5 raisons pour lesquelles Minnal Murali - Par le pouvoir de l’éclair est bien meilleur que Brahmastra : Part One - Shiva…

jeudi 6 octobre 2022 —
tovino thomas minnal murali A moins d’avoir vécu dans une grotte ces quatre dernières semaines, vous n’êtes pas sans savoir que le magnus Brahmastra : Part One - Shiva, avec Ranbir Kapoor et Alia Bhatt, est sorti en salles le 9 septembre dernier (en voici notre critique). Si ce projet d’Ayan Mukerji s’annonçait comme une révolution dans le genre du film de super-héros en Inde, il faut savoir qu’un autre métrage s’inscrivant dans ce registre est déjà sorti l’année dernière. Il s’agit de Minnal Murali : Par le pouvoir de l’éclair, métrage malayalam encensé avec l’excellent Tovino Thomas dans le rôle principal, et disponible sur Netflix depuis le 24 décembre 2021. Mais du coup, à la lecture de ce titre racoleur, en quoi l'œuvre précitée (qui n’a même pas été projetée en salles) est selon moi plus réussie que son homologue hindi, pourtant bien plus ambitieux ?

Préparez-vous une tasse de thé et asseyez-vous confortablement, je vous explique ça tout de suite !



Le héros de l’histoire

Dans Minnal Murali, notre héros s’appelle Jaison Varghese (déjà, il a le bon goût d’avoir un nom de famille). C’est un mec un peu paumé dans l’Inde dravidienne des années 1990, qui vient d’apprendre que sa petite-amie va en épouser un autre ! Très vite, le film nous embarque dans son enfance et nous explique en quoi son destin sera exceptionnel… Si Jaison n’est pas le personnage le plus original qui soit, il nous est présenté avec beaucoup de justesse et d’humanité. Avant de nous parler du héros, Basil Joseph nous parle de l’adulescent qui, à mesure que le temps passe, devient un homme.

En face, on a le Shiva de Brahmastra. Et si on passe outre l’absence de patronyme (il est présenté comme orphelin, donc pourquoi pas), on se rend vite compte que ce héros-là n’est qu’une coquille vide. Qui est-il ? Qu’est-ce qui l’anime ? Quelle est son histoire ? (Et je parle de la sienne, pas de celle de ses parents…). Brahmastra ne nous donnera jamais de réponse, et nous laissera pendant plus de 2h30 face à un héros creux et sans réelle identité.

Le méchant de l’histoire

L’antagoniste de Minnal Murali est encore plus intéressant que son héros ! Je m’explique : le réalisateur Basil Joseph livre ici une origin story à l’écriture impeccable (sur laquelle je reviendrais plus tard). Il n’est donc pas étonnant que son grand méchant soit également très fort. Avant de devenir le principal rival de Jaison, Shibu est avant tout un homme auquel la vie n’a pas fait de cadeau, en souffrance permanente et surtout grandement incompris. On s’attache profondément à lui et lorsqu’il passe du côté obscur, une part de nous ne peut qu’éprouver de l’empathie pour lui.

Dans Brahmastra, il y a Junoon, incarnée par la fantastique Mouni Roy. Et si elle constitue l’un des rares atouts du métrage, soyons honnêtes : on ne sait rien de ses véritables motivations ni de son parcours. Qui est Junoon ? Pourquoi est-elle devenue fidèle à la force maléfique Dev ? Comment en est-elle arrivée là ? Aucune idée. Du coup, c’est délicat de la trouver à ce point menaçante si on ne sait pas d’où cette verve destructrice peut bien provenir…

Le casting.

Qu’il s’agisse de Tovino Thomas en héros, de Guru Somasundaram en méchant ou encore de Femina George en side-kick de luxe, toute la distribution de Minnal Murali a été sélectionnée avec soin. Si Tovino avait déjà travaillé avec Basil Joseph sur son précédent métrage Godha (sorti en 2017), on sent que le rôle a été écrit pour lui. La direction du casting est d’ailleurs l’un des points positifs majeurs de ce film tant tout le monde y trouve sa place.

Du côté de Brahmastra, on sait que Ranbir Kapoor est l’un des meilleurs amis de son réalisateur Ayan Mukerji, pour lequel il a joué dans chacune de ses précédentes productions, Wake Up Sid (sorti en 2009) et Yeh Jawaani Hai Deewani (2013). Brahmastra est le projet passion d’Ayan, pour lequel il a travaillé pendant 11 ans. Pourtant, force est de constater que Ranbir n’est pas le choix approprié pour le rôle. On nous présente effectivement Shiva comme un jeune homme énergique d’à peine 30 ans. Or, Ranbir en a 40. En face, il donne la réplique à son épouse, Alia Bhatt, qui fait ce qu’elle peut dans un rôle infiniment problématique (je vous renvoie à l’article d’Elodie à ce sujet). Et si les acteurs secondaires que sont Amitabh Bachchan, Nagarjuna et Mouni Roy font du très bon travail, on ne peut qu’éprouver un sentiment de gâchis quand on voit les personnages faiblement écrits qu’on leur fait jouer.

L’écriture.

L’histoire écrite par Arun Anirudhan et Justin Mathew n’est pas forcément atypique. Elle suit au contraire la trame classique d’une origin story, mais elle puise sa force dans la façon dont elle dépeint ses protagonistes. Ici, on écrit l’homme avant le super-héros, on s’intéresse à son histoire, sa construction avant de vouloir lui faire porter un costume.

L’écriture d’Ayan Mukerji sur Brahmastra est beaucoup plus déconcertante. On sent l’envie et l’ambition de proposer un univers filmique épique. Et en même temps, on ne comprend pas pourquoi les personnages sont illustrés avec tant de paresse ! Aussi, on constate que l’Astraverse, aussi fascinant puisse-t-il, est d’ores et déjà bourré d’incohérences narratives. Bref, pour le réalisateur qui nous a livré des films aussi fins et pertinents que Wake Up Sid et Yeh Jawaani Hai Deewani, cette absence de précision est purement illogique !

La mise en scène.

Posons déjà les bases. Les budgets de Minnal Murali et de Brahmastra ne sont nullement comparables. Alors que le film malayalam a été constitué avec un budget inférieur à 2,5 millions de dollars, le blockbuster hindi a coûté plus de 50 millions de dollars ! On peut donc s’attendre à un clivage qualitatif immense dans l’esthétique des deux métrages, n’est-ce pas ? Eh bien, pas du tout ! Parce que les quelques séquences d’action de Minnal Murali sont parfaitement maîtrisées, avec des astuces de mise en scène très ingénieuses qui évitent de donner une impression de carton pâte. Le résultat est propre, modeste certes, mais très loin d’être honteux.

L’argent de Brahmastra, en revanche, on le voit. Les effets spéciaux sont souvent très impressionnants. C’est sans doute la première fois que je vois un film indien avec des VFX d’une telle qualité. Pour autant, la réalisation d’Ayan Mukerji manque cruellement de caractère pour sortir du lot. Si les séquences musicales sont superbes, les scènes d’action sont parfois brouillonnes, comme si le cinéaste était dépassé, qu’il ne savait pas vraiment comment s’y prendre…

En conclusion,



Si Brahmastra : Part One - Shiva possède d’indubitables atouts techniques, Minnal Murali : Par le pouvoir de l’éclair le supplante largement à mes yeux sur tous les autres aspects, tant on sent chez son réalisateur une envie de nous proposer des personnages attachants et proches de nous, plutôt que de vouloir iconiser un héros dont on ne sait rien et qui, de facto, ne peut pas nous intéresser.
mots par
Asmae Benmansour-Ammour
"Quand Nivin Pauly a dit mon prénom, je ne m'en souvenais même plus moi-même."
lui écrire un petit mot ?

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