Bolly&Co Magazine: Critique : Ki & Ka
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Critique : Ki & Ka

F
FESTIVAL
Ki & Ka
mots par Asmae Benmansour
Ki & Ka est sorti il y a déjà deux ans. Avec Kareena Kapoor Khan et Arjun Kapoor (que j’adore) au casting, j’avais alors toutes les raisons d’adorer ce film. D’autant plus qu’il était dirigé par l’excellent R. Balki, qui a livré précédemment des métrages de qualité, de Cheeni Kum à Paa. Pourtant, je n’ai jamais vu Ki & Ka. Littéralement massacré par la presse et boudé par le public, je pensais à un film raté. Que j’ai délibérément ignoré. Jusqu’au Festival des Cinémas Indiens de Toulouse. Car Ki & Ka était projeté samedi dernier à cette occasion. Aucun moyen d’y échapper, d’autant que la programmatrice du festival, Frédérique, avoue adorer ce métrage.

Kia (Kareena Kapoor Khan) est une femme ambitieuse qui rêve de gravir les échelons. La vie de famille, ce n’est pas son truc. Et l’idée de devoir abandonner sa carrière pour faire à manger à son mari ne fait pas partie de ses plans. Kabir (Arjun Kapoor) est de son côté le fils d’un grand entrepreneur. Pourtant, il se rêve en homme au foyer, bercé par le souvenir de sa mère qui a pris soin de lui jusqu’à sa mort. Kabir et Kia se rencontrent et décident de se marier. Kia pourra mener à bien ses ambitions tandis que Kabir se chargera de l’entretien du foyer. Les rôles s’inversent pour mieux venir questionner le fonctionnement de toute une société…

Ki & Ka est probablement le film le plus commercial de R. Balki. La musique y est omniprésente, entre séquences dansées et complaintes où les héros se pleurent mutuellement en regardant l’horizon. On est très loin de la sobriété de Cheeni Kum, qui narrait déjà une histoire d’amour atypique. R Balki a semble-t-il adopté tous les codes qui font une œuvre grand public à Bollywood en les incorporant à son récit.

Ceci étant, Ki & Ka se démarque. Par son sujet, tout d’abord.

L’échange des rôles est poussé à son paroxysme, Kia et Kabir se jouant des codes et des traditions pour mieux les démystifier. C’est donc Kabir qui porte le mangal sutra et Kia qui demande à son mari ce qu’il a préparé à manger quand elle rentre du travail.

Le scénario tire ses grosses ficelles à fond, s’amusant à faire basculer la balance du métrage d’un côté et de l’autre pour mieux éprouver ses protagonistes. C’est sûr que le rendu est assez grossier, ça manque réalisme et de congruence. Pour autant, j’ai trouvé intéressant ce jusqu’auboutisme dans le propos. On sent que R. Balki souhaitait aller au bout sa réflexion. Et le résultat est plutôt convainquant. Je suis sortie du métrage avec une réflexion encore plus étayée sur ma place de femme, car les questions que Ki & Ka soulève dépassent largement la société indienne.

Le métrage ne traine pas, le rythme est très soutenu et entre directement dans le vif de son sujet.

En cela, c’est un véritable divertissement. Et j’ai été divertie. J’ai ri, dansé et ai été touchée. Kareena Kapoor Khan livre avec ce film l’une de ses prestations les plus intéressantes. Loin de chercher à nous rendre Kia sympathique, elle parvient à insuffler à ce personnage une sensibilité qui en fait un personnage attachant, justement parce qu’il est imparfait. De son côté, Arjun Kapoor est à croquer ! Avec une dégaine de gros nounours qu’on a envie de câliner,
l’acteur mérite d’être salué pour avoir accepté un tel rôle. Peu de vedettes populaires masculines s’y seraient frottées avec autant d’envie. S’il reste quelque peu dans l’ombre de sa partenaire, Arjun n’en est pas moins très bon dans ce film, qui l’illustre en grand émotif. Loin des têtes dures qu’il campait dans Ishaqzaade et Gunday, l’acteur dévoile sa vulnérabilité avec ce film, bien avant son personnage d’écorché vif dans Half Girlfriend.

En conclusion, Ki & Ka est une très bonne surprise.

Forcément, je n’en attendais rien. Ça a dû aider. Le fait est que j’ai déjà très envie de le revoir, et même de le faire découvrir à d’autres cinéphiles qui auraient, comme moi, manqué l’occasion de lui donner sa chance. Alors effectivement, ce n’est pas le métrage du siècle. Et en même temps, Ki & Ka reste assez unique dans son propos. Un film qui parle de la place de la femme, ça existe à Bollywood. Un film populaire qui évoque ce sujet, c’est déjà plus rare. Mais alors un métrage commercial qui pousse la réflexion dans ce sens en allant aussi loin dans l’histoire des protagonistes, tout cela en restant avant tout une production grand public… Je crois n’avoir rien vu de semblable en Inde. Si la fabrication de Ki & Ka est très classique, son thème est quant à lui vraiment singulier.

Ki & Ka n’est pas un film sur le ‘girl power’ ou sur l’émancipation de la femme. Kia sait déjà ce qu’elle veut et est déjà une femme indépendante. Ce qui est intéressant, c’est que R. Balki s’est questionné sur sa place dans le couple autant qu’il s’est attaché à celle de Kabir. Il ne dénigre pas les femmes au foyer, bien au contraire. D’ailleurs le métrage vient soulever quelque chose de très pertinent : quand une femme fait le choix de ne pas faire carrière et de s’occuper du foyer, c’est totalement normalisé. En revanche, quand les rôles s’inversent et que l’homme décide de rester à la maison, on l’érige au rang de héros (ou de petite nature, c’est selon). Pourquoi ?

Ki & Ka n’apporte pas de réponses sur un fonctionnement sociétal qui nous concerne tous.

Mais il encourage les hommes comme les femmes à ne pas se soucier du regard des autres, et à faire les choix qui les rendent heureux, et dans lesquels ils s’épanouissent. Le mariage, c’est bien, tant qu’on ne s’y sent pas prisonnier. Tant qu’on ne se sent pas frustré ou limité. Les hommes comme les femmes sont libres de faire ce qu’ils veulent. De s’accomplir professionnellement comme de ne pas le faire. Et ce n’est pas parce qu’on a un statut et des titres gonflants qu’on a réussi sa vie. Ou même qu’on est plus heureux.
LA NOTE
★★★★☆

4/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
est disponible !

196 pages, Ali Fazal

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