Critique de Maa Behen, quand l'écriture refuse de suivre ses actrices…
6 juin 2026

Mais là où ses précédents métrages trouvaient une forme de justesse et de cohérence, Maa Behen peine à transformer ses intentions en véritable proposition de cinéma.
Le premier point de rupture de l'œuvre reste son écriture, étonnamment diffuse. Le film donne l’impression de naviguer entre plusieurs tonalités sans jamais parvenir à les articuler : chronique familiale, satire douce-amère, huis-clos introspectif... Cette indécision se traduit par un récit fragmenté, presque sans queue ni tête, où les arcs narratifs s’accumulent sans réelle progression. Certaines scènes, pourtant prometteuses, paraissent suspendues dans le vide, comme détachées d’un ensemble qui manque cruellement de structure.
Dans ce paysage instable, la distribution tente de maintenir le film à flot.
L’icône Madhuri Dixit (en cover du numéro 13 de Bolly&Co.), toujours aussi précise, confère à son personnage une dignité silencieuse, tandis que Tripti Dimri continue d’explorer avec finesse les failles de ses rôles. Pour ses débuts, la jeune Dharna Durga impressionne par sa présence instinctive, encore rugueuse mais pleine de promesses. De son côté, Ravi Kishan apporte une chaleur inattendue à son personnage, évitant l’écueil de la caricature, et Arunoday Singh, plus en retenue, instille une forme de gravité mélancolique qui enrichit certaines interactions de son personnage.
Pourtant, malgré cet investissement collectif, les personnages féminins restent enfermés dans des archétypes familiers. Le film semble vouloir les questionner - voire les déconstruire - mais se contente souvent de les reproduire, sans véritable déplacement. Cette contradiction affaiblit considérablement l’impact émotionnel du récit.
C’est précisément ici que le travail de Suresh Triveni interroge le plus.
Habitué à diriger des récits portés par des femmes, il démontre une nouvelle fois sa capacité à offrir un espace de jeu généreux à ses actrices.
La caméra s’attarde sur les visages, capte les silences, laisse respirer les émotions. Mais au-delà de cette attention aux performances, la mise en scène reste étonnamment neutre. Aucun parti pris visuel fort, aucune signature identifiable ne vient structurer ou élever le film. Là où Tumhari Sulu laissait entrevoir une sensibilité et une certaine cohérence esthétique, Maa Behen donne l’impression d’un cinéma sans empreinte, fonctionnel mais rarement inspiré.
Le recours à un narrateur extérieur constitue cependant une tentative d’originalité. Cette voix, parfois ironique, parfois distanciée, aurait pu devenir un véritable fil conducteur, un outil pour unifier les fragments du récit. Mais là encore, l’idée reste sous-exploitée. Loin de renforcer la cohésion, elle accentue la sensation de dispersion, comme si le métrage commentait ses propres failles sans jamais les résoudre.
Le rythme trahit lui aussi cette absence de maîtrise globale.
Après une première partie qui installe efficacement ses enjeux, le film s’enlise dans un long ventre mou, où les scènes se succèdent sans véritable montée dramatique. Ce relâchement est d’autant plus problématique qu’il est suivi d’un dernier acte qui étire excessivement ses conflits, comme s’il refusait de conclure. Le résultat est un déséquilibre qui finit par émousser l’attention du spectateur.
Même l’humour, certes bien présent, peine à s’imposer. Le casting s’y investit avec sincérité, et certains moments laissent entrevoir un potentiel satirique intéressant. Mais l’écriture, trop fade, empêche ces instants de véritablement faire mouche. L’ironie reste en surface, sans jamais se transformer en regard acéré.
En conclusion
Maa Behen apparaît comme un film paradoxal, presque frustrant. Tout y est : un sujet prometteur, un casting solide et un réalisateur expérimenté dans ce type de récits. Mais l’ensemble manque d’une vision claire, d’une écriture structurée et, surtout, d’une identité visuelle capable de porter le projet au-delà de ses intentions. Suresh Triveni confirme son attention aux actrices, mais semble ici délaisser ce qui pourrait faire de son cinéma une signature reconnaissable. Et sans cette colonne vertébrale, le métrage, malgré ses qualités, ne parvient jamais à véritablement nous atteindre.
Maa Behen, disponible sur Netflix
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LA NOTE: 2,5/5
