Critique : Ponniyin Selvan : I (★★★★☆)

samedi 1 octobre 2022 —
critique de brahmastra cinéma indien france Hier soir, je me suis rendue à la projection du nouveau film du maître Mani Ratnam, Ponniyin Selvan : I. Comme je m’y attendais, j’ai trouvé une salle comble de fans qui n’avaient qu’une hâte : découvrir ce métrage évènement au casting de première classe. Jugez plutôt : Vikram, Karthi, Aishwarya Rai Bachchan, Trisha Krishnan, Jayam Ravi, Prakash Raj, Aishwarya Lekshmi, Sobhita Dhulipala, Lal, R. Sarath Kumar et j’en passe !

De plus, le métrage constitue une adaptation du roman du même nom, un opus culte en cinq tomes absolument incontournable en Inde ! Bref, si je devais trouver un élément de comparaison de cette ampleur, c’est aussi énorme que lorsque Peter Jackson s’est lancé dans le triptyque du Seigneur des Anneaux.

Le réalisateur a donc forcément dû faire des choix, éliminer de nombreux éléments de l'intrigue pour que le film tienne la route et demeure une bonne expérience pour le spectateur. Personnellement, je n’ai pas lu les livres de Kalki Krishnamurthy avant le visionnage, je ne pourrais donc pas vous dire dans cet écrit ce qui a été gardé et ce qui a été écarté pour l’adaptation.

La distribution grand format de ce métrage fait forcément rêver.

Et quand on s’installe dans la salle de cinéma, on ne peut qu’espérer que de grandes choses se passent. Cependant, il ne faut pas s’attendre à une grande réunion car finalement, les personnages n'interagissent pas souvent les uns avec les autres. Du moins, jamais tous ensemble. Mais il n’y a rien d’étonnant à cela quand on sait que ce film n’est qu’une première partie, qui sert d’introduction aux protagonistes et aux enjeux que nous réserve la trame.

La première chose qui me vient à l’esprit à en sortant du Gaumont Saint Denis, c’est la teneur du métrage. En effet, c’est dense, intense. Il y a beaucoup de personnages, introduits tout au long du film, qui dure tout de même 2h50… Parfois, il faut s’accrocher pour comprendre qui est qui. Mais Ponniyin Selvan : I est prenant, épique et captivant.

Parmi tous les acteurs, Karthi est pour moi celui qui tire son épingle du jeu. Vanthiyathevan, son personnage, est drôle, facétieux, séducteur et quelque peu sarcastique. C’est lui qui donne du souffle au milieu de tous ces protagonistes très premier degré, toujours très graves. D’ailleurs, l’acteur est formidable, et constitue à mes yeux ce qu’il y a de mieux niveau casting dans ce premier opus. Face à lui, les autres comédiens ne sont pas en reste mais s’inscrivent davantage dans le ton sérieux de l'œuvre. Aishwarya Rai Bachchan est très juste dans un rôle taillé sur mesure pour elle, Vikram aurait mérité davantage de temps à l’écran en guerrier torturé et Trisha est parfaite dans la peau de la princesse brillante.

La bande-originale de A.R. Rahman colle au caractère grandiloquent de l'œuvre, et les quelques morceaux choisis sont de purs joyaux.

Je vous recommande particulièrement les titres “Chola Chola” et “Ratchasa Maamaney”. En revanche, je regrette que la musique de fond n’ait pas été davantage mise en valeur, surtout vu l’ampleur du film.

Du côté de la réalisation, je me souviens avoir été déçue par le dernier film du cinéaste, Chekka Chivantha Vaanam, sorti en 2018. J’attendais donc énormément de Ponniyin Selvan : I, dont j’espérais qu’il me réconcilierait avec son auteur. Inutile de vous dire que c’est visuellement saisissant, avec les plans larges qui font le sel de l'œuvre du cinéaste. Et comme on est dans un film historique, le metteur en scène s’éclate avec des vues d’ensemble somptueuses, comme c’était déjà le cas dans ses précédents films, particulièrement Raavan (sorti en 2010) et Kaatru Veliyidai (sorti en 2017). Ce que j’ai trouvé appréciable, c’est que Mani Ratnam ne cherche pas à rentrer dans un carcan ou à faire comme les autres. Il raconte ce bout d’histoire à sa manière, avec le style qui a fait son illustre carrière. Ainsi, on ne voit rien de commun avec ce qu’a pu faire son confrère Sanjay Leela Bhansali dans le même registre, ni S.S. Rajamouli pour prendre un exemple dravidien. Au même titre, il n’y a pas d’emprunt criant aux films épiques et aux péplums américains. Ponniyin Selvan : I possède sa propre identité visuelle et un style narratif qui lui appartient. Et c’est pour moi la plus grande prouesse de ce métrage, dont la seconde partie a d’ores et déjà été annoncée pour l’année 2023.

En conclusion, Ponniyin Selvan : I est un grand film, pour lequel je vous conseille d’être en forme car il s’y passe beaucoup de choses.



Alors certes, comme la plupart des productions de Mani Ratnam, c’est assez bavard. On s’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas beaucoup de scènes d’action au sens propre du terme. Mais le réalisateur a toujours aimé se centrer sur ce que sont ses personnages, plutôt que sur ce qu’ils font. Donc effectivement, il y a de longues tirades, des joutes verbales... Et si on n’est pas habitués, ça peut déstabiliser. Pour autant, je trouve cette approche du film historique intéressante et courageuse. Je ne peux donc que vous encourager à tenter l’expérience, qui vous est proposée dans les salles françaises grâce au distributeur Night ED Films.

LA NOTE: 4/5
★★★★☆
mots par
Asmae Benmansour-Ammour
"Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même."
lui écrire un petit mot ?

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