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La mauvaise réputation (★★★★☆)

Vendredi 12 mars 2019 / mots par Asmae Benmansour

Lorsque la mauvaise réputation est sorti en France en 2017, je n'avais pas eu l'occasion de le voir. Sa projection durant le Festival du Film d'Asie du Sud de Paris, en février dernier, m'a permis d'enfin le découvrir, près de 2 ans après sa sortie.



Après avoir vu la bande-annonce, j'ai UNE (excellente, au demeurant) raison de voir ce film norvégien : Adil Hussain. C'est simple, j'ai découvert cet acteur au travers des divers festivals auxquels j'ai pris part au fil des années, mon admiration pour lui n'allant qu'en grandissant après chaque nouveau visionnage. A mes yeux, Adil Hussain est devenu une valeur, presque une garantie de la qualité d'un film. Et il est également devenu une constante des festivals français auxquels j'ai eu le plaisir de participer. Souvenez-nous de ce que je vous disais il y a deux mois...

J'avais été scotchée par La mauvaise réputation.

Mais le hasard de l'emploi du temps et une fatigue certaine de fin de festival ne m'avaient pas permis d'en écrire la critique. J'avoue qu'en le découvrant, je ne m'attendais à un ton si noir, si fataliste. Car avec ce métrage, on assiste tout bonnement à la descente aux enfers d'une adolescente qui aspirait à un peu trop de liberté pour sa famille aux idées étriquées.

Le film d'Iram Haq est semi-autobiographique, la cinéaste pakistano-norvégienne étant passée par le même conflit identitaire et la même quête de liberté que son héroïne. C'est d'ailleurs en ce sens que La mauvaise réputation est si puissant, si troublant. Car l'escalade de violence, de suffocation et de sanction qui est extrême. Tout est extrême. Aucune place n'est faite à la nuance, à l'échange ou à la compréhension. Pas une fois, la jeune Nisha n'est entendue par les siens. Pas une fois ils ne lui donnent l'occasion de s'exprimer.

Je l'avoue, j'ai eu un peu peur, au début. peur que ce film soit empli du ressentiment de sa réalisatrice, qui y règlerait ses comptes avec sa famille. Mais ce n'est pas le cas. Car c'est véritablement l'histoire de Nisha qu'Iram s'attache à nous raconter. Si aucune place ne lui est faite dans la cellule familiale, Iram lui donne l'entièrement de l'espace dans sa narration. On voit les émotions par lesquelles l'adolescente passe : la colère, la résignation, l'espoir, le désespoir.

Maria Mozhdah, dont c'est semble-t-il le premier rôle au cinéma, est époustouflante. Elle est Nisha, du début à la fin. De ses rêves d'adolescente qui a baigné dans une culture norvégienne qu'elle n'avait finalement pas le droit de s'approprier à son retour à ce qui est sa
réalité, celui d'une fille à l'identité pakistanaise martelée de la plus difficile des manières : la contrainte.

Nisha est déracinée de tout ce qui faisait sa vie, ses repères et son identité, dans l'espoir de "rentrer dans le droit chemin" que lui imposent sa culture et sa famille. Car si question religieuse n'est pas presque pas évoquée, c'est le regard des gens qui est perpétuellement mis en avant pour justifier les choix et les actions des parents. Le titre du film en dit long, encore plus dans sa version originale ("Hva vil folk si", norvégien pour "Que vont dire les gens ?").

C'est une réalité qui ne concerne pas uniquement la communauté pakistanaise, au passage. Les vies entières de millions d'individus guidées par le regard des autres. C'est dramatique, mais c'est ainsi.

Et là où les parents de Nisha auraient pu être dépeints de façon détestable (ce qui est le cas pour la mère, pour être honnête), Adil Hussain est une fois de plus surprenant. Dans la peau de Mirza, père cadrant à l'excès de Nisha, il possède en lui cette vulnérabilité qui nous touche. Oui, dans sa façon d'agir, il a tout faux. Mais on sent dans ses actions un profond désespoir et une peur profonde d'être rejeté. Ce n'est pas sa nature qui est remise en question dans La mauvaise réputation, mais sa méconnaissance. Car Mirza est vraiment convaincu d'agir pour le bien de sa fille, dont on sent qu'il aime profondément.

Plus Nisha subit, plus Mirza souffre.

Au début, de la honte. Puis, lorsqu'il pose enfin son regard sur sa fille, qu'il observe ses réactions, ses yeux emplis de désespoir, il souffre de l'avoir conduite à sa perte. Cette souffrance l'amène à se remettre en question et même à envisager un avenir hors du cadre et des conventions pour sa fille. La mauvaise réputation est à mon sens à découvrir tant il nous embarque dans la destinée dramatique, mais jamais tragique, de son héroïne. Car dans chaque situation désastreuse, Nisha arrive à trouver le petit rayon de soleil qui la maintient en vie.

Saisissant, remuant et perturbant, La mauvaise réputation est à voir pour les prestations magistrales de Maria Mozhdah et du toujours excellent Adil Hussain.


LA NOTE: 4/5
★★★★☆


 


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