Bolly&Co Magazine: Critique : Hichki
nos numéros qui sommes nous nos articles les événements Bolly&Co Awards
BOLLY&CO
votre magazine sur l'univers du cinéma indien depuis 2010 !

Critique : Hichki

F
FESTIVAL
Hichki
mots par Asmae Benmansour
J’étais un peu réservée quant au projet Hichki. Non pas je n’avais pas envie de le voir. Le grand retour de Rani Mukerji au cinéma, ça ne se refuse pas ! Ceci étant, j’étais très sceptique quant au résultat final. Pourquoi, me direz-vous ? A cause du réalisateur. En effet, Siddharth P. Malhotra (qui n’a rien à voir avec le célèbre minet de Student of the Year) avait littéralement massacré l’exceptionnel Ma Meilleure Amie (avec Susan Sarandon et Julia Roberts) en en initiant un pauvre remake, comptant Kajol et Kareena Kapoor Khan à sa distribution. Intitulé We Are Family, j’attendais à l’époque tellement de ce film. Pour finalement me confronter non seulement à une œuvre qui était loin de la finesse de l’original, mais qui était en plus complètement ratée.

Bref, retrouver Siddharth P. Malhotra derrière la caméra ne m’enchantait guère.

En particulier à la réalisation d’un nouveau remake. Car Hichki est largement adapté du téléfilm américain Une leçon de vie, qui reprend l’histoire réelle de Brad Cohen. Vraiment, j’avais peur pour Rani. Je la savais capable de sortir gagnante du pire nanar. Car cette femme est l’une des plus grandes actrices du sous-continent, à mes yeux. Ce n’est pas ma préférée, mais elle est objectivement assez unique.

J’attendais donc de voir Hichki lors de sa sortie DVD, tranquillement. J’étais guidée par la curiosité mais pas par l’impatience. Et puis, le métrage a été ajouté en dernière minute à la programmation du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse. Une bonne raison de le découvrir sur grand écran, malgré une distribution exclusivement avec des sous-titres anglais. La salle était presque vide. Sur environ 200 sièges, une petite vingtaine était occupée. Il faut dire que la séance était en matinée, sous-titrée en anglais et en lendemain d’un Carnaval très populaire à Toulouse. C’est dommage, puisque Hichki a été un véritable coup de cœur.

Naina Mathur (Rani Mukerji) souffre du syndrome Gilles de la Tourette. Dès l’enfance, elle a dû composer avec cette pathologie en se confrontant au regard des autres. A l’âge adulte, Naina a l’ambition de devenir enseignante, mais son handicap lui ferme de nombreuses portes. C’est alors qu’elle obtient enfin un poste dans une classe pour enfants défavorisés…

En lisant la trame, vous vous dites qu’on va sombrez dans le pathos. Honnêtement ? Hichki est assez mélo. Mais à la différence de We Are Family, l’émotion est relativement bien dosée pour éviter l’indigestion. Alors c’est certain, le schéma narratif est vu et revu. Mais l’intérêt du film réside dans son héroïne atypique. Le reste n’est que du réchauffé d’autres films sociaux sur un professeur inspirant pour des jeunes en difficulté. On a déjà vu ça, et ce n’est vraiment pas le pan le plus intéressant de l’histoire.

Rani Mukerji est impériale.

Oui, rien que ça. La comédienne de désormais 40 ans fait un retour gagnant avec ce projet qui s’appuie presque exclusivement sur elle. J’ai dit presque, car la bande de jeunes qu’elle mène d’une main de maître, entre rigueur et bienveillance, n’est pas en reste.
L’actrice nous bouleverse en enseignante dévouée qui tente de faire avec son handicap. Car c’est là qu’Hichki est intelligent. Bien au-delà de nous raconter la soif de réussite de jeunes en galère, cette production Yash Raj narre avant tout le cheminement de son héroïne, qui subit sa pathologie pour apprendre, avec le temps, à l’accepter et même à la revendiquer comme une part de son identité.

Les jeunes acteurs qui campent ses élèves à l’écran sont dynamiques et terriblement attachants.

Oui, c’est très larmoyant et un peu cliché. Mais grâce au casting, ça fonctionne. Je pense que le fait de ne pas avoir vu le téléfilm d’origine m’a aidé. Avec We Are Family, j’avais une idée très précise de ce que j’escomptais. Et le métrage n’est alors pas parvenu à répondre à mes expectatives, plutôt conséquentes, il faut l’avouer. J’ai ainsi découvert Hichki en tant qu’œuvre unique, sans émettre de lien ni de comparaison avec le film qui en est la source. C’est souvent le risque avec les remakes. Si l’œuvre de base est très populaire, le visionnage de sa version indienne sera gâché. En revanche, si un film prend racine d’un ouvrage ou d’un métrage moins connu du grand public, il a davantage de chance d’être apprécié à sa juste valeur.

J’ai pleuré devant Hichki. A plusieurs reprises. Et pas qu’un peu.

Je suis très bonne cliente de ce genre de métrages qui portent un message de tolérance, d’acceptation et de dépassement de soi. Alors effectivement, j’ai vu des œuvres bien plus originales qui servaient le même propos. Ça manque cruellement de finesse, et sans doute que si le ton avait été plus feutré, Hichki aurait remporté encore plus de suffrages à sa sortie. Mais personnellement, le résultat final m’a convenu. Et il correspond assez bien à l’actrice qu’est Rani Mukerji. C’est une interprète généreuse et entière. Et sans doute qu’un film à la fabrication plus minimaliste et à l’écriture plus ciselée ne lui aurait pas été aussi bien.

En conclusion, je vous invite à joindre vos mains en signe de supplication afin d’implorer Aanna Films de diffuser plus largement (et j’ose espérer avec des
sous-titres français
) Hichki tant il est magnifique.
LA NOTE
★★★★★

5/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
est disponible !

196 pages, Ali Fazal

lire en ligne télécharger