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Critique : Ohm Shanthi Oshaana

C
CRITIQUE
Ohm Shanthi Oshaana
mots par Asmae Benmansour
Ohm Shanthi Oshaana, ou l’histoire d’une nana qui court après le même mec pendant 2h09... C’est tout ? Non, je vous rassure, ce film a d’autres atouts pour lui, à commencer par son casting, composé de Nazriya Nazim et Nivin Pauly. Pour ce film, on va la faire courte : Nazriya est l’incarnation de l’amante entière qui croit en son premier amour. C’est elle qui porte le film du début à la fin.

C’est avec ses yeux qu’on suit sa quête. Nazriya incarne une Pooja innocente mais déterminée, qui s’accroche au moindre signe de l’être aimé pour continuer à croire qu’elle parviendra à le conquérir... Concrètement, toutes les filles secrètement amoureuses pourront se projeter en Pooja. Oui, vous, les filles qui regardez l’heure 5 fois d’affilée pour ne finalement retenir que le fait qu’il ne vous a pas envoyé de texto ! Oui, vous, les filles qui prenez la mouche dès qu’il ose adresser la parole à une autre nana. Oui, vous, les filles qui tentez par tous les moyens d’attirer son attention et de l’impressionner en vous pomponnant, en lui montrant à quel point vous êtes élégante, cultivée, généreuse... Ce film s’adresse à vous ! Posons donc le contexte de cette charmante romance de Mollywood...

Pooja Mathew (Nazriya Nazim) voit le jour en 1983 dans une famille de médecins. Longtemps garçon manqué, elle se révèle en tant que femme lorsqu’elle tombe amoureuse de Giri (Nivin Pauly), un mystérieux inconnu venu la secourir lors d’une agression. Pourtant, le jeune homme lui est totalement indifférent et, des années durant, elle va mener une lutte sans merci pour faire valoir ses sentiments...

On a peur, au début

On se demande ce qu’il y a de romantique dans le fait de voir une nana galérer pendant deux heures pour obtenir une parcelle d’attention de la part d’un mec rustre et rigide ! Absolument rien, je vous l’accorde ! Pourtant, on se prend à vite craquer pour le beau Giri, avec son allure de ‘bad boy’ et sa barbe de trois jours. Pour le rôle, Nivin Pauly sort de son image de gentil garçon pour camper un personnage plus rugueux et discret que le romanesque Vinod de Thattathin Marayathu ou le traditionaliste Kuttan de Bangalore Days. S’il est clairement irrésistible, il est vite éclipsé par la solaire Nazriya Nazim, qui crève l’écran dans ce film qui tourne autour d’elle. Naturelle, authentique et lumineuse, cette actrice a tout pour plaire. Si elle ne ressemble en rien aux bombes du cinéma hindi comme Deepika Padukone ou Priyanka Chopra, elle n’a rien à leur envier en terme de jeu, bien au contraire.

Nazriya possède en elle un talent incroyable pour saisir l’attention du spectateur, le toucher en plein cœur et happer toute son âme.

Elle s’empare de Pooja comme personne et incarne cette héroïne entreprenante avec panache. On ne voit qu’elle, comme on ne voyait que Kajol dans Kuch Kuch Hota Hai et Kareena Kapoor dans Jab We Met. Dans Ohm Shanthi Oshaana, elle tient un vrai rôle féminin, solide et construit.
C’est revigorant de visionner un film dans lequel la dite héroïne n’est pas réduite à sa plus simple fonction : pleurnicher, danser et crier à l’aide ! C’est aussi une des raisons qui confirme mon attachement au cinéma malayalam : l’écriture de ses protagonistes, toujours pointue et intelligible. Ce qui est bien avec Ohm Shanthi Oshaana, c’est qu’il ne nous prend jamais pour des imbéciles. Malgré une histoire vraiment sommaire, le réalisateur Jude Anthany Joseph s’est attaché à mettre en scène une Pooja authentique, pleine de vie mais aussi pleine de doutes. C’est l’introspection amoureuse de Pooja à laquelle on assiste avec ce métrage solaire. Le film part d’elle pour mieux parler d’elle. Face à elle, on retrouve le charmant Nivin Pauly.

J’avais littéralement craqué pour cet acteur en visionnant son drame romantique Thattathin Marayathu, sorti en 2012 avec Isha Talwar.

Il est pour moi l’incarnation du bellâtre dravidien, à la peau tannée et au sourire ravageur. Ici, les rôles s’inversent car c’est Pooja qui fait une cour assidue à Giri, et non le contraire. Giri est très secret, inhibé mais aussi rustre dans son comportement, à l’opposé de la lumineuse Pooja. S’il est toujours aussi impeccable, Nivin n’a pourtant pas l’occasion de prouver pleinement sa valeur à travers ce rôle plus mineur. Il demeure dans l’ombre de Nazriya pendant toute la durée du film.

D’ailleurs, tout oppose Pooja et Giri : elle est jeune et positive, lui est plus âgé et quelque peu fataliste. Lorsqu’elle lui dit qu’elle l’aime ; lui ne voit que l’âge, la religion et la société les séparent. Si elle se laisse porter par ses sentiments, lui s’aliène dans ses appréhensions. Il n’y a ici guère d’élément extérieur qui pourrait mettre à mal la relation de Giri et Pooja.

Le principal obstacle entre Pooja et Giri, c’est Giri luimême. Brisé par l’échec de sa précédente idylle, il se refuse à céder au charme de Pooja, trop préoccupé par les conséquences d’un tel amour, et par la perspective de son échec. Giri a peur là où Pooja ne craint rien. Après tout, mieux vaut essayer d’aimer que de craindre l’amour toute sa vie... C’est avec cette philosophie que Pooja aborde les relations amoureuses, et plus particulièrement l’amour qu’elle voue à Giri.

Pooja ne craint pas le rejet, ni la souffrance, elle entrevoit l’amour qu’elle porte à Giri avec optimisme, en en envisageant que le meilleur. Si Pooja est plus jeune que Giri, c’est lui qui mûrit à son contact. Il apprend l’art du lâcher-prise, il se libère pour mieux chérir l’essentiel. >
En aimant Giri, Pooja apprend quant à elle la patience, la tolérance et l’altruisme.

Elle apprend aussi à taire ses maux en pansant ceux de Giri. Pourtant, on ne nous vend pas une Pooja sacrificielle et désintéressée. Si elle se lie d’amitié avec Giri, elle est au clair sur le dessein romantique de cette relation. Au fond, elle nourrit toujours l’espoir de voir naître en lui les sentiments qu’elle lui loue. En cela également, on peut aussi facilement s’identifier à elle. En effet, qui n’a jamais aimé quelqu’un avec une certaine distance ? Qui n’a jamais espéré, qu’un jour, cette personne se tourne vers nous pour nous avouer qu’elle nous aime aussi ?

Pooja est une battante, une acharnée qui garde toujours la foi dans l’amour qu’elle voue à Giri. Sa persévérance est admirable, et l’on se voit en Pooja dans nombre de ses pensées, de ses attitudes et de ses songes. Car elle a beau être médecin, Pooja reste une fille amoureuse au cœur de guimauve, avec les comportements souvent niais qui en découlent... « Il est trop beau, faut que je prenne une photo de lui en scred... Et merde, il m’a vu ! »

Je me suis souvent vue en Pooja. C’est aussi probablement pour cela qu’elle m’a tant touché. J’ai aussi été émue par la profonde amitié qu’elle partage avec le Dr Prasad, campé par Vineeth Sreenivasan. Cet artiste polyvalent est d’ailleurs l’artisan de mon coup de foudre pour Mollywood, car c’est lui qui a réalisé Thattathin Marayathu (Je vais vraiment devenir lourde avec ce film... Mais j’y peux rien, il est extra!). D’ailleurs, il officie également sur l’excellente bande-originale du film, composée par Shaan Rahman (qui avait déjà travaillé sur l’album de... *roulement de tambours*... Thattatthin Marayathu! Ok, j’arrête...).
En effet, Vineeth pose son grain de voix suranné sur la magnifique « Kattu Mooliyo ». Pour le titre positif « Mandaarame », le compositeur Shaan Rahman chante en duo avec Job Kurien. La mélancolique « Ee Mazha Megham » bénéficie du superbe timbre de Remya Nambeesan. Et si la brillante « Mounam Chorum Neram » vous comblera, la véritable perle de l’album réside dans sa version alternative « Sneham Chorum Neram », sublimée par ses interprètes Rinu Razak et Hisham. Ce titre accompagne d’ailleurs la scène finale de l’œuvre, un instant de pure beauté cinématographique.


En conclusion

Ohm Shanthi Oshaana est un film qui prend son temps, qui donne l’espace nécessaire à Giri pour qu’il puisse répondre aux sentiments de Pooja. C’est un film ancré dans la réalité, qui respecte ses personnages et les dépeint avec éthique et humanité. On n’a pas droit au cliché réducteur de la fille érudite qui s’entiche du pauvre paysan. Car si Pooja est pleine de qualités, il en va de même pour Giri, qui enseigne les arts martiaux sur son temps libre tout en aidant sa mère aux champs.

Ohm Shanthi Oshaana est surtout un beau portrait de femme.

Durant les 2 heures de pellicule, on voit Pooja grandir et maturer pour passer de l’adolescente naïve au médecin modéré, sans jamais perdre son enthousiasme.

Ainsi, je vous recommande Ohm Shanthi Oshaana si vous voulez savoir comment le/la conquérir... (Je ne vous garantis pas
de résultat immédiat en revanche, la patience étant l’une des vertus de l’amour durable !
).


Cette critique était dispo
dans notre numéro 8 !

229 pages, Aamir Khan

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