La critique de : Gangubai Kathiawadi (★★★★☆)

lundi 28 février 2022 —
critique film Gangubai Kathiawadi Aliaa Bhatt Ce dimanche 27 février, j’ai eu le privilège de découvrir le dernier film de Sanjay Leela Bhansali, Gangubai Kathiawadi. Le concernant, je ne saurais dire si j’avais des attentes ou non… Car en effet, d’un côté, je n’ai rien suivi de la promotion de l'œuvre, évitant tous les teasers et autres images pour ne pas m’emballer à l’excès. De l’autre, je ne pouvais oublier qu’il s’agissait d’un film du maître Bhansali, dont plusieurs des métrages se sont imposés comme de grands classiques.

Alors, Gangubai Kathiawadi est-il purement et simplement réussi ?



À mon sens, la réponse à cette question est assez évidente : oui. Je ne vais pas vous mentir, j’avais des doutes quant à la capacité d’Alia Bhatt à porter un tel rôle. Car si elle a su prouver son indéniable potentiel avec des films comme Highway, Udta Punjab ou encore Gully Boy, j’ignorais si elle avait les épaules pour être l’unique star d’un projet de Bhansali. Pourtant, force est de constater que non seulement, elle y arrive mais surtout, elle crève l’écran dans la peau de Gangubai. L’actrice donne tout pour ce personnage qui ne peut compter que sur lui-même. Si le style de Sanjay Leela Bhansali invite à un jeu très ample, presque théâtral, Alia ne tombe jamais dans le cabotinage, et ne fait jamais fausse route dans son interprétation.

Visuellement, l'œuvre est moins clinquante que les derniers films du cinéaste, plus proche d’un Guzaarish (2010) que d’un Bajirao Mastani (2015). Cela dit, ne vous méprenez pas, l’image est particulièrement soignée, et on retrouve le goût du cinéaste pour une pellicule monochrome (ici dominée par le blanc). Mais les vedettes du film ne sont pas les décors, mais les protagonistes. Sanjay Leela Bhansali a compris que sa mise en scène devait servir son histoire, et non l’inverse, donnant l’impression avec ce film d’opérer un véritable retour aux sources, à l’époque de Khamoshi - The Musical (1996) ou encore de Black (2005).

Cela dit, le quartier de Kamathipura est incontestablement l’un des personnages centraux du film.

Car Gangubai Kathiawadi est tel un huis-clos. On ne sort presque jamais de ces rues au sein desquelles la naïve Ganga a mué en la féroce Gangubai. Il était donc important que le metteur en scène soigne ces lieux, leur donne littéralement vie. Et heureusement, on évite l’impression de carton-pâte d’un Kalank (2019) ou les fonds verts criards d’un Padmaavat (2018). Le quartier est on ne peut plus authentique, avec ce qu’il faut de beauté brute pour nous rappeler que oui, on est quand même dans un film de Sanjay Leela Bhansali !

Comme je le disais plus haut, le blanc est la couleur forte de ce film, illustrée par sa pellicule très claire ainsi que par le sari qu’arbore Gangubai. Le blanc qui représente le deuil en Inde. Le deuil d’une jeunesse, d’une innocence et d’une vie auxquelles la jeune femme a dû renoncer. Le blanc virginal d’une adolescente à laquelle on a ôté sa pureté, mais qui vient se la réapproprier en s’engageant pour défendre les droits des travailleuses du sexe. Les murs des allées de Kamathipura semblent d’ailleurs se blanchirent à mesure que Gangubai y gagne en influence et en pouvoir.

Du côté du casting, les acteurs de second rôle sont, comme toujours chez Bhansali, absolument irréprochables.

De Seema Pahwa à Jim Sarbh, en passant l’impérial Vijay Raaz, tous contribuent à faire de Gangubai Kathiawadi une expérience de cinéma captivante. J’ai personnellement eu un coup de cœur littéral pour Indira Tiwari, bouleversante en amie fidèle de Gangubai. À noter également les débuts sur grand écran du danseur et comédien de télévision Shantanu Maheshwari, qui entre à Bollywood par la grande porte en incarnant le grand amour de l’héroïne. Charmant et délicat, il donne vie à l’un des rares personnages masculins qui ne soit ni toxique, ni corrompu. Et franchement, ça fait du bien ! Ajay Devgan fait à son tour une apparition remarquée en patron de la mafia charismatique et impénétrable. C’est à se demander si le rôle n’a pas été écrit sur mesure pour lui tant il y est juste parfait. Enfin, Huma Qureshi nous gratifie de sa présence le temps d’une chanson, nous rappelant au passage combien elle serait parfaite dans un film du réalisateur, cette fois en tête d’affiche.

Si je devais avoir quelques reproches à faire au métrage, ils résideraient dans le fait qu’on peut parfois avoir du mal à se situer au niveau temporel, ce qui était déjà le cas dans Bajirao Mastani.

Aussi, il est dommage que le teint de perle d’Alia ne voit pas passer sur lui les effets du temps. On peut ainsi avoir du mal à croire que 15 ans de souffrance sont passés tant elle a toujours l’air aussi jeune. Mais honnêtement, je pinaille tant ces détails ne m’ont nullement empêchée d’entrer dans le film et de m’y accrocher jusqu’à son épilogue. En conclusion, je dirais que Gangubai Kathiawadi est un film à voir sur grand écran, pour admirer la maîtrise de son cinéaste et la leçon d’acting livrée par sa star. De fait, je ne peux que vous inviter à profiter de la large diffusion de l'œuvre dans les salles françaises grâce au distributeur Friday Entertainment.
LA NOTE: 4/5
★★★★☆
mots par
Asmae Benmansour-Ammour
"Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même."
lui écrire un petit mot ?

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