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Critique : Thondimuthalum Driksakshiyum

F
FESTIVAL
Thondimuthalum Driksakshiyum
mots par Asmae Benmansour
Seconde soirée de festival à l’American Cosmograph de Toulouse. J’ai découvert l’un des métrages que j’attendais le plus à l’occasion de cette édition : Thondimuthalum Driksakshiyum, avec Fahadh Faasil à l’affiche. J’aime beaucoup cet acteur, que j’avais découvert dans Bangalore Days pour ensuite visionner d’autres métrages dans lesquels il figure comme Haram, Diamond Necklace et Oru Indian Pranayakadha. Fahadh signe avec Thondimuthalum Driksakshiyum sa seconde collaboration avec le réalisateur Dileesh Pothan, qui l’avait déjà dirigé en 2016 dans l’encensé Maheshinte Prathikaaram.

Prasad (Suraj Venjaramoodu) et Sreeja (Nimisha Sajayan) se sont mariés contre l’avis des parents de la jeune femme. Forcé de fuir sa ville natale, le couple voyage en bus lorsque la chaine de mariage de Sreeja est subtilisée par un illustre individu (Fahadh Faasil). Les jeunes mariés décident de porter plainte et emmènent l’accusé au poste de police. Autour de ce vol, on assiste à un jeu de dupes entre le voleur, le couple et les autorités…

Fahadh Faasil a expliqué à Frédérique Bianchi, présidente du festival qui l’a rencontré cette année, qu’il est arrivé sur le tournage de Thondimuthalum Driksakshiyum en s’étant préparé pour un autre rôle. On sent l’acteur dans la réaction vis-à-vis des autres, donnant lieu à des situations qui frappent par leur réalisme.

Fahadh livre ici l’une de ses prestations les plus fines, formidable en usurpateur qui s’amuse de l’impatience de ses interlocuteurs.

J’ai été particulièrement interpellée par le regard de l’interprète, habité par ce rôle pour lequel il ne s’était finalement pas préparé. Le reste de la distribution est très juste, de Suraj Venjaramoodu (sacré aux National Awards en 2014 pour Perariyathavar) à la débutante Nimisha Sajayan, dont je peine à croire que c’est le premier grand rôle au cinéma. Certains membres du casting ne sont pas des professionnels et bluffent pourtant par leur pertinence.

Thondimuthalum Driksakshiyum est difficile à définir comme à caser dans un genre cinématographique. On pourrait cependant le qualifier de comédie noire, au sens très large du terme. Car le film est indéniablement drôle, se jouant du ridicule certain qui réside dans le désespoir. Pas de baston qui en jette, les héros se cassent la figure sans aucun style ni aucun effet. Dileesh Pothan est avant tout en quête de vérité au travers de ce métrage, où une affaire de vol va révéler les enjeux sous-jacents de tous les protagonistes. Le couple qui démarre une nouvelle vie et qui manque de moyens, les policiers qui craignent pour leur place… Seul le personnage du voleur entretient le mystère.
Et pourtant, on s’attache irrémédiablement à lui. Il est facétieux, culotté et quelque peu manipulateur. Mais allez savoir, cet apparent antagoniste est le véritable héros de Thondimuthalum Driksakshiyum.

La musique de Bijibal constitue également l’un des éléments forts du métrage.

J’ai particulièrement apprécié la folklorique « Aayilyam », portée par les voix magnifiques de Sithara et Govind Menon.

Thondimuthalum Driksakshiyum m’a fait penser dans son ton au cinéma américain muet, entre Buster Keaton et Charlie Chaplin. L’humour est prépondérant dans l’instauration de l’atmosphère du film. C’est d’ailleurs Fahadh qui porte la plupart des séquences comiques du métrage tant son personnage recouvre les tenants et aboutissants de la trame. L’œuvre aurait pu souffrir de l’absence d’étayage dans la psychologie de cet anti-héros. Finalement, sa force réside dans son instantanéité. Inutile d’en savoir davantage sur son passif. Ce à quoi nous donne accès le cinéaste nous suffit. L’absence d’identité du protagoniste fait d’ailleurs partie de lui.

Le film est une allégorie de l’instinct de survie.

Tous les personnages ont pour point commun de vouloir rester à flot, de ne pas sombrer. Le désespoir les guide et les amène, pour certains, à manquer de jugement. Loin de mettre les gens dans des cases, Thondimuthalum Driksakshiyum s’attache aux individualités qui font le système, qu’il soit de caste ou judiciaire.

La véritable réussite de Thondimuthalum Driksakshiyum, c’est de nous parler de gens et non de héros. Et s’il doit exister un héros, c’est la réalisation de Dileesh Pothan tant elle n’en fait jamais trop tout en engageant le spectateur. Je n’ai pas décroché du film, de son démarrage à sa conclusion.

Chaque personnage a sa place, aucun ne vient prendre l’ascendant sur les autres. C’est impeccablement filmé et
brillamment interprété. Alors, que demande le peuple ?
LA NOTE
★★★★☆

4/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
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196 pages, Ali Fazal

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