Bolly&Co Magazine: Critique : Newton
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Critique : Newton

F
FESTIVAL
Newton
mots par Asmae Benmansour
J’ai attendu le festival pour regarder Newton. J’aurais pu le visionner depuis des mois, mais l’occasion de le voir sur grand écran était trop belle. En sortant du visionnage, je m’attendais à tout sauf à ce que j’ai découvert. Je pensais me retrouver face à un film contestataire au ton très noir. J’étais complètement à côté. Newton est bien un film engagé, mais n’en est pas moins dépourvu d’humour et de légèreté.

Newton Kumar (Rajkummar Rao) est missionné pour tenir un bureau de votes en pleine jungle de Chhattisgarh. La surveillance est à son maximum par crainte des Naxalites (Mahoistes), menée par le commandant Aatma Singh (Pankaj Tripathi). Dans un environnement hostile et ne sachant pas à qui faire confiance, Newton va tout entreprendre pour convaincre les électeurs de voter…
Rajkummar Rao est exceptionnel. Oui, je sais, ce n’est pas un scoop. Et Newton n’est qu’une confirmation de ce fait déjà connu de tous. Avec ce film, l’acteur démontre au passage qu’il ne se cantonne pas aux rôles dramatiques, et que les registres plus enlevés lui vont également à merveille. Il est formidable de sincérité dans un rôle pour lequel il se donne à fond.

A ses côtés, Pankaj Tripathi est aussi irréprochable.

Il est d’ailleurs parmi les comédiens les plus sous-valorisés de l’industrie hindi, à mes yeux. Il n’en fait jamais trop en officier de l’armée quelque peu blasé par cette mission improbable. Anjali Patil est quant à elle très juste dans la peau de Malko. Raghubir Yadav n’est pas en reste et vient compléter brillamment le tableau dépeint par Amit Masurkar. Le cinéaste a effectivement assuré son coup en sélectionnant son casting, qui donne le relief nécessaire pour faire vivre son histoire.

Le second atout majeur de Newton, c’est son écriture.

Plus précisément ses dialogues, écrits conjointement par Mayank Tewari et le réalisateur lui-même. Chaque réplique tombe à pic, provoquant pour certaines l’hilarité de l’assistance. Oui, j’étais pliée de rire sur mon siège pendant la majeure partie du métrage tant les propos des protagonistes sonnent juste. Car la prouesse de Newton, c’est de nous faire rire tout en nous faisant réfléchir.

L’idéalisme de Newton nous touche. Et sa droiture fait tache dans un environnement où les intentions ne sont pas vraiment sincères. Newton se bat pourtant afin qu’un vote juste soit organisé, et non une mascarade qui fera la joie des journaux télévisés.
Sa patience et son souci d’accomplir son devoir le mènent à repousser ses limites. On voit le personnage se décontenancer face à la réalité, aux magouilles et autres obstacles, pour ensuite décider de mener sa mission à son terme, quoiqu’il en coûte.

Newton tire son caractère comique dans son authenticité. Aucune séquence n’est forcée ni excessivement téléphonée.

Les évènements se suivent avec beaucoup de fluidité, sans pour autant nous ôter cet effet de surprise qui fait toute la différence. Sans en dire davantage sur le contenu de l’œuvre, sachez que Newton va probablement devenir incontournable. On a ici affaire à une comédie intelligente, fait assez rare à Bollywood pour être souligné. Le métrage met en exergue l’hypocrisie derrière le système démocratique, où la vitrine doit être belle pour les médias sans aucune considération réelle pour le peuple. On le découvre avec le même regard que Newton, d’abord naïf puis quelque peu désappointé.

Clairement, Newton est MON coup de cœur de cette édition du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse.

Il va droit au but sans tergiversation scénaristique sans pour autant céder à la facilité. Cet équilibre en fait sans doute l’un des meilleurs films de l’an 2017. Je l’avoue, j’étais surtout motivée par la distribution, que j’adore (en particulier Rajkummar Rao et Pankaj Tripathi). Mais Newton est encore plus grand que son casting. Je crois que c’est la première fois qu’une comédie est aussi tordante qu’elle n’est pertinente. La dernière fois que j’ai le souvenir d’avoir eu affaire à un film de cet acabit, c’était en regardant Jaane Bhi Do Yaaro, avec Naseeruddin Shah. C’est dire à quel point Newton est fort.

Si vous aviez des réserves quant au ton ou quant à la trame, oubliez-les et foncez ! J’ignore qui remportera les différents prix du festival, mais Newton a remporté mon adhésion. Irrévocablement.
LA NOTE
★★★★★

5/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
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196 pages, Ali Fazal

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