Varun Dhawan, mais qu'est-ce qu'il lui prend ?!

jeudi 10 août 2017 / mots par Asmae Benmansour / Numéro 10

Varun Dhawan me fait penser
aux chocolats Mon Chéri.


L'emballage est séduisant, luisant de partout (oui, l'huile sur le torse a encore de beaux jours devant elle, à Bollywood...). La publicité est efficace, Karan Johar nous vend son poulain comme la nouvelle friandise à déguster sans plus tarder. Au début, le résultat est plutôt satisfaisant, le chocolat qui fond en bouche n'étant pas des plus désagréables. Puis survient le goût de liqueur, et là... C'est le drame !

film indien Main Tera Hero avec acteur Varun Dhawan
© main tera hero


Je n'aime pas les chocolats
Mon Chéri. Et j'aime de moins en moins Varun Dhawan...


Pourtant, j'avais plutôt bon espoir en 2012. Lorsque Karan - roi du piston - Johar décide de lancer trois petits nouveaux au cinéma avec Student of The Year/SimiliHigh School Musical, je m'insurge contre le népotisme dont il se fait l'ambassadeur de manière de plus en plus prégnante. Car parmi les trois jeunes pousses, il y a deux enfants de stars. Alia, fille du cinéaste Mahesh Bhatt et Varun, fils du réalisateur David Dhawan.

"Bon, encore des mioches tuyautés par leur daron
pour faire du cinéma, sans aucun talent ni aucune personnalité..."


Ce qui m'enrage le plus, c'est le fait que Karan Johar semble de plus de plus porter ce déterminisme social qui fait froid dans le dos, où l'héritage ne laisse aucune place (et aucune chance !) au talent. Indirectement, Varun incarnait à mes yeux ce phénomène où un acteur est engagé sur l'unique base de son prestigieux patronyme. Des torses huilés, des cheveux dans le vent, des vêtements de grands créateurs, le héros issu d'une famille "pauvre" qui se balade en voiture de luxe, une héroïne cruche au possible qui ne semble avoir aucun objectif de vie, si ce n'est se taper les beaux mecs de l'établissement, un enfant gâté incompris qui veut pousser la chansonnette dans le dos de son papa, le "gros" de la bande personnifié en objet indésirable... Si Student of the Year était une comédie parodique, ça aurait pu être drôle. Mais non. Le métrage se prend totalement au sérieux et nous est servi au premier degré.... Aïe.

Ceci étant, Varun y est étonnamment efficace. Dans un rôle caricatural au possible, le jeune homme se démarque et donne l'impression d'être le seul môme de tout le casting à avoir pris des leçons de comédie. Il est généreux, authentique et n'a pas peur d'étoffer son personnage, dont l'écriture était pourtant bien artificielle... Voilà le signe d'un acteur intelligent, qui tente de pousser les personnalités qu'il incarne dans leurs retranchements même si elles sont à l'origine franchement plates... Du coup, j'ai très bon espoir !

"Il est mimi, le fils Dhawan...
Il aurait mérité mieux que de voir son potentiel essoré
par la pompe à fric qu'est la maison Dharma ! Mais il est prometteur !"


De photoshoots en interviews, le petit Dhawan se démarque et signe de multiples projets. Ceci étant, il faut attendre 2014 pour le retrouver au cinéma... Dans l'intervalle, Elodie, notre directrice de publication, a craqué pour lui... Et on comprend pourquoi ! En 2014, Dhawan Junior est à l'affiche de deux métrages : Main Tera Hero et Humpty Sharma Ki Dulhania. Le premier (qui porte très mal son nom, puisque Varun est loin de l'idée que je me fais d'un héros...) est dirigé par son inénarrable paternel, qui propose ici une comédie sexy(iste) au "zéro" à l'éthique douteuse. Varun s'y dandine, généralement après avoir tombé la chemise, en faisant une cour assidue à deux donzelles aussi creuses que lui !
Autant dire que j'ai été non seulement déçue, mais surtout estomaquée par ce film, qui s'attarde sur la plastique de Varun bien plus que sur son jeu. >

Badlapur film indien avec acteur Varun Dhawan
© Badlapur


Voilà une bien drôle de manière pour Papa Dhawan de vouloir mettre en valeur le potentiel familial ! Illustrer son rejeton en bimbo au masculin dans un rôle aussi inconsistant qu'antipathique ! De tout cœur, j'espère que ce projet constitue l'exception du reste du parcours de l'acteur.

"Bon, on va dire qu'il a signé ce truc pour faire plaisir à Papa, et ainsi tenter de remettre ce dernier sur les rails... C'est mignon, la solidarité familiale !"

La même année, le jeune homme est à l'affiche d'une production de Tonton Karan - secte du favoritisme - Johar, face à sa première partenaire Alia Bhatt, avec laquelle il a comme point commun son ascendance prestigieuse(ment friquée !)... Je confirme : on dirait une secte ! Voilà nos chers enfants bénis du dieu Dharma qui se font donc des bisous dans ce qui semble être une abominable relecture de mon classique Dilwale Dulhania Le Jayenge !

"Je vais aller boire du Typex, moi..."

Pourtant, et comme je l'exposais dans ma critique du film (disponible dans le huitième numéro de Bolly&Co, avec Aamir Khan en couverture), j'ai finalement trouvé Varun non seulement pertinent mais surtout attachant dans cette romcom pétillante et moderne. Comme si le gosse s'était souvenu qu'au-delà de montrer ses tablettes de chocolat (blanc ! Parce qu'on est en Inde et que la blancheur est de mise... Non, point de sarcasme dans cette phrase...), le boulot d'acteur consistait avant tout à délivrer des émotions...
"Gloire au dieu Dharma ! Vous lui avez donné des anabolisants, ou c'est comment ?! Non, parce qu'on est quand même passé de la consistance d'une huître à celle d'un méga-burger... Miam !"

L'année suivante est la plus faste pour Varun - je suis mignon mais pas queDhawan. En effet, il est à l'affiche de 3 projets très différents, ce qui augure le meilleur pour la fan d'éclectisme que je suis. C'est en début 2015 que Dhawan dernier du nom décide de m'achever avec une œuvre saisissante, qui s'appuie enfin sur l'intensité de jeu que j'avais pu cerner dans Student of the Year. Avec Badlapur, Varun oublie son apanage de jeune premier et se livre dans la peau d'un père de famille détruit par la perte des siens.

"Snif... (ayant épuisé ma réserve de mouchoirs) Mais pourquoi il me fait ça ?! Ça pouvait pas être un thriller un peu pourri qui aurait pu me faire marrer malgré lui ?!"

Aussi, Badlapur lui impose comme défi d'exister face au démentiel Nawazuddin Siddiqui... Un challenge relevé par Varun - je suis sexy quand je suis 'vener' - Dhawan avec les honneurs. Il sera d'ailleurs nommé pour le Filmfare Award du Meilleur Acteur pour cette performance déroutante, face à des pointures comme Salman Khan et Amitabh Bachchan.

"Varun, oublie Elodie ! Moi aussi, je te kiffe...>

Dilwale film indien avec acteur Varun Dhawan et actrice Kriti Sanon
© Dilwale


"On fait des bébés ?!

Mais mon vif engouement durera aussi longtemps qu'un paquet de Schokobons dans mon placard... Puisqu'après Badlapur, il a décidé de sortir... ABCD2. Oui, c'est avec CE film qu'il a pris le parti de revenir, APRES BADLAPUR...

"Non mais il est sérieux, Varun, là ?! Sortir ABCD2 après Badlapur, c'est comme si tu avais obtenu ton Bac à 14 ans, tout ça pour finir au casting de Secret Story ! Hein ?! Comment ça, c'est déjà arrivé ?! J'arrête le Typex et je passe directement à l'eau de Javel, moi..."

Donc Varun s'est dit que pour confirmer son statut de nouvel espoir du cinéma hindi, il lui suffisait de profiter du succès d'un film de danse à petit budget qui, à l'origine, s'appuyait sur de VRAIS danseurs... C'est alors qu'une question me brûle les lèvres : POURQUOI ?! Inutile de préciser que ABCD2 est un métrage dispensable, lui préférant (et de très loin !) son premier volet, beaucoup plus authentique.

"Bon, je veux bien admettre qu'il bouge pas trop mal, le Varun. Mais de là à se croire assez bon pour se frotter à Dharmesh Yelande, Raghav Juyal et à mon chouchou Punit Pathak... Sinon, ça va, les chevilles ?"

Et il n'a pas fini de se moquer de nous...
Car Dilwale constitue le troisième projet du comédien/comique (Oui, parce que pour insulter à ce point notre intelligence, il doit avoir un sacré sens de l'humour, le gosse...). Alors là, on atteint des sommets de platitude (Hein ?! Comment ça, c'est antithétique ?! Et les falaises, alors?!)... Varun - je veux singer Salman KhanDhawan se dit alors sans doute qu'en travaillant avec Shahrukh Khan et Kajol, il est sûr d'avoir tiré le gros lot, et tant pis si le scénario est inexistant... Suis-je obligée de souligner que son rôle est non seulement insipide, mais aussi franchement pathétique tant Varun se croit drôle ? Dilwale a eu beau amasser des tunes, il a clairement égratigné l'étoile montante/filante(?) dans son parcours.

Mais du coup, quel film a-t-il bien pu signer ensuite, histoire de se rattraper ?

Et bien, il faut au moins reconnaître que Varun croit dur comme fer dans le soutien familial puisqu'en 2016, il joue dans Dishoom, dirigé par son frangin Rohit. Sans surprise, l'acteur y campe de nouveau le clown de service, pompant le cabotinage qui a fait la gloire d'un certain Govinda... Mais n'est pas le ''Hero No.1'' qui veut ! Et Varun en est littéralement très loin...

Il est relou à se répéter, Varun ! Il nous fait une Sonakshi*, le p'tit, à se satisfaire d'un seul rôle original !

Cette année, il n'a d'ailleurs rien trouvé de plus intéressant à faire que de figurer à l'affiche de Badrinath Ki Dulhania, second métrage de la franchise de Karanje ne sais pas quoi faire de mon oseille - Johar dans laquelle le bambin s'illustre en... suspense... amant immature ! >

Dishoom film indien avec acteur Varun Dhawan
© Dishoom


Il s'enferme dans un registre comique sans aucune recherche et semble surtout s'enliser dans des personnages répétitifs et peu inspirés... Certes, Varun s'amuse et se complaît en 'entertainer', tentant de construire sa carrière de la même manière que Salman Khan... Sauf que ce dernier nous a aussi livré des films comme Khamoshi – The Musical, Tere Naam, Kyun Ki et Jaan-E-Mann mais aussi plus récemment Bajrangi Bhaijaan et Sultan.

Avant d'être plus royaliste que le roi, Varun doit gagner en expérience et prendre des risques pour étoffer son jeu afin de pouvoir oser envisager une carrière à moitié aussi riche que celle de Sallu... Dans une interview datant de décembre 2016, Varun - je fais du commerce, pas de l'art - faisait la déclaration suivante : « Je ne voudrais jamais décevoir mes fans. »

"Alors Varun, comment te dire que c'est déjà le cas ?! Comment te faire comprendre, sans être virulente et encore moins irrespectueuse, que tu sembles prendre tes fans, pourtant si chers à ton cœur, pour des débiles ?! Comment te faire entendre qu'aujourd'hui, tu es probablement l'une des plus grosses arnaques de Bollywood ?! Que tu es l'Adam Sandler Indien ? Que tu es le M. Pokora du cinéma à la sauce curry ?!"

Oui, j'y vais un peu fort... Et encore, je suis un petit peu dure avec ''nem pot qu'aux rats''... Mais comprenez ma colère, d'autant que Varun - les fours de Dilwale et Dishoom ne m'ont pas suffiDhawan a ensuite persisté sur la voie de la médiocrité en signant Judwaa 2 qui, est le remake de la comédie culte des 1990's avec... la tension est à son comble... Salman Khan ! Et le pompon, c'est David - Papounet en perte de vitesse - à la réalisation. Achevez-moi !

"Je ne sais pas vraiment quelles intentions guident Varun dans ses choix. Mais ce qui est indéniable, c'est que j'ai rarement vu autant de potentiel gâché au nom du chiffre. Varun veut devenir une star avant d'être acteur. Et là est sa plus grande erreur ! Car à croire que sa popularité suffira à assurer sa carrière, il va finir par épuiser son public et peut-être même par voir les propositions de projets s'amoindrir. On l'a vu pour d'autres enfants de la balle tels que Fardeen Khan et Tusshar Kapoor, notamment. Si elle n'est pas consolidée par des prestations de qualité et de l'innovation, la notoriété d'un acteur finit toujours par s'essouffler."

October film indien avec acteur Varun Dhawan
© October


La petite mise à jour :

En 2018, j’avais jeté l’éponge. Clairement.

Pour moi, c’était la fin des haricots pour Varunregardez mes jolis bicepsDhawan. A tel point que mon radar à talents était davantage centré sur des acteurs qui osent, de Vicky Kaushal à Rajkummar Rao. Pourtant, c’est cette année-là qu’il s’est enfin décidé à me faire fermer mon clapet à complaintes avec deux films. Le premier est un OVNI, une œuvre singulière qui n’est clairement pas faite pour tout le monde. Varun ne s’y contente pas de changer d’univers, il fait preuve d’une incroyable abnégation en se débarrassant de son cabotinage habituel pour donner toute la poésie et la nuance nécessaire à ce bijou nommé October. On comprend d’ailleurs pourquoi il a été nommé par la critique cinématographique pour le Filmfare Award du Meilleur Acteur

Mais ce n’est pas tout ! Plus tard, il donne la réplique à une décevante Anushka Sharma dans le tendre Sui Dhaaga. Et contrairement à sa co-star, Varun y est impeccable ! C’est un véritable rôle de composition pour le
comédien, qui fait oublier son physique de jeune premier pour incarner ce rôle d’humble artisan. De l’intelligence, de la sensibilité et de la prise de risque… Tout ce qu’il fallait pour me reconquérir !

Pourtant, la suite est moins réjouissante.

Cette année, il fait partie de la distribution de la fresque Kalank, qui constituait probablement le film le plus attendu de 2019… Et quelle désillusion ! Le film est d’un ennui mortel, entre narration hasardeuse et effets spéciaux dignes d’un enfant de 7 ans… Mais l’échec du film n’est pas à incomber à Varun, qui se défend bien malgré un rôle très mal écrit. Non. La suite désastreuse dont je vous parle, c’est celle d’ABCD 2, renommée pour l’occasion Street Dancer… Aïe. Peut-être que Varun a besoin de signer un vrai succès populaire après s’être tourné vers des films plus atypiques ces dernières années ? Ou peut-être est-il schizophrène ? En espérant que l’avenir l’amène de nouveau du bon côté de la force, celui qui le confrontera à des rôles à la mesure de ses capacités…