Kalki 2898 AD, une bonne ou une mauvaise surprise ?

vendredi 28 juin 2024
Kalki 2898 AD Deepika Padukone Prabhas Critique Review Amitabh Bachchan
Annoncé en 2020, Kalki 2898 AD est sûrement LE film le plus attendu de l’année 2024. En France, ce pur projet pan-indien est distribué par Friday Entertainement en version originale télougoue, mais aussi en versions doublées en tamoul et en hindi (avec des sous-titres anglais et français selon les séances.). Il s’agit d’une histoire dystopique sur fond de mythologie hindoue. Et c’est surtout une vraie proposition dans le genre cinématographique de la science-fiction en Inde, un registre jusque-là très peu exploité par les cinéastes du sous-continent, encore moins à cette échelle. Le projet qui s’en rapproche le plus, mais avec un budget bien dérisoire comparé aux 600 crores (soit 67 millions d’euros) de Kalki 2898 AD, c’est Cargo : une histoire futuriste également sur fond de mythologie.

Trois choses qui pourraient vous refroidir :



Une première partie compliquée.
Si je dois pointer du doigt un premier aspect dérangeant du métrage, ce n’est pas forcément le travail sur un Amitabh Bachchan jeune lorsque le récit aborde le Mahabharata (on dirait la scène d’un jeu vidéo…). C’est plutôt la longueur, et certaines scènes sans grand intérêt pour la narration. Kalki 2898 AD est bourré de séquences conversationnelles qui n’amènent pas plus d’information sur la table. Ce n’est pas introductif, et c’est surtout ennuyant. Certaines choses peuvent être soulignées à titre indicatif pour être comprises du public, mais il y a beaucoup trop de répétitions, comme pour combler un vide dans le script. Et cela se ressent notamment dans la toute première partie, qui peine à être pleinement intéressante et cohérente.

Des grosses ficelles vues et revues.
Si vous êtes fans de fantasy, de science-fiction et/ou de super-héros, vous allez retrouver dans Kalki 2898 AD des milliers de clins d’œil. De Star Wars à Mad Max en passant par Harry Potter, Dune ou encore Le Seigneur des Anneaux (suis-je la seule à avoir vu Deepika Padukone manger des lembas ?!), il y a des choses extrêmement familières, mais amenées avec assez d’intelligence visuelle pour que ça ne nous sorte pas de l’univers de Kalki 2898 AD. Par contre, c’est dans le récit que c’est plus criant et donc, que ça donne l’impression que l’équipe du film voulait cocher toutes les cases du genre dystopique. Dès qu’on sort du côté mythologique, ça manque d’originalité et de surprise.

Des personnages féminins ultra délaissés.
Le personnage de Deepika Padukone (qui, selon moi, aurait dû être au coeur de l’histoire de la toute première partie) est d’une inutilité déconcertante et surtout écrite avec le strict minimum. C’est la demoiselle en détresse par excellence : elle ne dit rien, ne fait rien et attend d’être sauvée. Disha Patani apparaît dix minutes, mais ne subit jamais les conséquences de ses actions (non, c’est plus sympa de lui faire porter une jolie robe et de la faire danser). Anna Ben est un rayon de soleil et son personnage aurait mérité bien plus de place, mais son apparition est si éphémère qu’il manque d’impact ! Shobhana a une présence indéniable, mais quand elle a enfin une place à l’écran, elle est éclipsée par les présences masculines. La seule qui s’en sorte réellement bien, c’est celle qu’on ne voit pas physiquement. Keerthi Suresh met davantage dans sa voix que Deepika dans son regard (j’espère que c’est bien la sienne, d’ailleurs…). Car effectivement, Deepika est doublée en version télougoue, donc je ne suis plus sûre de ma capacité à reconnaître les voix des personnalités (oui, la bande-annonce était traitre à ce sujet) !

Trois choses qui pourraient vous plaire



Une deuxième partie maitrisée et rythmée.
Je préfère toujours un film qui se rattrape dans sa seconde partie, que l’inverse. Pourquoi ? Parce que ça peut entièrement sauver un visionnage. Une fois les bases posées, les objectifs des personnages clairs, Kalki 2898 AD devient jouissif et plonge davantage dans l’action. Et contrairement aux scènes de combats avec des effets spéciaux hasardeux, ici, il faut avouer que le travail est de qualité ! Les fonds verts ne sont pas si évidents que ça, et le travail de texture est assez poussé pour que les éléments s’intègrent parfaitement au réel. On sent aussi que les équipes créatives se sont amusées à mettre en place tous les objets et éléments propres à cet univers futuriste compliqué (même certains d’entre eux font l’effet de jouets pour enfant, mais je vais arrêter de tiquer sur des détails). Et on pardonne ainsi rapidement les problèmes scénaristiques et les incohérences de l’univers, le tout pour profiter du spectacle et de ce que Kalki 2898 AD essaye de nous raconter.

Amitabh Bachchan, incroyable.
Ashwatthama est l’une des forces majeures de Kalki 2898 AD. A tel point qu’Amitabh Bachchan mange tout cru Prabhas durant leurs scènes communes. Et ce n’est pas difficile, puisque Bhairava (le héros incarné par Prabhas) est écrit de telle sorte qu’il est égoïste, arrogant et agaçant. Aussi, l'acteur a l’air ivre la plupart du temps - ou extrêmement fatigué. L’objectif est ici de développer un arc évolutif assez conséquent, qui n'est certes pas inintéressant, mais qui est venu soulever chez moi quelques interrogations quand on réalise que c'est le seul personnage à avoir droit à une évolution... Bref ! De son côté, Amitabh Bachchan donne tout pour incarner cet être immortel qui a enfin l’opportunité de se faire pardonner. En protecteur, il est imposant, mais aussi émouvant tant il arrive à transmettre la culpabilité qui ronge Ashwatthama. Dieu merci, il s’est doublé lui-même en télougou, quel plaisir pour mes oreilles ! Et quel bonheur de voir l'acteur capable de se glisser dans des rôles toujours plus risqués pour lui. Quel monument du cinéma !

Un univers cinématographique captivant.
L'un des aspects du film qui me faisait le plus peur, outre l’utilisation potentiellement foireuse et abusive d’effets spéciaux, c’est surtout la création de la planète Terre, complètement détruite en 2898. Est-ce assez fin pour que le spectateur se sente transporté, sans avoir un léger goût de déjà-vu ? Oui. Car je me suis surprise à plusieurs moments à entrer pleinement dans le récit sans me poser trop de questions sur son fonctionnement ou sa logique et ça, c’est vraiment une victoire. Ce sont probablement ces moments-là qui ont sauvé tout mon visionnage, car Kalki 2898 AD est aussi construit comme un bon produit divertissant et familial. Par conséquent, en dehors du héros, les personnages sont nombreux et limités. Les comédiens font ce qu'ils peuvent avec le peu qu'ils possèdent, mais tout le monde s'en sort vraiment bien, je trouve, et personne ne sonne faux.

Trois derniers détails qui peuvent faire pencher la balance du bon ou du mauvais côté…



Du fan service en puissance.
Les passionnés de cinéma qui aiment les apparitions spéciales amusantes (mais pas toujours importantes pour l’avancement de l’histoire) vont être ravis : Kalki 2898 AD regorge de caméos. Des artistes de toutes les industries, des comédiens et des réalisateurs, vont apparaître sur votre écran pour quelques minutes de folie. Mais si vous n’êtes pas familier avec le cinéma indien (ou avec certaines industries locales), ces moments risquent de vous laisser de marbre. Et pour les adorateurs de notre Rebel Star adorée, c’est-à-dire Prabhas - qui ne joue pas les rebelles, mais un chasseur de prime - vous allez être heureux. Le film ne manque jamais une occasion de le mettre en avant pour le plaisir des yeux, ou de lui faire faire une connerie pour vous arracher un sourire (ou pas, ça dépend si ce genre d'humour fonctionne sur vous. Personnellement, c’est Bujji qui m’a surtout fait rire…)

Une bande-originale en retrait, mais pas gênante.
Je m’attendais à des séquences musicales de folie et/ou à une bande-son hyper immersive et originale. Rien. On a le droit à un vocal répétitif qui a l’air d’être une mauvaise imitation du travail de Hans Zimmer pour Dune, et à une ou deux chansons jamais assez prenantes pour s’en souvenir. Ce n’est pas mauvais, et parfois ça touche juste. Mais dans l’ensemble, c’est terriblement inefficace. Celles et ceux qui n’aiment pas forcément les grands moments musicaux au cinéma indien seront contents, et pas du tout dérangés par ce point. Pour les autres, impossible de ne pas être déçus par le travail de Santhosh Narayanan. A l’origine, A.R. Rahman puis Mickey J. Meyer devaient bosser sur la musique du film. On peut donc croire que Santhosh a dû bosser sur le projet à la dernière minute et que c’est donc tout ce qu’il a pu faire dans un laps de temps très réduit…

Ces petits défauts de conception, qui peuvent (ou pas) vous sauter aux yeux.
C’est un vrai produit de cinéma, conçu pour être apprécié sur grand écran et pour faire vibrer la salle. Mais Kalki 2898 AD a tout de même des défauts (et parfois des défauts de débutant, tandis que Nag Ashwin n’en est pas à son coup d’essai). Des soucis de faux-raccord, des scènes visiblement tournées dans une autre langue que le télougou (il y avait ce souci-là dans RRR aussi, dès que le comédien n’est pas de la région, il tourne sa scène dans sa langue de prédilection, et ensuite, ça part au doublage…), des transitions musicales maladroites et des moments où c'est à se demander ce que l’équipe technique a foutu : voix décalée, sous-titre inexistant, édition foireuse… Bref, il y a un côté un peu bâclé et celles et ceux qui sont attentifs s’en rendrons vite compte. Le reste ? Vous n’y verrez que du feu.

Est-ce que j’ai apprécié Kalki 2898 AD ? Oui. Est-ce que je vais vouloir regarder la suite ? Absolument. Mais je serais plus exigeante.



Parce que malgré ses points négatifs, le film de Nag Ashwin est très efficace. C’est un vrai produit pour le cinéma, qui propose, essaye et va au bout de ses idées. Ce qui manque cependant à Kalki 2898 AD, c’est la précision dont le cinéaste avait fait preuve dans Mahanati et qui, je l’espère, sera visible dans la suite de son œuvre. Pour moi, il y a de la place pour nous livrer une seconde partie encore plus riche (sans abuser des effets spéciaux), qui perde moins de temps dans sa narration (moins de caméo inutiles, peut-être ?), qui explore davantage son univers (plus de mythologie !) et surtout ses personnages (Sumathi, sers à quelque chose, s’il te plait) !
LA NOTE:3,5/5

mots par
Elodie Hamidovic
« A grandi avec le cinéma indien, mais ses parents viennent des pays de l'est. Cherchez l'erreur. »
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