Bolly&co Magazine

Critique de Tango Malhar, des premiers pas incertains…

26 avril 2026
Tango Malhar Festival des Cinémas Indiens de Toulouse
Il y a quelque chose d'attachant dans les premiers films qui se donnent pleinement à leur sujet, quand bien même ils trébuchent sur leur propre ambition. Tango Malhar, coup d'essai de la réalisatrice marathi Saya Date, appartient à cette catégorie d'œuvres sincères dont les maladresses ne parviennent pas à totalement étouffer les élans.

Le film raconte comment une rencontre fortuite avec le tango argentin va transformer la vie d'un conducteur de rickshaw, Malhar - interprété par le jeune Nitesh Shridhar Kamble -, qui supporte à Pune le poids d'une famille monoparentale, sa mère veuve et sa jeune sœur, tout en se sentant exclu du monde ordinaire de la jeunesse par les responsabilités qui l’incombent. La prémisse est simple, universelle presque. Ce qui l'éloigne du simple feel-good movie chorégraphié, c'est la conscience de classe qui traverse le récit : le tango, né dans les quartiers populaires d'Argentine il y a plus d'un siècle, est aujourd'hui en Inde l'apanage d'une certaine élite, de ceux qui ont le temps et les moyens de s'y adonner. Malhar, lui, n'a ni l'un ni l'autre. Le métrage montre ainsi, avec une honnêteté certaine, comment les codes du tango - comme les codes sociaux en général - fonctionnent comme des systèmes d'exclusion que le héros devra s'approprier pied à pied, par obstination et par amour de la danse.

C'est là où Tango Malhar est le plus intéressant : dans sa volonté de désexualiser la danse pour en faire un espace d'expression artistique à part entière, et dans la représentation d'un lien fraternel sincère entre Malhar et sa sœur Rani - un rapport que leur entourage cherche à pervertir ou à instrumentaliser.

Ce refus d’un regard réducteur sur la danse et particulièrement sur celle d'un homme issu d'un milieu modeste, donne au métrage une intention louable.

Hélas, le scénario, coécrit par Saya Date et Manish Dharmani, reste routinier et peine à maintenir vraiment l'attention sur la durée. La structure narrative, strictement linéaire, ne serait pas rédhibitoire en soi si les obstacles que rencontre Malhar n'étaient pas aussi prévisibles, aussi téléphonés. On devine les résistances avant qu'elles surgissent, les réconciliations avant qu'elles adviennent. Le film aurait gagné à prendre davantage de risques dramaturgiques pour défendre son message avec plus de profondeur et de sagacité.

Du côté de la distribution, le bilan est contrasté.

Nitesh Shridhar Kamble possède une vraie gouaille dans le rôle de Malhar : il habite le personnage avec une énergie brute et communicative. Mais son jeu manque de nuances, de ces petits renoncements intérieurs qui rendent un personnage véritablement habité. On croit à sa fougue, on croit moins à ses doutes.

La véritable révélation de l'œuvre est ailleurs : dans Kriti Vishwanathan, qui interprète Rani, la petite sœur, avec une justesse et une présence qui éclipsent par instants le récit principal. Son personnage, pourtant secondaire dans la hiérarchie du scénario, irradie chaque scène où il apparaît, au point que l'on se prend à regretter que le film n'ait pas choisi de la placer au centre. De son côté, Seema Vartak apporte un soutien attendu dans le rôle de la mère conservatrice, figure archétypale du genre dont le film ne cherche pas vraiment à renouveler les contours.

La mise en scène de Saya Date reste terne et le montage de Kshama Padalkar laisse à désirer. On sent les failles d'un premier film : la réalisation est fonctionnelle, assez scolaire techniquement, sans que la caméra ne parvienne à trouver un regard propre sur ce monde qu'elle décrit. La photographie, signée par Sumedh Tarde, Omkar Athavale et Gourav Malji, est ordinaire.

Certains critiques ont rapproché Tango Malhar de Shall We Dance ? de Masayuki Suo (1996), l'un et l'autre racontant comment un homme ordinaire trouve dans la danse une forme de renaissance et d'émancipation.

La comparaison est flatteuse, peut-être un peu généreuse. Le film de Saya Date n'atteint pas la densité émotionnelle ni la précision formelle de son modèle supposé. Il en partage néanmoins l'intention première : montrer que la danse est moins une question de corps que de courage.

En conclusion



Tango Malhar reste un premier film avec des défauts certains - sympathique sans être révolutionnaire, sincère sans être pleinement abouti. Dans la sélection éclectique et exigeante du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse, il se noie un peu dans la masse, faute d'avoir trouvé une voix singulière pour porter un propos qui, lui, méritait mieux.
LA NOTE: 2,5/5

mots par
Asmae Benmansour-Ammour
« Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même. »
lui écrire un petit mot ?