Bolly&Co Magazine: Critique : Sound Of Silence
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Critique : Sound Of Silence

F
FESTIVAL
Sound Of Silence
mots par ASMAE BENMANSOUR
Sound of Silence fait partie de ces films que je n’aurais probablement jamais regardé, si ce n’avait pas été dans le cadre d’un festival. Réalisé par le cinéaste malayalee Dr Biju (auquel on doit les métrages acclamés Veettilekkulla Vazhi et Perariyathavar), Sound of Silence est pourtant tourné en hindi et en tibétain.

Un jeune garçon muet (Master Govardhan) est perpétuellement diminué par son père, qui lui reproche le décès de sa femme, morte en lui donnant naissance. Lorsque son père se retrouve incarcéré pour meurtre, ce jeune garçon va intégrer un monastère et cheminer sur un profond manque affectif…

On est en Inde, en pleine montagne. Et pourtant, l’histoire de ce petit garçon pourrait être celle de millions d’autres à travers le monde. Détruit affectivement par un père rejetant, il s’accroche au seul repère adulte sain dont il dispose : un moine qui le prend sous son aile. Ce passage au monastère le valorise et lui fait prendre conscience de sa valeur.

Le travail de Dr Biju interpelle. Au sortir du visionnage, j’admets que j’avais du mal à savoir où il voulait en venir. Sound of Silence ne vient pas présenter le bouddhisme comme la source de paix intérieure du garçon. Son propos est assez diffus, et j’avoue que j’ai dû y réfléchir à deux fois avant de saisir, je pense, le sens de l’œuvre.

Cheminement méditatif d’un orphelin, on voit cet attachant héros être spectateur de sa situation. Lors des séquences de prières au monastère, il semble presque incrédule face à la cacophonie qui règne. Ces scènes se répètent durant toute la pellicule et viennent rythmer un métrage très calme. Elles prennent sens dans la mesure où elles
mettent en exergue l’évolution du héros qui, dans l’une des dernières scènes de prière, est encensé par ses pairs pour son courage et son altruisme.

Le silence est un personnage central du film. Il incarne la souffrance du héros, dont le mutisme est révélateur de mal-être. Il vient en même temps amener une paix intérieure dans les instants de méditation du garçon. Ce silence est brisé lors des temps de prière, que le garçon ne semble pas saisir. Ce n’est pas dans la dévotion qu’il se sent bien, mais dans sa propre introspection. Il a déjà son paradis, qu’il s’agit de sa boîte rouge qui contient ses objets d’évasion que dans le rêve d’être auprès d’une figure maternelle qui le ferait sortir du silence.

Les images de l’Himalaya sont absolument magnifiques. Si l’on devait effectivement déterminer un seul atout dans Sound of Silence, il s’agirait de sa photographie. J’ai clairement eu envie de prendre un billet d’avion pour visiter ces vastes espaces, colorés et luxuriants. Le travail visuel de M.J. Radhakrishnan est impressionnant tant il met en valeur la beauté brute de l’Himachal Pradesh.

Sound of Silence est clairement une expérience cinématographique singulière, par l’atmosphère instaurée par son réalisateur mais aussi par cette absence d’action, d’un coup, prend sens.
LA NOTE
★★★☆☆

3/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
est disponible !

196 pages, Ali Fazal

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