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FFAST : Umrika

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Umrika
mots par Asmae
Umrika était présenté dans le cadre du Festival du Film d'Asie du Sud pour son focus 'Migration'. Il était également distribué en France par ARP Sélection et grâce au soutien du Collectif Bollyciné. En équipe, nous sommes allées découvrir cette pépite méconnue du grand public, portée par un casting éblouissant...
Udai (Prateik Babbar) quitte sa famille et son petit village pour aller aux États-Unis. La petite localité vit au rythme des lettres envoyées par Udai, apportant joie et évasion aux villageois qui ne disposent d'aucun espace d'extériorisation. Pourtant, Ramakant (Suraj Sharma), le petit frère d'Udai, va vite découvrir que ces courriers recouvrent une réalité bien différente du récit idéalisé qu'ils dépeignent...

Umrika est un film sur un Occident sacralisé et idéalisé à l'extrême, en particulier les USA perçus comme la terre de tous les possibles. L'œuvre est un film assez saisissant de subtilité et de sensibilité sur la question de l'illusion et de la réalité. A travers ses lettres, Udai créé un espace presque chimérique pour les habitants du village, bien que son discours sur les USA semble complètement inapproprié et quelque peu décalé pour le spectateur.

Une question morale se pose donc : peut-on maintenir tout un village dans le mensonge pour sauvegarder son équilibre ? Umrika est un film qui parle de l'amour d'un homme pour sa mère, sacrifiant ses propres projets pour réaliser ceux de la femme qui l'a élevé. La question de l'honneur est également omniprésente, Udai incarnant la dignité de toute la famille à travers sa propre réussite.

L'œuvre oppose surtout deux individualités : Ramakant et Udai. Sans vous révéler lequel, l'un priorise l'harmonie collective tandis que l'autre se centre sur son bonheur personnel, au risque de heurter les siens. Suraj Sharma est bluffant de sincérité et de maturité en fils dévoué et frère admiratif. Prateik Babbar est plus effacé mais touche en aîné qui porte une lourde responsabilité sur ses épaules. J'ai été personnellement impressionnée par Tony Revolori, acteur américain d'origine guatémaltèque qui campe ici Lalu, le meilleur ami
de Ramakant. Je ne me suis pas doutée une seconde qu'il n'était pas indien. J'ignore d'ailleurs s'il a été doublé pour délivrer ses répliques en hindi, mais l'acteur est si juste et naturel qu'on ne s'interroge même pas.

Umrika s'appuie sur une histoire originale, qui nous maintient dans le macrocosme de ces héros qui vacillent entre songe et réalité. Pourtant, l'atmosphère est des plus authentiques, du village natal de Udai et Ramakant aux passeurs qui exploitent la quête de l'El Dorado des indiens pour se faire de l'argent. C'est probablement l'atout majeur de l'œuvre : trouver le bon équilibre entre souci de réalisme et histoire efficace. Le résultat est là et Umrika constitue une production des plus prenantes.

Elodie et moi nous sommes retrouvées à pleurer à chaudes larmes face à ce petit métrage que peu de gens connaissent vraiment. J'ai personnellement un rapport émotionnel au cinéma, bien avant de me soucier de la forme du métrage. Si les émotions sont fortes, je marche sans sourciller. En revanche, si la force des sentiments font défaut, je vais ainsi me centrer sur la qualité technique du film et sur sa pertinence.

Avec Umrika, j'ai été comblée à tous les niveaux, en particulier la guimauve hyper-sensible qui sommeille en moi, et sans pour autant que l'œuvre ne tombe dans une quelconque niaiserie.

Nous invitons donc le Collectif Bollyciné (qui avait soutenu la distribution du métrage dans les salles françaises) à impulser de nouveau des projections de films de cette envergure, tant ils sont bénéfiques aux spectateurs tels que moi, parfois biaisés par l'illustration d'une Inde onirique dans la plupart des films hindi populaires. Et un grand merci au FFAST de nous avoir permis de le visionner.