La critique de : Badhaai Do (★★★★☆)

lundi 14 février 2022 —
critique film Badhaai Do bhumi pednekar rajkummar rao Badhaai Do est un peu sorti de nulle part selon moi. Je suis complètement passée à côté de l’annonce du projet et de sa promotion. Je me suis même demandée si ce n’était pas une œuvre proche de Shubh Mangal Zyada Saavdhan (une comédie romantique sortie en février 2020, avec Ayushmann Khurrana et Jitendra Kumar) avant de réaliser qu’il traitait plutôt des « lavender marriage », soit les mariages destinés à dissimuler l'orientation sexuelle d’un homme gay et/ou d’une femme lesbienne face à la société. Une réalité qu’il faut aborder avec sensibilité. Cependant, on sait tous que le cinéma indien a tendance (surtout avec de gros moyens) de romantiser un peu trop les sujets sociaux.

Alors, qu’en est-il de Badhaai Do ?



En toute franchise, il y a beaucoup de choses qui fonctionnent dans Badhai Do.

Tout d’abord, le casting. Si Bhumi Pednekar n’a aucun mal à se glisser dans la peau de Suman, la prof de sport franche et indépendante, Rajkummar Rao est absolument adorable dans le rôle de Shardul, le policier un brin sensible et carré. Voilà un moment que je trouvais qu’il enchaînait des rôles sans trop de surprise, en dehors de celui d’Alok dans Ludo (une pépite). C’est un plaisir de le retrouver aussi investi, et je pense que Badhaai Do lui donne de quoi faire. On sait davantage qui est Shardul comparé à Suman. On voit ses défauts à des kilomètres, ses qualités aussi. Peut-être que c’est un peu inégal, maintenant que j’y pense.

Aussi, avec un tel duo, dommage que le film aille si vite concernant le mariage de nos deux héros. J’aurais aimé plus de moments où ces deux-là apprennent à se connaître, se font face. Ils sont également accompagnés de personnages secondaires au top, même si pour la plupart, ce sont des personnages assez classiques. On retiendra notamment la débutante Chum Darang dans le rôle de la sublime Rimjhim, ainsi que l’apparition spéciale de l’excellent Gulshan Devaiah, dans la peau de l’avocat Guru Narayan ! Seema Pahwa et Sheeba Chaddha (en mère de Shardul, toujours à l'ouest) ont également des échanges hilarants qui permettent de donner le ton de la majorité du film. Enfin, Nitesh Pandey est parfait dans le rôle du père du Suman. Tendre et attentionné, sa complicité avec sa fille est rafraîchissante.

Badhaai Do est une comédie familiale qui prône la tolérance et ça fait toujours plaisir de découvrir des films inclusifs.

Sur ce point, je trouve que le film de Harshavardhan Kulkarni fait le job. Le but est de briser les stéréotypes pour amener une chose simple : nous sommes tous humains, capables d’aimer et nous méritons une vie tranquille. Badhaai Do joue donc sur de gros présupposés et ça se sent tout de suite. Un homme gay doit forcément avoir le vibe de Freddy Mercury et aimer à la fois la danse et les muscles, et une lesbienne doit être un garçon manqué qui préfère le sport et est capable de faire les choses par elle-même sans l’aide de personne. Ce sont des images ancrées dans l’imaginaire collectif, mais qu’il faut absolument déconstruire et oublier. Suman et Shardul ne sont pas définis par leur orientation sexuelle ! Aussi, cela demande du temps et du courage pour réussir à s’accepter soi-même et être complètement ouvert sur qui nous sommes réellement. J’ai franchement apprécié que ni Rimjhim, ni Guru ne poussent Suman ou Shardul à faire leur coming out. Chacun doit aller à son rythme. Ils n’ont pas ajouté de pression supplémentaire. Même eux semblent parfaitement en paix avec qui ils sont : Rimjhim ne parle plus à sa famille et Guru met l’ambiance à un mariage gay lorsqu’il rencontre Shardul.

Maintenant, il y a bien des moments où j’ai grincé des dents.

S’il y a des scènes très fortes dans Badhaai Do, il y en a d’autres durant lesquelles le spectateur aura envie de balancer son pop-corn à l’écran. Des détails qui ne devraient plus exister en 2022. Par exemple, quand Shardul parle à Suman comme « devrait le faire un mari », c’est-à-dire en lui ordonnant de servir le thé quand les invités sont là. Ou encore quand son beau-frère lui dit qu’il y a deux formes de sexe dans un mariage, celui pour le plaisir et celui pour procréer (et celui-ci ne compte comme sexe, au final). Et il y en a d’autres, des punchlines de ce type qui peuvent nuire à l’ensemble, et poser quelques questions sur la volonté du métrage. Est-ce que ce n’est censé qu’être « drôle » ou est-ce pour justement là pour mettre en évidence des propos problématiques qu’on a déjà tous entendu ? Et si c’est le cas, pourquoi ne pas rebondir dessus ? La frontière entre humour douteux et dénonciation est fine, et ça peut perturber. Aussi, je suis persuadée que les « lavender marriage » ne sont pas aussi simples.

Utiliser la comédie pour rendre un problème réel accessible, c’est toujours une bonne idée. Mais cela peut aussi rendre le tout un peu trop « cinéma » et pas assez authentique. La musique est sympathique, mais trop souvent, elle indique si une scène doit être drôle ou pas, ce qui n’est pas le top. Enfin, tous les efforts mis dans la partie « romance » du film sont à applaudir. Tout ce qu’on veut, c’est le bonheur de Suman et Shardul et ça fait du bien d’utiliser des paillettes, pour eux ! Il y a des séquences vraiment sublimes pour les accompagner, et c’est l’une des grandes forces du métrage.

Le film est actuellement au cinéma en France, et je vous conseille sérieusement de vous y rendre pour passer un bon moment ! Sinon, sachez que Badhaai Do devrait être disponible sur Netflix par la suite.
LA NOTE: 3,5/5
★★★★☆
mots par
Elodie Hamidovic
"A grandi avec le cinéma indien, mais ses parents viennent des pays de l'est. Cherchez l'erreur."
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