Never Kiss Your Best Friend vs Never Kiss Your Best Friend

jeudi 27 février 2020
livre Never Kiss Your Best Friend Nakuul Mehta Anya Singh — Cet article a été publié dans le numéro 18 de Bolly&Co, page 108.

Les films racontent une histoire, tout comme les livres. Cela n'a rien de nouveau, que ce soit en Inde ou dans n'importe quelle autre industrie cinématographique, beaucoup de scripts sont basés sur des histoires déjà écrites par des auteurs littéraires. Mais que se passe-t-il quand ces histoires se transforment visuellement ? Comment l'adaptation se fait-elle ? Où les cinéastes ont-ils échoué ou, au contraire, réussi leur pari ?

Bolly&Co a décidé de se pencher sur ces projets officiellement inspirés d'ouvrages...


L'histoire générale



Never Kiss Your Best Friend
Écrit par Sumrit Shahi (2015)

Suite du roman à succès Just Friends, nous y retrouvons l’impulsive Tanie Brar qui croise son meilleur ami Sumer Singh Dhillon après 5 ans sans la moindre nouvelle. Retrouver Sumer amène Tanie à repenser à ce meilleur ami de toujours, entre fous rires et grosses disputes...

Never Kiss Your Best Friend
Réalisé par Arif Khan (2020)

Tanie Brar (Anya Singh) croise son ancien meilleur ami Sumer Singh Dhillon (Nakuul Mehta) lors d’une soirée avec ses collègues. Ce moment va remettre en perspective tout ce qu’ils ont traversé par le passé, mais aussi bousculer leur nouvelle vie...

Attention ! Cet écrit contient des spoilers !

Une fille et un garçon peuvent-ils être simplement amis ? Cette question a été le sujet de nombreuses œuvres (souvent à caractère romantique), aussi bien littéraires que cinématographiques. Sumrit Shahi y avait déjà apporté une réponse avec son premier livre, Just Friends, sorti en 2010 et qui mettait en parallèle deux histoires d’amitié mises à rude épreuve par des sentiments romantiques naissants. Never Kiss Your Best Friend en est une suite, focalisée sur les personnages de Sumer et Tanie. Pas facile donc de retranscrire tout cela en 10 épisodes de 20 minutes chacun. Pour cette comparaison, j’ai décidé de faire les choses un peu différemment. En effet, j’ai visionné la série avant de lire le livre. L’auteur de l’oeuvre originelle Sumrit Shahi est également derrière l’écriture du programme.

Le jeune romancier a d’ailleurs fait ses preuves avec pas moins de sept séries télévisées, en particulier Sadda Haq - My Life My Choice qui lui a permis de remporter plusieurs distinctions. Par conséquent, lorsque la plateforme ZEE5 annonce la sortie de la web-série Never Kiss Your Best Friend, je saute sur l’occasion pour regarder tous les épisodes d’une traite, en attendant sagement l’arrivée de mon livre à la maison.

Never Kiss Your Best Friend reprend les ingrédients des premières web-séries indiennes qui, à l’époque, étaient diffusées sur Youtube. Aujourd’hui, l’Inde compte de nombreuses plateformes (souvent payantes) tant ce format s’est imposé avec le temps ! Globalement, ce n’est pas parfait (ce ne sont pas les mêmes moyens que pour des productions Netflix ou Amazon). Que ce soit dans l’écriture, dans le jeu ou même techniquement, d’ailleurs. Pourtant, on suit sans problème chaque épisode jusqu’à la fin. Je me suis moi-même souvent retrouvée à enchaîner ce qui était disponible en ligne, parce que c’était un parfait entredeux. Je m’explique : Never Kiss Your Best Friend ressemble à un film de Bollywood assez classique, mais avec tout de même un côté original, actuel et innovant. C’est neuf et très frais ! Et puis, d’un autre côté, ça ressemble aussi à une production Tellywood (c’est-à-dire une série indienne familiale), mais sans la longueur poussive. À la fin de chaque épisode, nous avons droit à un petit teaser qui nous tient en haleine. Il y a même des musiques originales composées spécialement pour la série ! Bref, on peut facilement y trouver son bonheur.

À la fin des 10 épisodes, Never Kiss Your Best Friend laisse un parfum de petite comédie romantique tout à fait sympathique et qui ne se prend pas la tête, ne réinventant pas la pluie et donnant surtout le sourire.

Clairement, j’ai passé un bon moment malgré deux ou trois éléments prévisibles, et des acteurs qui ont la même tête au fil des années (alors qu’il y a quand même un bond dans le temps de 5 ans !). Les imperfections, on les oublie assez facilement car les acteurs principaux Anya Singh et Nakuul Mehta sont fantastiques ! À côté, tous les autres semblent bien fades. Et c’est peut-être le seul véritable reproche que je puisse faire à la série : le fait que tous les membres du casting ne soient pas à la hauteur. Si cela n’aide pas à donner de la profondeur à la trame, c’est le seul point noir notable du show. Car dans son ensemble, le résultat fonctionne.

Puis, j'ai lu le livre. L'original. Et je me suis retrouvée totalement embarquée par la plume hilarante de Sumrit Shahi. Tout est écrit du point de vue de Tanie. Et même si parfois, on a l’impression de ne pas la reconnaitre (peut-être qu’il aurait été cool que je lise le premier roman de l’auteur pour en savoir plus), il n’empêche que ça se lit terriblement bien ! Alors certes, pour la série, il y a eu d’énormes raccourcis. La moitié des personnages disparaissent, certains événements fusionnent et puis... la fin se transforme complètement. C’est comme si Sumrit, en adaptant son histoire à l’écran, avait décidé d’en proposer une version alternative. Les mêmes personnages, les mêmes obstacles de la vie, mais une fin à des années-lumière de ce qu’il avait rédigé à la base. Pourquoi pas ? Mais sur le coup, je me suis sentie franchement trahie.

livre Never Kiss Your Best Friend Nakuul Mehta Anya Singh

Les personnages



Tanie Brar

C’est une fille sans filtre et directe. Parfois, c’est une vraie tempête. Elle a aussi des principes, elle est têtue et sait clairement ce qu’elle veut dans la vie. De ses 15 à ses 25 ans, Tanie évolue et apprend de ses erreurs sans jamais perdre cette énergie folle qui la caractérise. Anya Singh entre sans difficulté dans la peau de Tanie, bien qu'elle soit davantage dans la retenue que le personnage dont elle s'inspire.

En effet, si les deux Tanie ne sont pas tout à fait similaires, ce ne sont que des petits détails qui les différencient, ne gâchant en rien ce personnage attachant et finalement plutôt naïf. Tanie vit dans une bulle, elle a du mal à voir ce qui se trouve sous son nez, qu’il s’agisse de ses petits-amis ou encore de Sumer. Elle passe à côté de l’évidence, mais ce n’est pas grave. C’est une chouette fille et peut-être que dans la web-série, elle aurait mérité de prendre davantage de place. D’être clairement celle qui raconte son histoire, son amitié, ses bons comme ses mauvais moments, bref... Tout.

Tanie Brar est l'âme de Never Kiss Your Best Friend. Ses conflits intérieurs, ses questions restées sans réponse, la manière dont elle mûrit, apprend et s’accroche à son meilleur ami. De fait, quand elle parle à la caméra et brise le quatrième mur, c’est pertinent. Cela sonne comme des confidences... Jusqu’à ce que cette même caméra donne plus d’espace à Sumer, et ce parti pris perd tout son intérêt. Avec cela, le spectateur perd l'effet de surprise tant il n'est plus en phase avec le regard de Tanie.

Sumer Dhillon

Je dois l’admettre, j’étais très sceptique face à Nakuul Mehta. Difficile de prétendre être un ado avec un visage pareil (non pas qu’il soit moche, au contraire, mais il fait clairement ses 37 ans !). Évidemment, la série a modifié l’âge des héros pour que ce soit plus réaliste, mais quand même ! Physiquement, il n’est ni grand, ni musclé lorsqu’il est ado. En passant les années, il ne maigrit pas et il n’y a pas de changement majeur (qui est censé alerter sur son addiction). Et pourtant, ça marche quand même ? Pourquoi ? Parce que Nakuul porte Sumer du début à la fin.

Son jeu est si impeccable que même en lisant le livre (et ce malgré la première description du personnage), je n’arrivais pas à visualiser quelqu’un d’autre ! Sumer, c’est le pote un peu con qui fait des blagues de cul toutes les dix secondes, qui n’a aucune gène, qui donne l’impression de ne penser qu’à ses petits plaisirs là où, en réalité, il a un grand coeur et une générosité unique. Sumer dissimule ses problèmes. Il est constamment brimé par son père, est forcé à mener des études d’ingénieur, plonge dans la drogue en s’éprenant de la mauvaise fille (sans doute pour oublier ce qu’il ressent profondément pour Tanie)...

Bref, la seule différence entre le papier et l’écran, c’est son futur. Car Sumer n’a jamais arrêté de consommer de la drogue après avoir été surpris par Tanie. Il n’a pas non plus réalisé son rêve en travaillant dans le cinéma... D’ailleurs, toute cette partie dans la série (le travail dans le cinéma de Sumer) respire le cliché.

Laika et son cousin Kabir

S’ils sont physiquement « parfaits » à l’écran, leur jeu d’acteur ne suit pas forcément (notamment pour Paloma Monnappa, qui interprète une Laika archétype de la plante verte sans émotion). Cependant, le squelette des personnages du livre a été respecté. Elle, c’est l’ex de Sumer avec laquelle le garçon se remet lorsqu’il démarre ses études supérieures. Lui, c’est le beau gosse croisé lors d’une soirée d’anniversaire à laquelle Tanie ne voulait, à la base, pas se rendre.

C'est sans doute la partie de la série qui est la plus fidèle au livre. Mohit Hiranandani est parfait en Kabir, à la fois sombre, mystérieux et sexy. On peut comprendre que Sumer ne l’aime pas (et qu’il en soit jaloux !). Mais la série est tellement centrée sur Sumer et Tanie que les enjeux narratifs qui concernent Laika et Kabir ne prennent pas vraiment de place. On se fiche des sentiments de Sumer pour Laika, tout comme on sait d’avance que quelque chose va partir en cacahuète entre Tanie et Kabir. Là encore, c’est prévisible, les prestations des comédiens désintéressent et du coup, on a hâte de passer à autre chose.

Les parents et les amis oubliés.

Tanie et Kabir avaient tout un groupe d’amis au lycée. Dans la série, ils n’existent pas. Tout comme la colocataire de Tanie lorsqu’elle travaille à Mumbai, dix ans plus tard. Ou encore la cousine de Sumer, celle qui l’a incité en premier à consommer de la drogue... La liste est longue ! Mais ce qui est drôle, ce sont aussi les libertés prises dans la série. La raison de la rupture entre Tanie et Rehaan (qui existe probablement dans le premier livre), ce qu’il se passe entre les parents de Sumer... Bref, pour laisser plus de place à cette amitié qui n’en est plus une, la série a fait le ménage !

En soi, je peux le comprendre. Mais c’est si poussé que le tout manque cruellement d’authenticité. Avec le format de la web-série, des sacrifices devaient être faits, mais autant que ça ? Vraiment ?

livre Never Kiss Your Best Friend Nakuul Mehta Anya Singh

L'ambiance globale



Il n’y a que Tanie et Sumer qui existent à l’écran, ce qui fait de Never Kiss Your Best Friend (la série) une histoire très en surface. Aussi, le récit des deux protagonistes qui se déroule à l’origine en Inde, a été téléporté en Angleterre sans réelle justification. Est-ce encore trop tôt pour montrer un comportement aussi ouvert et décomplexé au public indien en l'attribuant à quelqu'un qui vive au sein du souscontinent ? Est-il même nécessaire de lier la notion de modernité à l’Occident ? Je ne le crois pas.

Je trouvais le choix de la ville de Londres intéressant au démarrage de mon visionnage, mais j’ai vite remarqué que ce n’était pas exploité. En lisant que tout se passait entre Delhi et Chandigarh dans le roman, tout a pris plus de sens à mes yeux. L'ouvrage est bourré d'anecdotes sur les deux filles, et permet de visualiser le contexte et, au passage, de voyager. Ce que j’ai surtout aimé dans Never Kiss Your Best Friend (le roman), c’est aussi le fait de suivre cette amitié fusionnelle sur le long terme, avec ses multiples rebondissements. Tanie et Sumer ont une relation qui ne trouve pas de réelle définition, que ce soit en amitié ou en amour. Là où la série conclut par l’évidence : c’est une love story, ils vont finir heureux et auront beaucoup d’enfants.

Dans le livre, ce que ressent Sumer, nous ne l’apprenons qu’à la fin. Et cette fin (et là, je peux vous la spoiler sans vous gâcher la série, puisqu’elle n’existe que dans le livre) est déchirante. On réalise qu’effectivement, il l’a toujours aimé, mais qu’il n’a jamais réussi à le lui dire. Que finalement, parce qu’il a sombré dans la drogue et découvert son cancer, il n’aurait pas apporté à Tanie le bonheur qu’il lui souhaite en lui révélant son amour. En revanche, savoir si c’était réciproque, si elle a ressenti la même chose pour lui ne serait-ce qu’une seule fois, était son dernier souhait. Car oui, Sumer meurt ! Tanie a les réponses à ses questions et finit par aller de l’avant, mais cette perte est tellement triste !

J'aurais aimé retrouver cette réalité poignante à l'écran. Néanmoins, c’est une adaptation tout de même correcte que vous pouvez apprécier sans trop avoir à y réfléchir. Et si vous lisez l’anglais, je vous invite grandement à découvrir le roman de Sumrit Shahi.

La note d'adaptation : 3/5

mots par
Elodie Hamidovic
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"A grandi avec le cinéma indien, mais ses parents viennent des pays de l'est. Cherchez l'erreur."

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