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Critique : The Violin Player

C
critique
The Violin Player
mots par asmae
The Violin Player est la seconde réalisation de Bauddhayan Mukherji, directeur de spots publicitaires. Ce « court » métrage (d’1h12 tout de même !) est produit par sa femme, Monalisa Mukherji, sous la bannière qu’ils ont créée, Little Lamb Films. Bauddhayan s’est fait connaître du grand public indien pour sa campagne de lutte contre les violences conjugales Bell Bajao, pour laquelle il a été sacré au Festival de Cannes.
The Violin Player est un film surprenant, quelque peu déroutant mais très habile dans sa fabrication. Le réalisateur présentait son œuvre comme une « création artisanale », constituée avec des moyens techniques limités. Monalisa s’est ainsi retrouvée à la direction artistique, aux costumes, allant jusqu’à poser sa voix sur l’un des scores musicaux qui accompagnent le métrage.

Le film semble illustrer le vide dans la vie de son héros. Un violoniste raté, qui rêve de voir son talent éclore aux yeux du public, est abordé par un mystérieux réalisateur, qui lui demande d’exécuter un solo de violon pour son film. Dans le rôle du violoniste, Bauddhayan Mukherji a missionné l’excellent Ritwick Chakraborty, éminent acteur bengali qui a notamment reçu le Filmfare East Award du Meilleur Acteur pour Shabdo, en 2014. Pour lui donner la réplique dans la peau du cinéaste énigmatique, on retrouve l’incontournable Adil Hussain, devenu l’un des visages les plus emblématique du cinéma indien indépendant. Nous avions eu l’occasion de le voir récemment dans Déesses Indiennes en Colère, Main Aur Charles ou encore le métrage assamais Kothanodi.

Pour introduire la projection, le réalisateur Bauddhayan Mukherji présentait son œuvre comme « un film sur le ‘rien’. » De quoi me laisser circonspecte avant le visionnage, et pourtant… Si le métrage souffre tout de même de son rythme assez lent, ses 30 dernières minutes en valent la peine. A mes yeux, The Violin Player aurait pu être amputé d’une vingtaine de minutes pour gagner en efficacité et en impact.

Mais cette latence a été instaurée délibérément par le cinéaste, qui voulait justement amener le
spectateur à faire l’expérience du néant dans le quotidien du héros. Le spectateur est donc dans l’attente et l’expectative qu’il se passe quelque chose… N’importe quoi, mais quelque chose qui soit susceptible de lancer l’histoire. C’est d’abord très perturbant, puisque l’absence d’action peut être très frustrante. Mais le coup de génie de Bauddhayan Mukherji, c’est de parvenir à nous saisir dans cette absence d’action, à nous amener à nous investir dans le vide abyssal du protagoniste. The Violin Player requiert tout de même une certaine patience chez le spectateur, qui doit accepter d’adhérer au rythme très lent du métrage pour ensuite accéder aux 30 minutes conclusives, absolument géniales.

Ritwick comme Adil rendent impeccablement justice à cette histoire atypique, l’un comme l’autre contribuant à instaurer cette atmosphère obscure et singulière. The Violin Player s’annonçait comme un conte sur la monotonie, mais il finit en apothéose comme une ode à l’art. A un art qui transcende tout. A un art qui permet d’exister, de sourire et de pardonner.

The Violin Player est une création indépendante rafraîchissante, qui donne à voir un cinéma indien qui sort largement des codes de Bollywood. On retrouve en ce film ce qui fait en revanche l’essence même de l’industrie bengalie, qui a révélé des artistes de qualité comme Konkona Sen Sharma et Raima Sen, et à laquelle on doit les légendes Satyajit Ray et Rituparno Ghosh.

Voilà un métrage étonnant, à découvrir tant il s’appuie sur le talent de ses interprètes, et encore plus sur celui de son cinéaste Bauddhayan Mukkherji, fin et audacieux.
la note
★★★★☆
4/5