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Critique : Western Ghats

F
FESTIVAL
Western Ghats
mots par Elodie Hamidovic
Lenin Bharathi, dont c'est le premier film, Western Ghats (Merku Thodarchi Malai) a été présenté ce vendredi soir lors du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse. Déjà projeté un peu partout dans le monde entre New York et Singapour, c'est pourtant une première européenne qui a lieu ce soir-là et qui permet au public français de s'immerger dans la vie d'une communauté rurale au centre des Ghats Occidentaux.

Le métrage ne perd pas de temps. Dès son démarrage, nous sommes plongés dans le réveil d’un village et le parcours d’un livreur du nom de Rangasamy (Antony). C’est un véritable périple qu’il entreprend, de petit village en petit village, en passant par les montagnes, le tout en croisant des amis et connaissances qui parfois l’accompagnent le long de sa route. Celui-ci rêve d’acheter une terre afin de la cultiver et d’améliorer sa situation. Il est d’ailleurs sur le point d’acquérir un petit espace rocailleux. Il épousera avant Eswari (Gayathri Krishna) avec laquelle il aura un fils. Petit à petit, le quotidien de ce couple se développe pour dévoiler la manière dont cette population rurale forme vraiment un ensemble. Ils s’entraident les uns les autres, ils fêtent les succès de leurs voisins, ils s’insultent de bon cœur comme une famille.

La sincérité de Western Ghats se fait ressentir : ce n’est pas une fiction, mais une réalité de la société indienne. Le film est une représentation fidèle de la vie de nombreux ouvriers dont le monde a complètement basculé face à la mondialisation. Les espaces naturels, la jungle, les verdures sauvages, tout a fini par disparaître au fur et à mesure.

Les chemins de pierres se transforment en routes de béton, les terres fertiles sont inutilisées au profit d’éoliennes. C’est vraiment toute une transition qui est savamment dépeinte à l’écran, avec une cinématographie impressionnante des Ghats Occidentaux.

Les plans sont absolument somptueux, ponctuant davantage ce changement actuel et loin de se produire uniquement en Inde. En effet, j’ai souvent repensé au village dans lequel ma mère a grandi dans les Balkans. La familiarité entre voisins, la façon
dont chacun prend soin l’un de l’autre, l’optimiste dont ils faisaient preuve durant les temps difficiles…

Les populations rurales ne sont finalement pas si différentes les unes des autres, faisant face aux mêmes problèmes. Car Rangasamy vivra ses malheurs, finissant par vendre la terre qu’il avait tant désiré. La terre qui représente bien plus qu’un moyen de cultiver de quoi se nourrir : c’est aussi un héritage, une maison, un travail pour subvenir à tous les besoins de sa famille. L’urbanisation ne le touche pas uniquement.

Tous ceux que l’on découvre au fil de l’histoire ont un développement.C’est toute une communauté qui avance, pour finalement presque se briser.

Les habitudes, les traditions s’effacent de la même manière que le chemin que Rangasamy avait longtemps emprunté lorsqu’il était livreur. Cette production de Vijay Sethupathi possède une très belle musique par Ilayaraaja, véritable légende de la musique dans le Sud de l’Inde. Les sons interviennent aux bons moments, accompagnant avec justesse les émotions des protagonistes et les séquences qui nous sont présentées.

Une bonne partie du casting est composée de locaux qui parviennent très facilement à nous toucher. C’est une histoire qui parle à tous, et Lenin Bharathi a tenu à dédier sa première réalisation à tous les ouvriers du monde. A sa manière, il veut construire des projets qui reflètent la société et qui lui servent. La pré-production du métrage a duré 3 ans. Un travail monstrueux de sincérité pour raconter avec cœur la vie de toutes ces personnes. Un métrage qui se regarde avec curiosité, empathie et parfois nostalgie pour tous ceux qui ont connu (et peut-être même traversé) ces changements.
LA NOTE
★★★★☆

4/5


Le numéro 12 de Bolly&Co
est disponible !

196 pages, Ali Fazal

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