Bolly&co Magazine

Critique de Accused, un gender switch qui tourne à vide ?

2 mars 2026
Critique du film Accused avec Konkona Sen Sharma et Pratibha Ranta sur Netflix France
Comme beaucoup ce week-end, j’ai découvert Accused d’Anubhuti Kashyap, disponible sur Netflix (en version sous-titrée et en version doublée en français, d’ailleurs). Ce thriller psychologique nous plonge dans la chute d’une chirurgienne renommée, confrontée à des accusations d’agression sexuelle qui menacent à la fois sa carrière et son intimité.

Que vaut réellement ce drame qui tente de renverser les codes du genre ?



Le film suit le Dr Geetika (Konkona Sen Sharma), une chirurgienne d'exception, accusée à plusieurs reprises d'agressions sexuelles anonymement. Une enquête est ouverte à son hôpital, mais son épouse Meera (Pratibha Ranta) voit ses certitudes s'effondrer. Entre pressions médiatiques et secrets personnels, le récit tente de démêler le vrai du faux dans un climat de suspicion généralisée…

Accused s’inscrit clairement dans l’ère post-Me Too, mais avec une particularité : l’accusé est ici une femme, bientôt directrice d’un hôpital, mariée à une autre femme et au tempérament assez fort.

Le personnage de Geetika possède tous les traits du "patron toxique" habituel : ambitieuse, arrogante, directe et parfois intransigeante avec ses internes.

Mais en opérant ce simple changement de genre sans réinventer l'écriture, le film enferme Geetika dans un moule prédéfini. Elle en devient aisément antipathique, et peut-être que c’est là une volonté du film : prouver qu’on est tous capables d’accepter ce genre de comportement chez un homme parce que c’est commun et habituel, mais que nous sommes enclin à être plus sévère avec une femme.

Alors que sa réputation s’effondre, le caractère de Geetika s'endurcit au lieu de se dévoiler. L’écriture ne laisse jamais assez de place pour comprendre sa psyché. Pourtant, on pourrait se dire que Geetika, étant une femme forte, réagit à toutes ces accusations avec un sang-froid certain, persuadée que si elle doit justifier quoi que ce soit, elle risque de donner raison à celles et ceux qui doutent d’elle. Sauf qu’elle ne dit rien, ni à ses supérieurs, ni à ses proches. Son manque de communication est ce qui fait pencher la balance du mauvais côté aux yeux de tous, surtout aux yeux du spectateur.

Ce que Accused veut faire, c’est accentuer les préjugés lors du visionnage, pour mieux prouver à quel point il est facile de croire tout et n’importe quoi.

Le problème, c’est que les connexions de Geetika avec son ex, ses collègues, ses amis, sa famille ou même sa femme restent superficielles, empêchant toute réelle empathie ou compréhension de ses motivations. On aurait pu espérer que le cadre hospitalier, avec sa hiérarchie et son rythme souvent dans l’urgence, serve de révélateur. Mais le film préfère donner un motif contre Geetika à chaque personnage secondaire, oubliant alors à quel point l’environnement peut lui aussi avoir un vrai impact sur son histoire.

Le buzz sur les réseaux sociaux concernant les accusations est d’ailleurs une solution de facilité qui n’aide pas à convaincre. On ne voit que trop peu le réel impact sur sa vie et son quotidien.

Tout s'enchaîne d’ailleurs très vite, dans cette volonté de rendre le personnage du médecin coupable en attendant de pouvoir prouver son innocence.

Ce vide émotionnel chez Geetika contraste avec le personnage de Meera, dont l’évolution et la naïveté sont plus palpables. Hélas, le couple central ne fonctionne pas. Malgré l’investissement des deux actrices, l’alchimie est absente. Dès la première scène, on peine à croire à la solidité de leur histoire, à leur mariage ou à leur projet d’adoption. C'est d'autant plus regrettable que le récit semble hésiter sur son propre genre : un whodunit ou un drame social ? En ne choisissant jamais, il perd le spectateur dans un entre-deux narratif déroutant.

Finalement, c’est à se demander si cette relation n’est là que pour illustrer une dynamique de domination (dominante/dominée) sans jamais explorer la complexité d’un couple de femmes face à une telle crise. Meera est aussi très jeune, bien que médecin dans un hôpital pour enfants. Face à Geetika, elle est au début de sa carrière. Elle n’a pas encore bâti une vraie réputation autour de son travail. Elle cache d’ailleurs son homosexualité à sa famille, et cette énorme maison n’est pas la sienne, mais celle de Geetika. Il y a là tout ce qu’il faut pour nous faire croire que Meera est facilement modulable par Geetika. Mais n'est-ce pas cliché, voir un peu forcé ?

Techniquement, la mise en scène reste très conventionnelle, voire brouillonne par instants. Malgré le charisme naturel de Konkona Sen Sharma, qui tente d'injecter une forme de dignité blessée à Geetika, la réalisation ne suit pas.

On a parfois l'impression que certains passages ont été sacrifiés au montage, rendant l'ensemble difficile à croire ou à intriguer. Le film tente de forcer une tension psychologique par sa musique de fond, mais le procédé tombe finalement à plat.

De plus, le choix du cadre (nous sommes en Angleterre) et d'un casting majoritairement issu de la diaspora indienne finit par diluer l'impact du récit. Accused occulte les questions de pouvoir liées au statut de femme racisée dans un poste à haute responsabilité et celui du racisme systémique. Son homosexualité, elle aussi, est traitée de manière déconnectée, alors que l'enquête aurait dû faire s'entrechoquer violemment sa vie privée et professionnelle. Le récit reste en surface, ne se focalisant que sur des détails sans bousculer réellement le personnage. En définitive, dans la plupart des scènes, il est facile de comprendre où le métrage veut en venir, mais ce n’est pas amené de façon assez juste et l’ensemble demeure donc assez moyen.

Conclusion



Accused avait un vrai potentiel, mais finit par donner l’impression que tout n’est que prétexte à créer des situations pour ne pas parler du vrai sujet : celui de la zone grise du consentement et de l'abus de pouvoir. Le récit s'encombre de "bruit" au détriment de la profondeur et transforme alors un mouvement nécessaire (celui du MeToo) en une simple excuse narrative.

Là où Me Too a permis à tant de victimes de dénoncer des systèmes d'oppression réels, le film réduit ici le mouvement à un plan machiavélique pour détruire une femme. Ce parti pris est, au final, assez problématique. Même lorsque Geetika sort enfin de sa posture ultra-masculinisée pour se remettre en question, il est trop tard. La fin n’apporte aucune satisfaction, laissant le spectateur avec un profond sentiment de déception.
LA NOTE: 2,5/5

mots par
Elodie Hamidovic
« A grandi avec le cinéma indien, mais ses parents viennent des pays de l'est. Cherchez l'erreur. »
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