Critique : Uunchai. (★★★☆☆)

mardi 22 novembre 2022 —
bollywood critique cinema uunchai Jeudi dernier, je me suis rendue dans le QG des sorties indiennes en France, le Gaumont Saint Denis, pour aller découvrir le nouveau film de la légende Amitabh Bachchan : Uunchai, distribué dans l’Hexagone par Desi Entertainment Paris.

Cette comédie dramatique est réalisée par nul autre que Sooraj R. Barjatya, le maître du cinéma de Bollywood traditionnel. En effet, le cinéaste a connu son âge d’or dans les années 1990 en dirigeant les acclamés Hum Aapke Hain Kaun (1994) et Hum Saath Saath Hain (1999).

Sa recette ? Livrer des histoires d’amour ancrées dans la tradition, avec respect des aînés, pudeur extrême et séquences de prières au rendez-vous !

Pourtant, après le succès surprise de sa romance sirupeuse Vivah (sortie en 2006), le réalisateur a eu du mal à se remettre en selle face à la tournure que prenait le cinéma hindi. Car soudain, les films moralisateurs n’étaient plus au goût du jour, et des cinéastes comme Anurag Kashyap, Sriram Raghavan, Shoojit Sircar ou encore Zoya Akhtar ont été vecteurs d’oeuvres qui déconstruisent les fondations d’une société archaïque et terrée dans ses coutumes.

Lors de l’arrivée au pouvoir du nationaliste hindou Narendra Modi, le cinéaste tente un retour avec Prem Ratan Dhan Payo (2015), une histoire d’amour censée rappeler à l’Inde sa pureté passée. Mais la mayonnaise ne prend pas, et le cinéma de Sooraj R. Barjatya semble ne plus avoir sa place dans les salles indiennes…

Quelle n’a pas été ma surprise, donc, de constater qu’il était à la tête de ce film sur une bande d’amis seniors partis à la conquête du Mont Everest.

Va-t-on assister à la naissance d’un Sooraj 2.0 ? Le cinéaste va-t-il se métamorphoser en auteur visionnaire, à la manière d’Anubhav Sinha qui, après des années de films médiocres, n’a eu de cesse de créer la surprise avec des œuvres engagées et courageuses ? C’est ce que je suis venue vérifier…

Uunchai démarre comme un buddy movie version seniors, avec une bande de copains aux profils différents mais unis par une amitié indéfectible. L’un est un auteur à succès, l’autre un philanthrope, tandis que les deux autres tiennent de modestes commerces. J’ai cru un instant avoir affaire à un pendant “troisième âge” de Zindagi Na Milegi Dobara ! Hélas, je vais vite déchanter… Car Uunchai ne possède ni la justesse de ton, ni la finesse d’écriture du film de Zoya Akhtar. Les personnages sont caricaturaux au possible et ne sont jamais que des pancartes sur lesquelles il est écrit “je suis vieux”. En effet, les protagonistes semblent être uniquement définis par leur grand âge, et n’ont pas grand-chose d’autre à raconter. En sommes, ils n’ont pas une personnalité qui puisse les rendre vraiment attachants… Pour autant, ces clichés ambulants sont servis par trois acteurs de talent qui, eux, parviennent à transmettre de l’émotion. Si bien que même dans des situations poussives, on lâche quelques larmes face à la sincérité du casting.

D’ailleurs, le film n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est pleinement dans le mélodrame.

C’est l’une de ses forces principales, dues au savoir-faire de longue date du cinéaste pour le chantage émotionnel ! Pour autant, le film est rapidement confronté à ses propres limites tant il essaie à la fois de délivrer un message conservateur et de paraître dans le coup. Parfois, c’en est presque grotesque !

La mise en scène de Sooraj Barjatya est quant à elle très plate, et ne propose rien de particulièrement marquant. Elle fait uniquement fonction, vient illustrer le récit de manière mécanique mais ne sert jamais vraiment l’histoire. Si la musique d’Amit Trivedi est plutôt sympathique à la première écoute, elle est tout de même très lisse par rapport à ce que le compositeur a pu proposer par le passé (je vous renvoie aux bandes-originales géniales des films Ishaqzaade, Dev D ou encore Udta Punjab pour en juger…).

Uunchai se scinde en deux parties distinctes : la première constitue un road movie entre potes classique mais maîtrisé, la seconde un clash des générations bien plus décousu.

Le personnage de Parineeti Chopra, censé porter la voix de la jeunesse, est d’une inutilité consternante ! Son rôle est tertiaire dans la narration et ne recouvre aucun enjeu important pour nos héros. Bref, l’actrice a sans doute accepté ce rôle pour avoir le privilège de donner la réplique à l’immense Amitabh Bachchan. Mais honnêtement, elle aurait mieux fait de passer son tour !

De son côté, Amitabh est la star de l'œuvre. Plus fringant que jamais à 80 ans, le comédien a une physicalité incroyable, un jeu toujours aussi poignant et un sens de l’émotion que je n’ai vu égalé que par Anthony Hopkins ! Il partage une complicité détonante avec ses partenaires Anupam Kher et Boman Irani, si bien que leur trio, aussi mal écrit soit-il, fonctionne tout de même bien à l’écran.

Mais le véritable problème d’Uunchai, c’est qu’il est profondément moralisateur.

Sous son apparence progressiste et moderne, le métrage reste finalement assez rétrograde dans son propos. Certaines séquences servent juste de prétextes pour livrer des leçons de morale assez fatigantes, et qui en plus, ralentissent la trame principale. Car si l’histoire qui nous est racontée n’a rien d’original, elle avait en tout cas le potentiel d’être vraiment engageante pour le spectateur. Hélas, Sooraj R. Barjatya ne creuse jamais et nous livre un film en surface, comme s’il était dans une piscine et qu’il restait farouchement accroché à son bord.

En conclusion



Je suis dubitative face à Uunchai, car si je ne peux pas nier avoir pleuré comme une madeleine à plusieurs moments de l'œuvre, il m’est également impossible de fermer les yeux sur ses énormes faiblesses d’écriture. Pour voir un film abouti sur une ascension transcendante, je vous conseille davantage Poorna - Courage Has No Limit, sorti en 2017 et réalisé par l’excellent Rahul Bose.

LA NOTE: 3/5
★★★☆☆
mots par
Asmae Benmansour-Ammour
"Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même."
lui écrire un petit mot ?

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