Gulabjaam (★★★★☆)

lundi 8 mars 2019 / mots par Elodie Hamidovic

Le festival des cinémas indiens de Toulouse a démarré ce week-end avec au programme du premier samedi une journée Bollywood et trois films diffusés (Gully Boy, Monsieur et Simmba). Mais le métrage que je voulais absolument voir, c’était ce dimanche qu'il était projeté : Gulabjaam.



A peine descendue du train en provenance de Paris, que j’ai embarqué ma mère pour voir cette pépite marathi réalisée par Sachin Kundalkar. Je savais que ce projet me plairait, pour plusieurs raisons. Déjà, la bande-annonce m’avait séduite et j’avais passé toute une nuit en espérant trouver le métrage en ligne avec des sous-titres (en vain, puisque c'est la plateforme Zee5 qui a les droits du film en ligne, et qu'ils ne proposent pas de sous-titrage). Ensuite ça parle de plats traditionnelles ! Autant vous dire que je suis une inconditionnelle de films de bouffe, entre séries taïwanaises sur les nouilles chinoises et documentaires sur les plats mexicains, j'avale ce genre de projets sans broncher. Enfin, Sachin Kundalkar m’avait surprise avec Happy Journey en 2014 (le film ayant eu son remake malayalam, Koode dirigé par Anjali Menon, et que notre rédactrice Asmae présente dans notre dernier numéro).

L’authenticité de Gulabjaam se trouve dans ses personnages.

Ils sont comme vous et moi. Aditya veut réaliser son rêve et a décidé de tout lâcher pour enfin faire un premier pas vers son objectif. Il a craqué, mais en même temps, s’il n’essaye pas, comment savoir s’il peut y arriver ? En face, Radha est coincée dans sa routine et, à l’inverse d’Aditya, ne veut pas – n’ose pas – rêver. En aidant Aditya a apprendre à cuisiner et donc à ouvrir un jour son restaurant, Radha sort de son quotidien. La confrontation de ces deux personnages est aussi épicée et bien préparée qu’un bon plat marathi. Les interprètes, Siddharth Chandekar et Sonali Kulkarni, sont excellents. Ils se complètent l’un l’autre, apportant le nécessaire pour donner vie à Aditya et Radha.

J’ai eu un véritable coup de coeur pour Sonali Kulkarni qui est absolument bouleversante dans son personnage haut en couleur. D’ailleurs, elle jouait déjà les chefs dans le film
Restaurant du même réalisateur en 2006. Ses gestes, ses regards, son ton sont toujours impeccables.

Gulabjaam est, comme son titre l’indique, une sucrerie. Un aperçu de l’impact d’une rencontre positive, de ce qu’elle apporte et de comment chérir ses souvenirs à chaque nouvelle bouchée. C’est une évolution, un besoin aussi. Il faut se connecter les uns les autres, même pour une courte période. Il faut s’ouvrir et offrir, profiter de ce que nous avons pendant l’instant présent, aller de l’avant… Autant dire que tout ici a été travaillé pour saisir le spectateur, le plonger dans l'humble quotidien de ses personnages principaux, apprendre de leur histoire et en ressortir avec un sentiment d’acceptation.

Ce n'est pas qu'un film sur la nourriture.

C'est un film sur les relations, celle d'Aditya avec les plats de son enfance, celle de Radha avec sa cuisine. Celle qui va naître entre eux. Sachin Kundalkar a fait fort, sans aucun doute. Il livre ici une belle histoire. On ne lui en veux pas pour ses effets spéciaux accidentels qui peuvent être maladroitement drôles alors qu'ils ne devraient pas l'être... Ce n'est qu'un tout petit détail dans un film bien trop agréable ! Et comme beaucoup de réalisations dans le genre, on aurait adoré goûter les plats qui s'affichaient à l'écran. Notamment les Gulab Jamun qui ont une vraie place dans l'histoire.

Heureusement pour les autres métrages, Gulabjaam n'est pas en compétition.

Une belle découverte qui prouve qu'aujourd'hui, plus que jamais, il faut sortir des frontières du cinéma de Bollywood en langue hindi pour aller voir ce qui se fait à côté. Je ne suis que plus impatiente de voir ce que Sachin Kundalkar nous réserve pour la suite...


LA NOTE: 4/5
★★★★☆