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The Meeting Place : Chapitre 6


chapitre 6
mots par asmae benmansour
Quartier huppé de Cooke Town, à Bangalore. Pari se retrouve sur un terrain qu'elle ne maîtrise plus. Elle n'a pas d'autre choix que de faire aveuglément confiance à Paresh. Et s'il était de mèche avec Kishore ? Et si quelqu'un d'encore plus dangereux, d'encore plus impitoyable que Kishore l'attendait à Bangalore dans le but de la supprimer ? Pour la première fois, elle ignorait ce qui l'attendait. Paresh sort des clés de sa poche pour ouvrir la porte d'un appartement luxueux, très opulent pour un repaire. Pari lance alors un regard interrogatif à Paresh, comme pour lui demander comment il est parvenu à se procurer un loft de cette valeur. « J'ai de très bons contacts à Bangalore. Un, en particulier... » lui répondit-il, comme s'il l'avait compris en un clin d'œil.

Le logement est vide, si on omet la présence d'un grand fauteuil, qui ferait presque office de trône. Pari n'en manque pas une et s'installe immédiatement sur le siège en question et interroge Paresh, qui est quant à lui en train d'installer le courant en trafiquant quelques fils, car personne ne doit savoir que cette maison est habitée. « Du coup, c'est quoi le plan ? Comment tu comptes m'aider en m'éloignant de ma proie ? » Paresh rit face au terme employé par la jeune femme. « On va rester sagement à Bangalore et se faire oublier. T'as les flics aux fesses, ta sœur est au trou, l'étau se resserre. On doit réfléchir à chacun de nos déplacements. Quant à ta "proie", c'est simple, on va l'attirer à nous plutôt que de lui courir après. » Pari est perplexe. Il fallait être discret et taire leur présence à Bangalore tout en y faisant venir l'un des barons de la drogue les plus puissants de Chennai. Comment cela allait-il être possible ? « C'est simple. Je pense que t'as fait du bon boulot, il est obsédé par toi, ce mec ! Tu lui vends du rêve, un peu de sexe et il courra comme un chien galeux. » Et étrangement, Pari était vexée. Avait-elle pour unique pouvoir celui de faire usage de son corps ? Mais en y réfléchissant, il est vrai que c'est la seule arme dont elle avait fait l'usage jusqu'ici, donnant raison au plan imaginé par Paresh. Et si elle n'avait pas adopté la bonne méthode ? Et si elle pouvait tenir Kishore autrement, en employant un moyen de pression bien plus efficace ? « J'ai une autre idée. Il y a quelque chose qui compte davantage pour ce bâtard. Ou plutôt quelqu'un. » Paresh interrompt ce qu'il est en train de faire. « Où tu veux en venir ? » Pari adopte une posture de conquérante, comme si elle venait de retrouver sa confiance perdue. Elle pose ses mains sur les accoudoirs du fauteuil, s'y enfonce pour signifier qu'il lui appartient et croise les jambes avant de dire : « Je veux en venir au fait qu'on a un meilleur appât que le sexe... Kishore a une sœur, Kaali. »

Elle ignorait tout des enjeux qu'elle était sur le point de recouvrir. Elle marchait furieusement vers Ramapuram sans se douter des risques qu'elle encourait. Elle était devenue, malgré elle, actrice de cet imbroglio criminel sur fond de vengeance. Elle était juste poussée par une verve, une sorte de fièvre qui l'animait et la poussait à découvrir la vérité. Elle n'a jamais aussi bien porté son nom tant elle me faisait penser à la déesse Kali, incarnation de la colère et de la destruction dans l'hindouisme. Moi-même, je ne me doutais pas à quel point elle pouvait courir un grand danger. Je l'avais perçu comme un instrument, qui allait me permettre d'obtenir les informations que je souhaitais. Je pensais tout savoir, tout maîtriser mais je me suis finalement confronté à mon impuissance. Car j'avais beau détenir des informations, qu'en avais je fait ? Pour l'instant, je n'étais parvenu qu'à blesser Kaali, sans pour autant révéler au grand jour la culpabilité de son frère. Définitivement, cette affaire était en train de redéfinir ce que je voyais dans mon métier de journaliste. Je me complaisais dans mon rôle confortable d'informateur, travesti parfois en dénonciateur. Mais ce heurt avec Kaali m'avait permis de réaliser qu'il était indispensable que je prenne une autre place dans cette histoire. Grâce aux éléments dont je disposais, j'avais peut-être le pouvoir de changer les choses. Je me devais donc d'intervenir pour amener Kaali à me refaire confiance, pour que nous puissions, ensemble, rétablir la vérité sur les activités de Kishore ainsi que celles de Parineeta...

Raja est quant à lui alité dans sa chambre d'hôpital. Araav est à son chevet, mi-agacé mi-inquiet. En effet, il se demande comment Raja a pu envisager de faire cavalier seul. Raja se réveille, mais Araav ne lui laisse aucun répit. « Sérieusement, comment t'as pu faire ça ? » Raja reste silencieux, pour ensuite formuler timidement : « Je voulais te montrer que j'étais capable de... » avant d'être interrompu par son supérieur. « De quoi ?! Capable de quoi ?! De te prendre une balle dans la jambe comme un bleu ?! T'es complètement inconscient, ma parole ! Tu peux pas te pointer comme une fleur et espérer arrêter quelqu'un d'aussi dangereux en étant seul ! C'est tout à fait irresponsable, et ça me fait reconsidérer ton intégration définitive à mon équipe... » Araav poursuivit. « Raja, sors de ta tanière, on n'est pas au cinéma ! Tu peux pas te permettre d'arriver sur le lieu d'une intervention sans supervision, sans préparation et sans interpeller une patrouille pour t'épauler ! Tu peux pas fonctionner comme tu l'entends de façon impulsive ! » Désemparé, Raja tente vaguement de s'expliquer. « J'ai toujours le sentiment que tu me prends pour un idiot. Et oui, j'ai sûrement pris la mauvaise décision, mais tu peux pas m'en vouloir d'avoir trouvé avant toi où était notre suspect, en essayant de l'interpeller comme je le pouvais. » Araav se mit à rire, attendri par la naïveté de son poulain. « Tu crois vraiment que je ne savais pas où elle était ? Tu vis vraiment sur une autre planète, mon pauvre... La différence entre toi et moi, c'est que je sais quel est le bon moment pour intervenir. » Araav s'approche soudainement de Raja, lui tient fermement le visage pour ensuite faire cette déclaration qui risque de perturber l'apprenti policier. « Ecoute-moi bien, gamin. Je te conseille vivement de rester à ta place. Tu t'imagines même pas dans quel merdier tu mets les pieds alors si tu tiens à ta vie, suis mes directives et reste tranquille. »

Dans sa cellule, Amala songeait à ce qu'elle était devenue. A ce qu'elle était autrefois et à ce qu'elle voulait être à une certaine époque. Elle qui croyait au prince charmant, pourquoi en est-elle venue à feindre l'amour ? Amala se souvint de ce jour où elle avait été confrontée pour la première fois à l'inspecteur Sengupta...

Quelques temps après le décès de son père, la tante Asha était venue s'installer à la maison pour soutenir les filles. Parineeta était toujours en errance, quittant le domicile très tôt le matin pour ne rentrer que tard dans la nuit. Lorsqu'Amala l'interrogeait sur ses sorties, sa cadette lui donnait toujours la même réponse : « J'avais des trucs à régler ». Un jour, alors qu'Asha et Amala étaient seules, elles entendirent taper vivement à la porte. Amala se trouvait dans la cuisine alors que sa tante dirigeait vers l'entrée. L'individu ne prit pas la peine de se présenter et s'introduisit de force dans la pièce à vivre. « Monsieur, qu'est-ce que vous faites ? Je peux savoir qui vous êtes ? » Il ne lui formulera aucune réponse. Il se mit à fouiller frénétiquement les armoires et autres rangements de la pièce. « Où sont-elles ? » Face au silence d'Asha, qui traduisait son incompréhension, il insista : « Les filles Subramaniam ? Elles sont où ?! – Pourquoi vous les cherchez, Monsieur ? – Un notable de la ville de Chennai a été assassiné, et j'ai eu l'information officielle que l'une des filles d'Anand Subramaniam est mêlée à cette histoire... » Amala était sous le choc. Elle ne pouvait pas penser sa sœur capable de commettre de tels actes. Aussi, elle se savait en danger dans la mesure où cet homme la cherchait également. « Alors ?! Dites-moi où elles se trouvent, bordel !! » Amala se précipita par une fenêtre pour échapper à l'homme... Il poursuivit cette silhouette à la longue chevelure brune sans jamais apercevoir son visage, car dans sa course, Amala s'appliquait à ne pas se retourner. Dans une ruelle étroite, elle profita du passage d'un imposant camion pour le semer.

Celui qui la traquait ignorait alors que, quelques mois plus tard, il partagerait le lit conjugal avec son ancienne fugitive. Plongée dans ses souvenirs, Amala en ressortit lorsque la barrière de sa cellule s'entrouvrit, pour laisser passer une jeune femme à l'allure assurée et au visage réconfortant. L'officier de police qui l'accompagnait se prononça : « Madame Sengupta, vous êtes libre pour la durée de l'enquête, je vous présente votre avocate, Maître Revathi Nag. »


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