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La critique de : Aamis (★★★★☆) #FFAST2020

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J’avais envie de découvrir Aamis pour une raison très simple : son héroïne était citée parmi les personnages les plus attachants de la décennie par la critique cinématographique Anupama Chopra. Ni une ni deux, le métrage avait intégré ma liste des films à voir au plus vite en 2020. Alors, quand il est annoncé à la programmation du #FFAST, je me positionne immédiatement pour en rédiger la critique.

Aamis commence doucement.

S’agit-il d’une histoire d’amour ? Oui. D’une histoire de transgression ? Absolument. Le film nous surprend-il ? Bien au-delà de mes espérances. Le métrage débute avec la rencontre entre Nirmali (Lima Das), pédiatre de son état, et Sumon (Arghadeep Baruah), étudiant en anthropologie. Une connexion évidente se fait entre les deux, on assiste donc à la naissance d’une idylle illicite dans la mesure où Nirmali est mariée.

Je n’avais pas du tout aimé Kothanodi, le précédent film de Bhaskar Hazarika, probablement parce que je n’avais aucune référence qui me permette de le comprendre. Avec ce second métrage, le cinéaste monte d’un cran (si ce n’est plusieurs), aussi bien sur le plan technique que dans sa narration. Enfin, il n’est pas nécessaire d’être originaire de l’Assam pour être cueilli par ce film à la délicatesse permanente. Cette douceur, le cinéaste l’entretient, la choie même. Un véritable coup de maître au regard de la tournure que prend son récit.

J’ai immédiatement pensé au métrage français Grave en le découvrant, dans le fait que les deux métrages abordent le même sujet : le rapport presque addictif de l’être humain à la viande. Pour autant, si Grave se voulait délibérément gore, Aamis traite son sujet avec une profonde subtilité. C’est intelligent, totalement délirant et en même temps, il est totalement impossible de décrocher son regard de l’écran tant la caméra de Bhaskar Hazarika est pertinente, aidée par le magnétisme d’une Lima Das prodigieuse.

Il s’agit d’ailleurs du premier film de la comédienne, qui ne donne pas du tout l’impression d’être nouvelle dans le domaine. Sa complicité avec Arghadeep Baruah fait tout le travail et sert cette histoire d’amour qui part en vrille.
On glisse doucement dans la folie dévorante qui anime nos héros, on les y accompagne même. Pour autant, le réalisateur ne cherche pas à nous vendre ses protagonistes comme s’ils étaient exempts de tout défaut, bien au contraire. Les conséquences de leurs actes leur éclatent violemment à la figure. Il nous raconte simplement une histoire, avec sa poésie et ses dérives.

Aamis se veut l’allégorie du désir, du tabou et de la frustration.

Sumon meurt d’amour pour Nirmali dont il sait qu’elle ne sera jamais sienne. On s’attend alors à la transgression devenue classique dans le cinéma, qui résulterait en liaison entre la pédiatre et son jeune amant. Mais non, on nous épargne cette facilité narrative en plongeant dans les conséquences macabres du désir non assouvi.

Si le métrage possède en lui une noirceur certaine, il n’en devient jamais lugubre. La tension sexuelle mue en sinistre addiction et nous montre surtout les limites de l’amour platonique. Aurait-il fallu que Sumon coupe les ponts ? Sans aucun doute. Mais si ça avait été le cas, on serait probablement passé à côté d’un des meilleurs films indiens de genre que j’ai eu l’occasion de voir. C’est déroutant, j’ai parfois ri malgré moi tant je n’arrivais pas à croire ce que je voyais. Mais je n’ai jamais lâché le métrage. J’avais envie de connaître le dénouement de cette histoire aussi improbable que fascinante.

A la sortie du cinéma, beaucoup sont restés pour échanger. Le film suscite la réflexion, le questionnement et le débat. Certains ont adoré, d’autres ont été horrifiés. Et moi, je suis à mi-chemin entre les deux. Cela dit, un métrage qui suscite autant de passion mérite que l’on s’y attarde.
LA NOTE: 4/5
★★★★☆