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Critique de Alpha, une démonstration visuelle sans âme…

10 juillet 2026
Critique Cinéma Alia Bhatt Alpha
Sorti en salles françaises avec le distributeur Factoris Filmset Cine Gold Enter, Alpha s’inscrit dans la continuité de l’univers d’espionnage de Yash Raj Films avec l’ambition affichée d’en renouveler les codes, notamment par le biais d’un duo féminin en tête d’affiche. Pourtant, malgré ce potentiel évident, le film de Shiv Rawail donne rapidement l’impression d’un projet qui confond maîtrise technique et véritable vision cinématographique. Si l’emballage est soigné, le cœur du récit, lui, reste étonnamment creux.

Le problème le plus frappant consiste en la performance d’Alia Bhatt, qui semble ici enfermée dans une interprétation monolithique.

Le choix d’un jeu minimaliste et froid, probablement pensé comme une traduction de la rigueur psychologique d’un agent d’élite, finit par produire l’effet inverse de celui escompté. Là où l’on attendait une tension intérieure, une violence contenue, voire une ambiguïté morale, on ne perçoit qu’un automatisme sans relief. Le regard reste figé, les intonations uniformes, et l’ensemble donne le sentiment d’un personnage vidé de toute intériorité. Cette approche aurait pu fonctionner si elle avait été contrebalancée par une écriture plus fine ou par des fissures émotionnelles progressives, mais le scénario ne lui en laisse jamais l’occasion.

De son côté, Sharvari apporte une énergie indéniable, presque salvatrice dans certaines séquences, mais se retrouve piégée dans un archétype éculé : celui de la jeune recrue spontanée, lumineuse, mais dramatiquement sous-écrite. Son personnage ne dépasse jamais la fonction de faire-valoir, ce qui est d’autant plus regrettable que la dynamique entre les deux femmes aurait pu constituer le véritable moteur du métrage. Au lieu de cela, leur relation reste superficielle, privée de conflits structurants ou d’évolution significative. L’opportunité de proposer une représentation nuancée de la sororité dans un contexte de violence et de loyauté politique est ainsi largement gâchée.

Ironiquement, ce sont les personnages masculins qui tirent le mieux leur épingle du jeu.

Bobby Deol compose un antagoniste d’une froideur clinique, mais contrairement à Alia Bhatt, cette froideur est ici habitée. Il parvient à insuffler une menace diffuse, une présence qui dépasse l’écriture parfois sommaire de son personnage. Quant à Anil Kapoor, il apporte son charisme habituel, mais se heurte à une caractérisation d’une linéarité confondante : mentor fatigué, porteur de quelques vérités convenues, sans réelle zone d’ombre. Enfin, le caméo de Hrithik Roshan illustre parfaitement les dérives de cet univers étendu : déconnecté du récit, sans enjeu dramatique, il relève davantage d’un geste marketing que d’une nécessité narrative.

Sur le plan idéologique, Alpha s’enferme dans une logique de simplification extrême. L’opposition avec le Pakistan, traitée sans nuance ni distance critique, s’inscrit dans une tendance de plus en plus marquée du cinéma d’action indien contemporain à instrumentaliser les tensions géopolitiques. Ici, cette dynamique ne sert jamais véritablement le récit : elle fonctionne comme un décor idéologique figé, réduisant les antagonismes à des postures binaires. Ce choix affaiblit considérablement la portée du métrage, qui aurait pu explorer des zones d’ambiguïté, des conflits internes ou des loyautés contradictoires - autant d’éléments essentiels au genre de l’espionnage.

D’un point de vue formel, en revanche, Shiv Rawail confirme qu’il est un technicien solide.

Certaines séquences d’action témoignent d’un réel sens du rythme et d’une lisibilité appréciable, soutenues par une bande-son efficace qui parvient ponctuellement à insuffler une tension absente du jeu des acteurs. Le travail sur la lumière et la colorimétrie mérite également d’être souligné : cette palette froide, parfois métallique, évoque un certain cinéma d’action européen, notamment dans la filiation de Luc Besson, et confère au film une identité visuelle cohérente. Le mixage sonore, précis, participe à cette impression de finition soignée.

Mais cette rigueur esthétique finit par accentuer, par contraste, la pauvreté de l’écriture.

Car c’est bien là que Alpha échoue le plus nettement. Le scénario accumule les ressorts mélodramatiques les plus convenus - révélations familiales scabreuses, fausses morts, retournements téléphonés - au point de basculer par moments dans une logique de télénovela. Ces choix ne sont pas problématiques en soi, mais leur exécution manque cruellement de subtilité et de préparation. Les twists n’ont aucun poids émotionnel, faute d’un ancrage préalable dans les personnages. Le récit avance ainsi par à-coups, privilégiant l’effet immédiat au détriment de toute construction dramatique cohérente.

L’absence de scène post-générique, inhabituelle dans ce type de franchise, agit presque comme un aveu involontaire. Elle suggère non seulement une forme de conclusion, mais aussi un essoufflement plus global de cet univers étendu, déjà fragilisé depuis Tiger 3. Alpha, qui aurait pu relancer la machine en proposant une nouvelle direction - notamment à travers ses personnages féminins - se contente finalement de reproduire des schémas usés, sans jamais les interroger.

En conclusion



Le film illustre une contradiction de plus en plus fréquente dans ce type de production : une montée en gamme technique indéniable, mais une stagnation, voire une régression, sur le plan de l’écriture. Shiv Rawail démontre qu’il maîtrise les outils du cinéma d’action actuel, mais Alpha révèle aussi les limites d’un projet qui privilégie la surface à la substance. Ce qui devait être une reconfiguration du genre se transforme en variation fatiguée, où même les promesses les plus stimulantes finissent par se dissoudre dans un récit sans véritable enjeu.

Alpha, en salles depuis le 3 juillet
Une sortie Factoris Films & Cine Gold Entertainments

LA NOTE: 2/5

mots par
Asmae Benmansour-Ammour
« Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même. »
lui écrire un petit mot ?

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