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Nous sommes en 2019, tout va bien...
Nouvel épisode.

vendredi 22 mars 2019 / mots par Asmae Benmansour

Je ne pensais pas avoir à me plaindre, encore. Je croyais que mon coup de gueule contre l'affiche du film punjabi Kala Shah Kala ne serait qu'un cas isolé... Et bien non !

Parce qu'aujourd'hui, je tombe sur l'affiche du prochain film de l'acteur Ajay Devgan, De De Pyaar De, produit par Luv Ranjan (réalisateur qui semble très à l'aise avec le concept de misogynie ordinaire, en témoignent son film Pyaar Ka Punchnama et sa suite). Pourtant, je ne veux pas être mauvaise langue. Je me dis que retrouver Ajay Devgan, coutumier des films hyper-testostéronés, dans une romance, ça peut être fortement sympathique ! En plus, il y donne la réplique à l'exquise Tabu, qui ne faute jamais. C'est simple, elle pourrait jouer dans une série z, je foncerais tête baissée rien que pour admirer son inébranlable talent !

Et puis, l'affiche est dévoilée...
Et là, j'ai envie de boire de la Javel. Je vous laisse juger...




Rien ne vous choque ? Non, je m'en fiche du grand écart photoshopé d'Ajay ! Est-ce qu'on n'est pas en train d'assister à la chosification de deux femmes, et en plus avec le sourire ? Car manifestement, il n'y a aucun problème à comparer des femmes (des êtres humains, donc, je précise au cas où ce ne serait pas clair...) à des engins mécaniques ?

Donc Tabu, la femme d'âge "mûr" (parce qu'à 47 ans, on est déjà bonne à jeter... C'est bien, ça fera plaisir à ma mère qui a exactement le même âge que l'actrice...) est comparée à un vieux modèle de voiture, certes élégant par son côté vintage, mais quand même. On lui fait porter un saree, parce que la femme mûre est l'incarnation d'une certaine tradition, n'est-ce pas ?

A ses côtés, il y a la jeune Rakul Preet Singh. C'est la jolie plante aux jolies gambettes. Et elle, c'est plutôt l'équivalent d'une voiture de sport qui en jette et qui va très vite... On lui fait porter une robe plus suggestive, fendue sur le devant pour dévoiler ses jambes de rêve.

J'analyse davantage. Tabu doit sans doute être la femme traditionnelle, la mère de famille plutôt réservée. et Rakul la fille qui n'a pas froid aux yeux, sexy et aventureuse... Est-ce que je dois aller plus loin dans ce que j'imagine ou vous avez compris ?

Veuillez m'excuser, je dois aller rendre mon déjeuner...

J'en conclus donc qu'Ajay jouera le rôle d'un homme hésitant entre une femme âgée mais charmante ou une femme jeune et performante... Mais qu'est-ce que je raconte ? Pourquoi est-ce que je cherche à comprendre un truc pareil ?
Alors, bien entendu, il ne s'agit que d'une affiche. J'attends de découvrir des images du film plus parlantes afin de savoir si mon analyse est complètement erronée. Ce que j'espère de tout cœur !

Mais encore une fois, je trouve dramatique qu'en 2019, des réalisateurs trouvent ça anodin de livrer des affiches au message aussi douteux... Car non, ça n'a rien de normal. Tabu et Rakul Preet, tout comme les personnages qu'elles incarnent dans le film, ne sont pas des objets. Ce sont des femmes avec une identité, des sentiments et le droit à une certaine dignité. Illustrer les femmes au cinéma comme des objets de convoitise qu'il faudrait comparer les unes aux autres afin de choisir l'option la plus satisfaisante, c'est tout bonnement abject.

Vous allez vous dire que je m'énerve pour rien. Ou que j'ai sans doute mes règles pour réagir ainsi (ce qui serait particulièrement sexiste, au demeurant). Mais non. Je suis juste ulcérée par cette misogynie banalisée par des producteurs et acteurs influents. Bien sûr, je regarderai De De Pyaar De, déjà afin de déterminer si mon impression de départ était la bonne, mais aussi parce que Tabu peut me faire avaler des couleuvres !

J'ignore si le message d'objectification était volontaire, ou si c'est une tentative d'analogie peu (pas) subtile (du tout). Mais les faits sont là. Et pour ma part, je ne peux minimiser la manière dont certains cinéastes traitent leurs héroïnes, aussi bien à l'écran que hors-caméra. Il est temps que les choses changent. Que les femmes tiennent la place qui leur reviennent et qu'elles méritent. Et ça commence par une chose aussi innocente qu'une affiche promotionnelle...


 


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