Bolly&Co Magazine: The Meeting Place : Chapitre 9
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The Meeting Place : Chapitre 9


chapitre 9
mots par asmae benmansour
C'était vrai. Amala avait bel et bien tenté de supprimer sa sœur. Un terrible incident dont Pari n'a manifestement aucun souvenir. « Pari a toujours cru que j'avais quitté la maison de mon plein gré, nichée tranquillement chez notre tante Asha. Mais en réalité, j'ai été placée en institut psychiatrique suite à ce drame. » Revathi, qui avait cessé de prendre des notes dès lors qu'Amala avait révélé ce sombre secret, l'écoutait avec une vive attention. Amala s'exprimait d'un ton monocorde, presque désincarné. Comme si elle racontait l'histoire de quelqu'un d'autre. « Là-bas, j'ai fait la connaissance de Paresh, le fils du psychiatre qui me suivait. Nous avions environ le même âge... Je pense qu'il s'est pris de compassion pour moi. Le fait est qu'il a été mon seul lien avec la réalité pendant toute la durée de mon internement. Je me suis confiée à lui sur les raisons de mon geste et sur ce qui me rongeait. Il est le seul qui ne m'ait pas jugé. Qui ne m'ait pas rappelé ce qui était bien ou mal. Il est le seul qui se soit mis à ma place, tout simplement. » C'est alors que Revathi se risqua à poser la question : « Pourquoi avez-vous essayé de la tuer ? » Après un long silence, c'est le regard vide, qui déstabilisait particulièrement Revathi, qu'Amala se décida à répondre : « Pari est ma demi-soeur. Anand Subramaniam n'est pas mon père. Cet homme s'est imissé dans nos vies, à ma mère et moi. Quant à Pari, elle... » C'est alors qu'un coup de téléphone l'interrompit. C'était celui de Revathi , qui se précipita pour le trouver dans son sac.

Nous voilà à Jayanagar, l'un des quartiers les plus huppés de Bangalore. De l'autre côté de la rue se trouve un grand building où se situe le bureau de Revathi Nag. Nous nous dirigeons vers la réception. L'édifice est impressionnant. En tout cas pour moi puisque Kaali fonce tête baissée vers le standartiste. Un homme, cette fois. Elle est tellement rapide qu'elle me sème. Je suis encore en train d'admirer les lieux lorsqu'elle se lance, seule. « Bonjour, excusez-moi, est-ce que vous pouvez m'indiquer le bureau de Madame Nag, s'il vous plaît ? » dit-elle avec un accent punjabi très fort. Le standartiste la fixe avec circonspection et un air un tantinet moqueur. Il lui répond, imitant méchamment son accent « Désolée, mais Madame Nag s'est absentée. Bonne journée et bon retour chez vous. » Elle nous avait grillé... Décidément, Kaali doit apprendre à maîtriser son impulsivité. Lorsqu'elle se dirige vers moi, je l'ignore pour me diriger à mon tour vers l'accueil. Il paraît que mon imitation de l'accent anglais est au top ! C'est l'occasion pour moi de la mettre en pratique. « Bonjour Monsieur. Puis-je m'entretenir avec Maître Nag, s'il vous plaît ? C'est au sujet d'un dossier très important. » Il s'empresse de me répondre avec froideur. « Je suis désolé, Monsieur, mais Maître Nag est absente. » J'insiste, me surprenant en m'entendant déblatérer tant de mensonges avec conviction. « Je me permets de renouveler ma demande, Monsieur. Je suis l'avocat de Madame Sengupta. » Le standardiste tapote sur son clavier, puis fronce les sourcils. « Ce n'est pas possible, c'est le dossier de Madame Nag. - Justement ! Il semblerait qu'elle se soit appropriée mon affaire ! C'est pourquoi j'ai besoin de la voir urgemment ! » ajoutais-je, maintenant toujours mon accent anglais totalement factice. « Et vous êtes ? - Maître Mehta, de... - Londres, je suppose ? - Non, Manchester. » Je suis un sacré baratineur, quand même. Il semble en tout cas plus enclin à m'écouter. Face à mon air imperturbable, il se saisit de son téléphone. Au bout de quelques sonneries, je comprends qu'il s'adresse à Revathi. « Bonjour Madame, je suis désolé de vous déranger... Oui, je sais que vous êtes en rendez-vous... Quelqu'un s'est présenté. Il dit être l'avocat de Madame Sengupta... Oui, je sais que c'est insensé... Ah, vous êtes avec elle en ce moment même... Vous revenez demain à Bangalore ?.. Vous voulez le rencontrer ? Pas de souci, je lui donne rendez-vous au bureau à quelle heure ?.. Comment ça, pas ici ?.. Très bien, je lui transmets vos coordonnées... Bonne journée et désolé de vous avoir importuné. » Il raccroche puis pianote de nouveau son clavier d'ordinateur, pour froncer de nouveau ses sourcils. « C'est étrange, Madame Nag a deux adresses... Bon écoutez, il y a du monde qui attend, je vous transmets les deux adresses, je n'ai pas le temps d'éluder cette question. Elle souhaite que vous vous y rendiez demain à 18h. Ca vous ira ? » Il griffonne les deux adresses sur un bout de papier ainsi que l'horaire du rendez-vous. « Mais comment vais-je faire pour être à deux endroits en même temps à la même heure ? - Elle y sera bien avant, voyons ! Allez à la première adresse en avance et si personne ne répond, c'est qu'elle se trouve à la seconde ! Entendu ? » me répond-t-il d'un air agacé. « Je vous remercie de votre aide. Bonne journée. - Oui, c'est ça, bonne journée, » conclut-il pour ensuite décrocher le téléphone avec hâte. Je me retourne et fait signe à Kaali de me rejoindre à l'extérieur du bâtiment. Nous touchons au but, j'en suis alors certain...

Plongée dans ses souvenirs, Pari ignorait tout de nos manœuvres. A côté, Paresh réfléchissait à un moyen d'attirer Kaali à eux. Pari l'observait avec attention. Pourquoi cet illustre inconnu était-il si impliqué dans sa situation ? Elle savait qu'il connaissait Amala, mais comment ? Et pourquoi diable s'était-il lancé dans une aventure aussi périlleuse ? Qu'avait-il à y gagner ? Paresh n'était pas du genre à agir par bonté de cœur. Il avait feint d'être limité pour l'approcher, ce qui n'était pas le signe de quelqu'un de très sain, ni de très bienveillant. Les questions se bousculent dans sa tête. Assise sur le grand fauteuil qui trône dans la pièce à vivre, elle scrute Paresh qui tourne en rond, marchant d'un bout à l'autre du salon, l'air nerveux. Elle ose poser la question qui la démange depuis qu'elle connaît Paresh. « Qui es-tu vraiment ? » Paresh s'arrête, la fixe et se met à rire. « Ecoute-moi, petite. Vaut mieux pas que tu saches. » Pari insiste, ce qui ne plaît pas à son interlocuteur. « Joue pas les emmerdeuses, Subramaniam. J'ai pas de temps à perdre avec tes questions à la con. - Tu m'as dit que tu n'étais pas là pour moi, alors pour qui ? - Quand est-ce que j'ai dit ça ? - Dans la train pour Bangalore, t'as la mémoire courte, dis donc ! - Je suis là pour Amala, je pense que tu t'en doutes. - Et comment tu la connais ? - T'as pas besoin d'en savoir plus. - Bien sûr que si. Tu penses vraiment que je peux faire confiance à un type dont je ne sais rien. - Ce n'est pas ce que tu as fait en me suivant jusqu'ici ? - Est-ce que j'avais vraiment le choix ? - On a toujours le choix, Pari. »

Ça ne faisait aucun doute. Raja était le seul qui aurait pu accéder au dossier de Parineeta. Mais pourquoi ? Raja avait-il décider de faire cavalier seul ? Araav avait décidé d'évincer son poulain de l'enquête, estimant qu'il n'avait pas les épaules pour porter une telle affaire... Aussi, sa présence pouvait compromettre sa nouvelle alliance avec Kishore Talwar. Il devait absolument récupérer ce dossier sans éveiller les soupçons de Raja. Pourtant, il ignorait même où il vivait. Un comble pour un homme qu'il a cotoyait quotidiennement pendant des mois. Il devra attendre le lendemain pour lui sommer de le lui rendre. La nuit risque d'être longue...

Mais Raja a déjà tout prévu. Il a photocopié toutes les pages du dossier afin de le remettre à sa place dès le lendemain. Surtout, il a enregistré le mystérieux numéro de téléphone et se dirige dans un petit taxiphone de son quartier. Il rend visite à Sarath, un jeune adolescent de 15 ans qu'il a vu grandir et qui tient la boutique qui appartient à son père. Surtout, Sarath est un petit génie de l'informatique et autres gadgets. L'interlocuteur idéal pour l'aider à localiser le propriétaire du téléphone dont Araav possède le numéro. Sarath pianote sur son téléphone de multiples codes avant d'entrer le numéro de téléphone en question. La localisation fonctionne et indique sur la carte l'adresse du Taj Club House. Un hôtel de luxe qui dit quelque chose à Raja. Mais impossible de mettre le doigt dessus. Il rebrousse chemin en remerciant Sarath. Arrivé chez lui, il feuillette le dossier de Pari, pour finalement découvrir qu'elle s'y est rendue à plusieurs reprises pour rencontrer un baron de la pègre de Chennai. Mais pourquoi Raja a-t-il le numéro de téléphone de ce type ? C'est alors que Raja prit conscience de ce qui se jouait juste sous son nez. Araav n'était pas le flic intègre qu'il prétendait être. Toutes les croyances de Raja s'effondraient, lui qui a rêvé d'intégrer la police pour incarner la justice et la moralité. Au cœur du système, sa naïveté était réduite à néant par une triste réalité : la corruption des forces de l'ordre. Mais Raja ne voulait pas tomber dans ce piège. Il souhaitait concrétiser son idéal de toujours : faire tomber les malhonnêtes et défendre les innocents. Et s'il devait démasquer les méfaits d'Araav dans ce sens, il n'hésiterait absolument pas. Encore fallait-il découvrir l'identité de son contact. Dès le lendemain, Raja irait au Taj Club House, espérant trouver les réponses à ses questions...


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