de leur entourage ? Qui est réellement responsable ? Il est vrai que Haraamkhor ne tente pas de donner des réponses à toutes ces questions. Ce qui est visé ici, c'est surtout le message en lui-même, et non sa conclusion.

Avec un casting aussi puissant, le film ne peut être que gagnant. Le talent de Nawazuddin n'est plus à prouver et il arrive très facilement à nous rendre Shyam détestable. Pour son égoïsme, sa perversité, sa cruauté, sa lâcheté.
Shweta n'a rien à lui envier avec sa prestation épurée. Mohd Samad, dans le rôle du petit Mintu est une perfection absolue, car il amène une touche comique à l'ensemble. De même pour son camarade Irfan Khan en tant que Kamal. Ces derniers représentent à mon sens l'innocence, qui s’évapore graduellement au fur et à mesure que les faits se produisent sous leurs regards.

Ce qui m'a le plus plu dans le métrage, en plus de sa distribution, c'est l'approche de ses protagonistes. D'habitude, nous avons droit à une vision très subjective en illustrant un homme comme Shyam en lui donnant une image sale et répugnante. Mais ici, le script laisse le temps à l'audience de se faire sa propre idée sur cet homme. Il en va de même pour Sandhya. Elle était mineure et vulnérable, mais elle était également consciente de ce qu'elle était en train de faire. Le seul défaut reste son rythme. Malgré les efforts visant à le rendre fin, le métrage a tendance à devenir lent et monotone à certains endroits.

Shlok Sharma a proposé à son public un film qui explore une relation taboue, et le fait avec un naturel accrocheur. Haraamkhor est de ces métrages qui font du cinéma indépendant un monde à explorer. Son message est frappant, réel et intense. Comment est-ce qu'une histoire qui commence de manière très ordinaire peut-elle se terminer sur quelque chose d'aussi inattendu ? A voir pour les prestations authentiques de ses acteurs, pour la mise en scène précise de son réalisateur et pour la puissance de ce qu'il représente.