Chandu Champion : la transformation de Kartik Aaryan que personne ne va oublier.

dimanche 16 juin 2024
critique chandu champion bollywood kartik aryan
Après 83’ (2021), basé sur la victoire historique de l’Inde lors de la coupe du monde de cricket en 1983, je m’étais dite que Kabir Khan n’allait sans doute pas revenir sur un film de sport avant longtemps. J’espérais d’ailleurs le retrouver derrière un métrage du calibre de Bajrangi Bhaijaan - Dieu sait que ça nous aurait fait du bien.

Mais c’était aussi naïf de ma part de croire que Chandu Champion ne serait qu’un énième biopic sportif, comme on en a déjà beaucoup vu au cinéma indien…



Basé sur l’histoire vraie de Murlikant Petkar, Chandu Champion a un fil conducteur plutôt classique : un gamin qui rêve de gloire, se met en tête de gagner une médaille d’or aux jeux olympiques. Il se lance dans la lutte, mais les circonstances le conduisent à l’armée où il se penchera sur la boxe, puis plus tard, après avoir miraculeusement survécu pendant la guerre, à la natation…  Rien que ça, c’est déjà un parcours complètement dingue. Ce qui est encore plus fou, c’est qu’il soit devenu le premier athlète indien à remporter la médaille d’or lors des jeux paralympiques de 1972, mais qu’il n'ait jamais reçu la reconnaissance qu’il méritait… Tout ce que je vous dis, ce sont les grandes lignes, car le film de Kabir Khan révèle bien d’autres aspects du parcours de vie de Murlikant que je vous encourage à découvrir lors d’une séance de cinéma pour savourer pleinement chaque séquence. Oui, il va y avoir beaucoup d’infos, et peut-être que tout le monde ne va pas apprécier autant de détails, mais moi, ça ne m’a posé aucun problème.

Kartik Aaryan donne tout. Et bon sang, que ça fait du bien !

Pour croire en un biopic, je n’ai pas forcément besoin d’avoir un acteur qui ressemble à 100% physiquement à la personne dont l’histoire s’inspire. Oui, c’est sympa quand Ranveer Singh porte de fausses dents pour reprendre le sourire emblématique de Kapil Dev dans 83’. Mais au final, ce petit détail m’avait plus distrait qu’autre chose. Ici, Kartik Aaryan n’essaye pas de ressembler à Murlikant. Il n’a ni son visage rond, ni sa petite moustache, ni sa corpulence. Par contre, il joue avec son air immature, son sourire arrogant et sincère, sa fine silhouette. Kartik incarne Murlikant avec beaucoup d’humilité, et j’ai rarement vu l’acteur porter un rôle avec autant de subtilité. C’est simple, s’il n’avait pas été à la hauteur, Chandu Champion aurait été un échec. Car plus que la médaille d’or apportée à l’Inde, c’est Murlikant qui est à l’honneur. C’est son portrait qui est dépeint sous nos yeux, incarné enfant par l'époustouflant Ayan Khan Sroha. Impossible de savoir si c’est son tout premier rôle ou pas, mais ce petit va aller loin ! En quelques minutes, le public est complètement attaché à Murlikant et ses ambitions, sa fierté mal placée, son entêtement, sa joie de vivre. Et la transition entre Ayan et Kartik se fait visuellement de manière assez classique à l’écran, mais il y a dans le jeu de Kartik des rappels de l’enfant. Et ainsi, plus le temps passe, plus le spectateur voit Murlikant grandir, évoluer et Kartik Aaryan ne lâche rien. Du début à la fin.

Le reste du casting est toujours juste, et n’est jamais sous-exploité ou laissé de côté.

J’ai particulièrement apprécié les apparitions spéciales de Shreyas Talpade, qui n’a pas pris une ride depuis Om Shanti Om, et Briejndra Kala. Face à Kartik, il y avait également le superbe Vijay Raaz qui, pour une fois, n’a rien du vilain auquel il nous a habitué ! En mentor et coach, il est sensible et drôle. Enfin, il faut aussi noter un Bhuvan Arora méconnaissable et très bon dans le rôle du meilleur pote. Déjà qu’il était impeccable dans la série Faux sur Prime Vidéo, il faut que le cinéma lui laisse davantage de place !

Globalement, Chandu Champion n’a rien de novateur dans le genre, et il n’a pas besoin de l’être.

Je ne suis pas étonnée par le fait que Kabir Khan n’ait pas pris de risque danse sa réalisation compte-tenu du succès de 83’ et de ses précédentes oeuvres. On retrouve ici son dynamisme, ses focus intimes pour accentuer les moments d’émotion, ses plans larges qui donnent une vision globale. Cependant, à la cinématographie, il faut noter le travail de Sudeep Chatterjee, qui donne une aura plus authentique à l’image, un aspect plus flamboyant au récit. Il y a aussi énormément de tons chauds qui insufflent un aspect toujours réconfortant, même quand c’est plus difficile pour notre héros. Les paysages sont palpables, riches, mais ce n’est jamais too much, parce que le récit nous raconte déjà beaucoup et il ne faut pas noyer le spectateur visuellement. Sudeep a déjà travaillé dans le genre du film sportif avec l’excellent Chak De! India, mais il a surtout beaucoup collaboré avec un maître de l’image : Sanjay Leela Bhansali. Cela se ressent.

Maintenant, parlons musique.

Pritam a toujours été bon dans le domaine du divertissement, mais j’ai regretté qu’aucune musique ne prenne vraiment une place importante dans le récit. Ici, ça ne sert qu’à faire des sauts dans le temps et accompagner des séquences d'entraînement. Un classique du film de sport, mais j’aurais davantage apprécié plus de moments musicaux comme pour le titre “Satyanaas”. Oui, la chanson arrive un peu par hasard, mais elle est fun, chorégraphiée de manière amusante, le tout sur un train en mouvement et un couché de soleil chaleureux. C’est agréable, ça permet de souffler. Le reste de l’album n’est jamais exploité pleinement dans le film, à moins de vouloir nous arracher une larme. Et si ça fonctionne sur moi, car je suis très friande des biopics comme celui-ci, je trouve ça dommage de ne pas avoir choisi tout simplement entre : ajouter des chansons qui ont du sens, ou ne rien mettre pour se focaliser davantage sur le récit qui est déjà très dense. D’ailleurs, dommage qu’aucune chanson n’ait été traduite dans le film, ce que je trouve toujours problématique quand on sait l’importance de la musique au cinéma indien ! Mais je ne vais pas en tenir rigueur…

En conclusion



Pour moi, Chandu Champion est une réussite, bien qu’il montre beaucoup et que ça puisse aller trop vite pour certains. Il me rappelle la très belle expérience qu’a été M.S Dhoni: The Untold Story en 2016. Non, je ne compare par Kartik à Sushant Singh Rajput, mais je lui souhaite la reconnaissance qu’il mérite pour sa prise de risque.

On peut facilement lister Chandu Champion parmi les superbes métrages que sont Bhaag Milkha Bhaag, Dangal ou encore Mary Kom. C’est construit comme un divertissement grand public, ce n’est pas innovant, mais c’est agréable et maîtrisé.
LA NOTE:4/5

mots par
Elodie Hamidovic
« A grandi avec le cinéma indien, mais ses parents viennent des pays de l'est. Cherchez l'erreur. »
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